31/05/2026
Dernier jour de mai.
Un dimanche.
Dans quelques heures, le printemps laissera sa place à l'été au-dessus de la vallée du Loukkos.
Sur la terrasse, trois brasiers sont allumés.
L'un porte une vieille bouilloire destinée à une infusion de menthe et d'herbes méditerranéennes.
Les deux autres accueillent la kefta dont les parfums se mêlent aux plantes aromatiques qui entourent la maison.
Le charbon provient des forêts de chêne-liège des terres jbala qui dominent la vallée.
En contrebas, le Loukkos poursuit son voyage vers Lixus et l'Atlantique.
Je me suis souvent demandé si les habitants des rives du Rhône, du côté d'Avignon, ressentaient parfois la même chose devant leur fleuve.
Ou si ceux qui vivent près de la Garonne, en terres bordelaises, éprouvaient cette même familiarité silencieuse avec l'eau qui traverse leur histoire.
Les fleuves changent de nom.
Les paysages changent de couleur.
Les langues changent.
Mais partout, les rivières relient les hommes à quelque chose de plus ancien qu'eux-mêmes.
Le Rhône a ses souvenirs.
La Garonne a les siens.
Et ici, au Nord du Maroc, le Loukkos continue lui aussi de raconter son histoire entre les collines jbala, les plaines fertiles de Ksar El-Kébir et les ruines de Lixus.
Les saisons passent.
Les générations passent.
Les empires passent.
Mais le feu, le thé, la conversation et le cours des rivières demeurent.
Et tandis que l'infusion chante doucement sur les braises, je me dis qu'elle porte déjà en elle tout l'esprit de cette vallée.
— Salah Nomad