22/02/2023
Bonjour article paru dans le Blick
Bienvenue dans Le Cornichon, la newsletter food de saison, mais toute l'année.
Elles sont de retour, elles ont le teint blafard et le calice fourni. Qui? Les fraises d'hiver, évidemment.
Je les ai vues sur un étal à la Coop du coin. Pas trois pauvres barquettes cachées honteusement: c'était carrément une montagne de fraises espagnoles qui trônaient au milieu du rayon, pour bien aguicher le chaland.
L'abondance de fraises en hiver. C'est l'illustration de l'illusion marketing déployée par la grande distribution, parfaitement démontrée dans un excellent dossier de la FRC. Dès janvier ou février, en particulier à partir de la Saint-Valentin, les magasins rivalisent d'ingéniosité pour créer une invasion de fraises donnant une fausse impression de saisonnalité. L'objectif: vous faire craquer, vous et vos velléités écologiques, deux mois avant que le moindre fruit local n'ait pointé le bout de son nez.
Et ça, ça a le don d'énerver. Dans un contexte de crise climatique et de nécessaire responsabilité des grandes entreprises, la fraise nous renvoie à nos contradictions.
Y compris aux miennes: si le climat m'inquiète, ne devrais-je pas d'abord me préoccuper de ma consommation de viande, plutôt que de m'énerver devant ces petites barquettes? Un kilo de viande, c'est un bilan carbone dix à vingt fois plus élevé…
Oui mais la fraise reste un symbole. Celui du retour de la belle saison, de nos incohérences, de nos petites faiblesses face au fruit défendu, des excès des supermarchés, ou encore d'une consommation effrénée. Elle rassemble et cristallise tous ces paradoxes de notre alimentation moderne.