31/05/2026
Une collègue a choisi d' arrêter la médiation par l' animal, petite explication pour ceux qui s'interrogent sur le pourquoi je ne veux pas imposer trop de séances à mes animaux.
♥️ Le choix du cœur : Pourquoi j'ai quitté les sommets de la médiation animale
Alors que, l’agenda de mon association était plein à craquer.
Les demandes affluaient, les intervenants s'enchaînaient et les stagiaires se bousculaient pour apprendre à mes côtés.
Le grand public comprenait enfin, mettait des mots sur ce que je faisais. Quel chemin parcouru... A mes débuts, personne ne saisissait ma démarche. On confondait invariablement mes chiens de médiation avec les "chiens visiteurs".
Pourtant, le succès était là, vertigineux. Je menais quatre à cinq séances par jour, des crèches aux couloirs des EHPAD, des hôpitaux jusqu'à mon propre cabinet où j'exerçais comme sophrologue psychocomportementale certifiée RNCP, spécialisée pour les enfants.
Pour tenir ce rythme effréné, j'avais fondé une véritable armée du cœur. Ceux qui ne sont pas du métier ne peuvent pas imaginer la logistique et le nombre d'animaux nécessaires pour travailler dans le respect le plus total.
🐰 J'avais arrêté de compter à cinquante individus. Cinquante âmes, et bien plus encore. Car ma règle d'or était absolue : un animal qui travaillait une matinée — soit une à deux séances maximum — bénéficiait de deux jours de repos consécutifs.
Et jamais un animal ne faisait une séance entière ; ils travaillaient en équipe, se relayant pour ne jamais s'épuiser.
Ma chienne, Gaïa, ma complice de toujours, m’accompagnait, mais elle aussi n'était sollicitée que cinq à dix minutes par heure, faisant parfois un simple acte de présence rassurant.
Dix minutes. C'était le maximum légal que je m'imposais pour eux.
Car je savais. Je savais que ces dix minutes face à des publics sensibles, fragiles, ou émotionnellement débordants, étaient d'une intensité rare.
Mes animaux étaient de véritables éponges : ils emmagasinaient les tensions, les peines, les joies explosives, et il leur fallait du temps, beaucoup de temps, pour tout évacuer.
Chez moi, pas question de les laisser en cage. J'avais transformé et aménagé tout mon jardin pour qu'ils puissent courir, sauter, creuser la terre à leur guise, retrouver leur vie d'animal.
Presque tous étaient des rescapés, des laissés-pour-compte trouvés au coin d'une poubelle ou sortis de refuges. Je les soignais, je les éduquais, je réparais leur cœur, et lorsqu'ils étaient prêts, ils rejoignaient l'aventure.
❓Alors, pourquoi avoir tout arrêté au moment où l'association tournait à plein régime ?
Le déclic est venu avec le temps, et avec l'âge qui avançait pour ma chienne Gaïa. Sentant qu'elle fatiguait, je me suis mise en quête d'un autre chien pour prendre la relève.
Mon cœur m'a guidée vers un chien à handicap, pour lui offrir une chance, mais aussi pour créer un miroir thérapeutique avec les bénéficiaires. C'est ainsi que Terra, ma chienne sourde est entrée dans ma vie.🐺
À six mois à peine, Terra était déjà sensationnelle. Douce, d'un calme olympien. Lors des premiers tests en crèche et en institution avec son éleveuse, la magie a opéré. Les personnes en situation de handicap l’adoraient ; elle était comme eux, elle leur ressemblait.
Certaines personnes malentendantes s'étaient même mises à signer avec elle. C'était magnifique.
Mais c'est en la regardant travailler que la vérité m'a frappée de plein fouet. Pour Terra, compenser son handicap tout en absorbant les émotions du public demandait une concentration immense.
Le double de Gaïa. Donc une fatigue double.
Un soir, en la regardant dormir, une réflexion a germé en moi, profonde et douloureuse : je n'avais plus envie de lui imposer cette vie.
En levant les yeux sur tous les autres animaux de ma tribu, le voile s'est déchiré. Je n'avais plus envie de les contraindre à monter dans la voiture, plus envie de les obliger à travailler tous les jours, même avec toute la bienveillance du monde.
❓ Parfois, on me demande encore avec incompréhension : « Mais pourquoi avoir arrêté ? Tu réussissais si bien, tu apportais tellement de bonheur ! »
Oui, c'est vrai. Mais à qui ce bonheur profitait-il réellement ? Aux bénéficiaires, assurément. Mais pas à mes animaux. Derrière les sourires des patients, je ne pouvais plus ignorer la charge invisible, cette forme de souffrance et d'épuisement que mes bêtes portaient pour nous.
J'ai pris conscience que, malgré mes règles strictes et mon amour, je les contraignais.
✋J'ai choisi de dire stop. J'ai choisi de fermer l'agenda pour me consacrer exclusivement à leur bien-être, sans rien leur demander en retour.
C'est cette même philosophie qui m'a menée vers ma reconversion actuelle : le toilettage holistique. Aujourd'hui encore, je refuse l'intensif et le rendement. Je veux rester à l'unique écoute de l'animal, respecter son rythme, son corps, ses peurs.
Quand je regarde aujourd'hui les photos et les vidéos de ces années de médiation, je ne regrette rien. Je vois le lien unique, presque magique, que j'ai réussi à tisser avec chacun d'entre eux. Ils m'ont tant appris sur l'humain, sur l'empathie et sur moi-même. Ce choix d'arrêter, c'était ma façon de leur dire merci. Je leur dois une reconnaissance éternelle.