19/06/2026
Chroniques de l'Hermite
J'anticipe un peu parce que je crois que lundi je ne vais pas avoir le temps de vous raconter ce qui nous attend ce week end
Car non, je ne fais pas que réfléchir, regarder l'herbe pousser ou boire des coups à la buvette de la fête de l'école. Je travaille aussi !
Avec mes mains, avec mes cartes, avec mes mots… et même avec d'autres passionnés un peu étranges comme moi.
Ce week-end, nous partons en voyage d'exploration.
Dans le langage des « initiés », on appelle ça des constellations tarosophiques.
Non, ce n'est pas un voyage intersidéral. Nous ne partons pas à la recherche d'une nouvelle galaxie. Nous partons explorer quelque chose de tout aussi vaste et mystérieux : le système intérieur d'une personne.
Je vous parle régulièrement de ma famille intérieure, du bazar, des débats sans fin et du plaisir que peut donner cette grande colocation d'arcanes. Mais ce week-end, nous allons rencontrer les familles intérieures des participantes.
Et je dis « nous » parce que nous formons une équipe : deux enseignants et deux enseignées, avec un arcane commun, le Soleil.
Notre mission ? Mettre de la lumière, un petit coup de projecteur, sur ce qui pique, ce qui gêne, ce qui attend d'être vu, mais toujours dans un esprit fraternel.
D'abord, nous choisissons un thème de travail. Et qui dit thème dit souvent un arcane qui va représenter l'énergie du stage.
Comme c'est le solstice, nous n'avons pas fait dans la dentelle : nous avons choisi la Treize.
Je sais… elle est un peu flippante.
Mais elle est aussi redoutablement efficace.
Parce que le thème du stage, c'est la renaissance, l'énergie du Phénix. Mourir à ce qui n'a plus lieu d'être, faire sa mue et renaître un peu plus vivant, un peu plus soi-même.
Pour ça, la Treize est parfaite.
Ensuite, nous récupérons les dates de naissance, nous montons les thèmes et nous regardons avec qui nous allons travailler.
En gros, nous faisons connaissance avec les habitants de la maison intérieure de la personne.
Et là, on trouve de tout.
Des petits Amoureux sensibles à qui il faudra peut-être donner le droit de se choisir.
Des Forces, des Maisons Dieu ou des Empereurs qui ne se laisseront pas faire parce que cela fait longtemps qu'ils dirigent la famille. Souvent par protection, avec de bonnes intentions, mais à force, ils monopolisent le pouvoir et ne veulent plus, ou ne savent plus, laisser les autres prendre leur place.
Des Lunes qui préfèrent rêver.
Des Justices pleines de revendications.
Des Diables qui attendent qu'on les réveille.
Nous faisons une première sélection des arcanes que nous allons écouter. Mais cela peut changer en fonction de ce que nous raconte la participante.
Parce qu'une constellation est quelque chose de vivant.
On ne peut pas écouter les treize à chaque fois. Alors on écoute ceux qui dysfonctionnent, ceux qui souffrent, ceux qui sont coincés dans un rôle devenu trop étroit.
Et puis, on lance le « jeu ».
Un peu comme un jeu de rôles.
Chaque participant va se placer sur une carte, sans la voir, puisqu'elle est retournée. Et il va simplement dire ce qu'il ressent, ce qui se passe dans son corps, les mots qui ont envie de sortir.
Et là, c'est toujours étonnant !
Parfois même déstabilisant.
Quelqu'un qui ne vous a jamais vu se met à parler de vous, de vos blocages, de vos élans, de vos blessures.
C'est étrange pour celui qui reçoit le message.
Et tout aussi étrange pour celui qui le transmet.
Moi, ce que j'aime le plus, c'est qu'on ne peut jamais deviner le voyage avant de l'avoir vécu.
On ne sait jamais ce qui va se jouer, ce qui va se dire, ce qui va se libérer.
Mais il y a une chose que je vois presque à chaque fois : la réconciliation.
Quand l'Empereur accepte enfin d'écouter l'Étoile et laisse un peu de place à la douceur et à la vulnérabilité.
Quand le Pendu propose une autre manière de lire l'histoire et permet à chacun de retrouver son axe.
Quand le Diable aide à regarder une peur trop longtemps enfouie et laisse son feu redevenir vivant.
Quand la Maison Dieu explose et libère enfin tout ce qu'elle retenait depuis des années.
Au fond, une constellation tarosophique, c'est peut-être simplement ça :
Inviter les habitants de notre maison intérieure à s'asseoir enfin autour de la même table et leur donner, pour quelques heures, le droit de se parler.