04/09/2026
👉LE SCHÉMA « TOUT M’EST DÛ »
« Je devrais pouvoir obtenir ce que je veux. »
— Inspiré des travaux de Jeffrey Young
Nous voici au dernier schéma de cette série sur les schémas précoces inadaptés de Jeffrey Young.
Et celui-ci est particulier.
Le schéma « Tout m’est dû », aussi associé au sentiment de droits personnels exagérés, peut être assez complexe. Contrairement à plusieurs autres schémas qui font énormément souffrir la personne qui les porte, celui-ci peut longtemps sembler relativement confortable pour elle.
Ce sont parfois surtout les gens autour qui en paient le prix.
La personne peut avoir profondément intégré l’idée que ses besoins, ses désirs, ses émotions ou ses préférences devraient avoir préséance sur ceux des autres.
Elle peut penser :
• « Je tolère très mal qu’on me dise non. »
• « Quand je veux quelque chose, je le veux maintenant. »
• « Je me fâche lorsque je n’obtiens pas ce que je veux. »
• « Mes besoins devraient passer en premier. »
• « Les règles peuvent être importantes pour les autres, mais ma situation est différente. »
• « Je ne devrais pas avoir à subir les mêmes contraintes que tout le monde. »
• « Les autres devraient comprendre et s’adapter. »
• « Je sais que mon comportement dérange, mais j’ai de la difficulté à me contrôler. »
Dans les relations, cela peut devenir particulièrement difficile : colère devant les limites, domination, manque de réciprocité, difficulté à considérer les besoins de l’autre, demandes excessives, impulsivité ou attente que l’entourage prenne en charge ce que la personne ne veut pas assumer.
Mais attention : toutes les personnes ayant ce schéma ne se ressemblent pas.
Young décrit notamment trois grandes façons dont le sentiment que « tout m’est dû » peut se manifester.
1. « TOUT M’EST DÛ » — L’ENFANT GÂTÉ
C’est probablement la forme à laquelle nous pensons spontanément.
La personne a de la difficulté à accepter que le monde ne fonctionne pas selon ses désirs.
Elle peut être exigeante, dominante, impatiente et très sensible à la frustration. Lorsque quelqu’un lui impose une limite, lui refuse quelque chose ou lui demande de tenir compte des autres, elle peut réagir fortement.
Le problème fondamental devient alors la réciprocité :
Pourquoi devrais-je renoncer à quelque chose que je veux simplement parce que cela dérange quelqu’un d’autre?
Dans les relations, elle peut prendre beaucoup plus qu’elle ne donne, s’attendre à ce que les autres s’adaptent, avoir de la difficulté à reconnaître leur vécu ou considérer comme injustes des limites pourtant parfaitement normales.
2. « TOUT M’EST DÛ » — LA PERSONNE DÉPENDANTE
Cette forme est beaucoup moins évidente.
Ici, le sentiment que tout nous est dû ne prend pas nécessairement la forme de la supériorité.
Il peut plutôt ressembler à :
« J’ai besoin d’aide, donc quelqu’un devrait s’occuper de moi. »
La personne s’attend à ce que les autres prennent en charge certaines responsabilités, prennent des décisions, règlent les problèmes, organisent les choses ou lui évitent les situations difficiles.
Elle peut se percevoir comme fragile, vulnérable ou peu capable de fonctionner seule.
Et lorsque l’entourage cesse de compenser, elle peut ressentir beaucoup de colère, d’injustice ou de ressentiment.
Le paradoxe est important : la personne peut paraître très dépendante tout en entretenant une véritable exigence envers les autres.
3. « TOUT M’EST DÛ » — LA PERSONNE IMPULSIVE
Ici, nous sommes davantage dans la difficulté à tolérer la frustration et à différer la gratification.
« J’en ai envie, donc je le fais. »
La personne éprouve de la difficulté à mettre un frein à ses impulsions, à persévérer lorsque quelque chose devient ennuyant ou inconfortable et à accepter qu’un objectif à long terme exige parfois de renoncer à un plaisir immédiat.
Cela peut toucher énormément de sphères :
l’alcool, la nourriture, les dépenses, la consommation, les colères, l’organisation, les responsabilités, le travail, les études ou encore certaines conduites impulsives.
La difficulté n’est pas nécessairement de savoir ce qu’il faudrait faire.
C’est de tolérer suffisamment l’inconfort pour le faire.
D’OÙ VIENT CE SCHÉMA?
Encore une fois, il n’existe pas une seule histoire.
Chez certaines personnes, l’enfance comportait trop peu de limites. Elles obtenaient facilement ce qu’elles voulaient, les conséquences étaient rares et les adultes avaient de la difficulté à maintenir un cadre cohérent.
L’enfant n’a donc pas suffisamment appris deux choses essentielles :
la frustration et la responsabilité.
Chez d’autres, il y avait plutôt surprotection. Les adultes faisaient énormément de choses à la place de l’enfant, prenaient les décisions, réglaient les problèmes et lui évitaient les difficultés.
L’enfant n’a alors pas suffisamment développé son autonomie et peut devenir un adulte qui continue à attendre des autres qu’ils prennent soin de lui.
Et il existe une troisième possibilité particulièrement intéressante :
LE SENTIMENT QUE « TOUT M’EST DÛ » PEUT AUSSI CACHER AUTRE CHOSE.
Chez certaines personnes, ce schéma constitue une surcompensation d’autres blessures beaucoup plus douloureuses.
Derrière l’attitude :
« Je suis spécial. »
« Je mérite davantage. »
« Je n’ai besoin de personne. »
« Les autres devraient me donner ce que je veux. »
peut parfois se cacher une vieille conviction beaucoup plus vulnérable :
« Je ne suis pas assez. »
« Je ne suis pas aimable. »
« On ne répondra jamais réellement à mes besoins. »
« Je serai rejeté si l’on découvre qui je suis. »
Autrement dit, derrière certaines attitudes de supériorité peuvent parfois se trouver des schémas d’imperfection, de carence affective ou d’exclusion.
Ce n’est évidemment pas toujours le cas.
Mais lorsqu’il l’est, travailler uniquement le comportement visible ne suffit pas : il faut également aller rencontrer la blessure que ce comportement tente de protéger.
ET DANS LES RELATIONS?
C’est souvent là que le prix du schéma devient évident.
Une personne ayant fortement ce schéma peut être attirée par quelqu’un qui compense exactement ses difficultés :
la personne dominante choisit quelqu’un qui cède;
la personne dépendante choisit quelqu’un qui prend tout en charge;
la personne désorganisée ou impulsive choisit quelqu’un de très organisé et discipliné.
Au début, cela peut même sembler fonctionner parfaitement.
Mais avec les années, le partenaire peut s’épuiser.
Il peut avoir l’impression que ses besoins comptent moins, qu’il doit constamment s’adapter, réparer, organiser, céder ou absorber les conséquences des comportements de l’autre.
Et lorsque l’entourage commence enfin à poser des limites…
le système ne fonctionne plus.
C’est parfois à ce moment-là que la personne prend réellement conscience de son schéma : lorsque les conséquences deviennent impossibles à éviter — conflits importants, rupture, isolement, difficultés professionnelles, financières ou autres.
CHANGER CE SCHÉMA DEMANDE UNE CHOSE FONDAMENTALE :
Accepter que nos besoins sont importants… sans être plus importants que ceux des autres.
Apprendre à entendre « non ».
Tolérer la frustration.
Différer certaines gratifications.
Assumer les conséquences de ses choix.
Développer l’autodiscipline.
Faire sa part.
Reconnaître les besoins et les limites des autres.
Et surtout, apprendre que vivre une relation saine implique de passer du :
« Qu’est-ce que l’autre doit faire pour moi? »
au :
« Comment pouvons-nous exister tous les deux dans cette relation? »
Parce qu’avoir des besoins est humain.
Vouloir certaines choses est humain.
Être frustré est humain.
Mais croire que les autres doivent constamment s’adapter à nous pour que nous n’ayons jamais à être frustrés finit presque toujours par coûter quelque chose aux relations.
Alors, pour terminer cette série sur les schémas de Young…
Connaissez-vous quelqu’un chez qui le « tout m’est dû » semble particulièrement présent?
Ou peut-être avez-vous reconnu quelques petits morceaux de vous-même?
Si oui, la question n’est pas de vous juger.
La question est plutôt :
Quel prix ce schéma fait-il payer aux personnes qui m’entourent… et quel prix finit-il par me faire payer à moi aussi?
Julie 😉