09/21/2026
Je n’ai pas le cancer. Pourtant, il a bouleversé ma vie.
Le diagnostic portait son nom.
Pourtant, ce jour-là, ma vie aussi a basculé.
Je me souviens des mots, des silences, des questions qui arrivaient trop vite et de celles qu’on n’osait même pas poser.
Cancer.
Un mot.
Quelques secondes pour le prononcer.
Et parfois, une vie entière qui se réorganise autour de lui.
Bien sûr, je ne suis pas la personne malade.
Ce n’est pas mon corps qui reçoit les traitements.
Ce n’est pas mon bras qu’on pique.
Ce n’est pas moi qui entre en salle d’opération.
Ce n’est pas mon nom qui apparaît sur le dossier médical.
Et pourtant…
Le cancer est entré dans ma vie, lui aussi.
Il est entré dans mon agenda, dans mon travail, dans mes finances, dans mon couple, dans ma famille et dans mes nuits.
Il s’est invité dans mes pensées au réveil et parfois dans celles qui m’empêchent de dormir.
Petit à petit, sans vraiment m’en rendre compte, j’ai appris un nouveau métier.
Un métier pour lequel je n’avais jamais postulé.
Je suis devenue accompagnatrice, chauffeuse, secrétaire, gestionnaire de rendez-vous et des médicaments, et surtout Interprète de termes médicaux que je ne connaissais même pas quelques semaines auparavant.
J’ai appris à observer.
Est-ce qu’il mange?
Est-ce qu’il boit?
Est-ce qu’il a de la fièvre?
Est-ce que cette douleur est normale?
Est-ce qu’on doit appeler?
Est-ce qu’on doit aller à l’urgence?
J’ai appris à poser des questions, à retenir les réponses, à rassurer la famille, à répondre aux messages et à dire : « On va vous donner des nouvelles. »
Même quand moi-même, j’aurais aimé que quelqu’un m’en donne.
Parce qu’il y a quelque chose d’étrange dans le rôle de proche aidant.
On peut être présent partout… et avoir l’impression de n’exister nulle part.
On est assis dans la salle d’attente, on est dans la chambre, on est là lors des bonnes nouvelles ou des mauvaises, on écoute, on organise et on ramasse les morceaux quand une journée a été particulièrement difficile.
Puis, lorsque la porte de l’hôpital se referme, c’est souvent nous qui continuons.
À la maison.
Sans équipe autour.
Sans bouton d’appel.
Sans mode d’emploi.
Et pourtant, dans le système, une question revient beaucoup plus souvent que toutes les autres : « Comment va le patient? »
Évidemment qu’il faut la poser.
Mais il en manque une.
« Et la personne qui l’accompagne… comment va-t-elle? »
Parce que je ne demande pas qu’on me considère comme la personne malade.
Je ne veux pas prendre sa place.
Je ne veux pas comparer ma souffrance à la sienne.
Je demande simplement qu’on reconnaisse une réalité : le cancer est diagnostiqué à une personne, mais ses conséquences peuvent bouleverser toute une famille.
Et parmi cette famille, il y a souvent quelqu’un qui devient le point d’ancrage.
Celui qui tient, qui organise.
Celui qu’on appelle et qui répond : « Oui, ça va. »
Parce qu’il faut continuer.
Mais être le point d’ancrage ne signifie pas être indestructible.
Le proche aidant peut être fatigué, avoir peur, être dépassé, avoir besoin d’aide avant d’être complètement épuisé.
Et surtout, il devrait pouvoir le dire sans avoir l’impression d’enlever quoi que ce soit à la personne qu’il aime.
Reconnaître le proche aidant ne veut pas dire détourner l’attention du patient.
Ça veut dire élargir notre regard.
Parce que lorsqu’on soigne une personne atteinte de cancer, il y a souvent, juste à côté d’elle, quelqu’un qui apprend lui aussi à vivre dans un monde qu’il n’a pas choisi.
Alors peut-être qu’un jour, dans nos corridors, nos salles de traitement et nos rendez-vous médicaux, nous prendrons l’habitude de poser deux questions.
« Comment allez-vous? » Puis de nous tourner vers la personne assise juste à côté : « Et vous? Comment allez-vous vraiment? »
Parce que cette personne n’a peut-être pas le cancer.
Mais le cancer a bouleversé sa vie, elle aussi.
Chez Proche ONKO, c’est cette personne que nous voyons. Celle qui accompagne. Celle qui organise. Celle qui rassure. Celle qui tient la main. Et parfois… celle qui aurait simplement besoin que quelqu’un tienne la sienne.
Proche ONKO — Là pour ceux qui aident