04/06/2026
EJACULER FRÉQUEMMENT AIDE-T-IL À PRÉVENIR LE CANCER DE LA PROSTATE ?
Les arguments en faveur d’un effet protecteur : la plus vaste étude prospective actuellement disponible provient de la Harvard School of Public Health. De 1992 à 2010, 31 925 professionnels de santé de 20 à 49 ans ont rapporté, par questionnaires autoadministrés, la fréquence moyenne de leurs éjaculations ; 3 839 cancers de la prostate ont été diagnostiqués au cours du suivi. Après ajustement sur l'âge, le dépistage par PSA (protéine spécifique de la prostate), l'activité physique, le tabagisme et l'apport calorique, les chercheurs ont observé une réduction relative de 22 % du risque global chez les hommes déclarant au moins 21 éjaculations mensuelles, comparativement à ceux déclarant entre 4 et 7 épisodes. La diminution était plus nette pour les tumeurs de faible agressivité, suggérant une action au stade précoce de la maladie.
Plusieurs mécanismes biologiques ont été proposés. Premièrement, l'évacuation régulière du liquide prostatique réduirait la concentration locale de 5-α-réductase, enzyme qui convertit la testostérone en di-hydro-testostérone, androgène très actif impliqué dans la croissance tumorale. Deuxièmement, l'activité sexuelle augmente la circulation sanguine dans la région pelvienne ; cette hyperhémie pourrait favoriser une oxygénation tissulaire qui s'oppose à l'hypoxie, facteur connu de mutagenèse. Enfin, l'orgasme déclenche un pic d'ocytocine et d'endorphines possédant des propriétés immunomodulatrices ; certaines équipes y voient un soutien potentiel à la surveillance immunitaire antitumorale.
Ces modèles restent théoriques. Ils étayent néanmoins la cohérence biologique des résultats épidémiologiques favorables. Point décisif : l'étude de Harvard bénéficie d'un design prospectif, donc moins exposé au biais de mémoire. Elle s'appuie aussi sur un suivi de dépistage annuel, limitant les erreurs de classification.
Au terme des données actuelles, aucune société savante n'intègre la fréquence éjaculatoire dans ses recommandations de prévention. L'Association Européenne d'Urologie souligne que la perte de poids, l'activité physique régulière et la modération des apports lipidiques saturés présentent un niveau de preuve plus solide. En clinique, le praticien peut toutefois rassurer les patients : une sexualité active, tant qu'elle demeure consentie et exempte de comportements à risque infectieux, ne paraît pas délétère pour la prostate, et pourrait même exercer un effet favorable modeste.
Source : https://www.futura-sciences.com/sante/questions-reponses/cancer-prostate-ejaculer-frequemment-aide-t-il-prevenir-cancer-prostate-22396/