24/05/2026
« Ce témoignage raconte le début de mon parcours avec la maladie auto-immune d'Hashimoto, afin d’aider à mieux comprendre ce que l’on ne voit pas. »
Cette page est un espace de partage : n'hésitez pas à raconter votre histoire en commentaire. Vous n'êtes pas seul(e).
Toi, Hashimoto,
Toi qui as détruit mon enfance, mes études, mes rêves…
Tu étais bien caché. Invisible.
Mais tu me détruisais déjà à petit feu, bien avant qu’un médecin ne te découvre dans une simple analyse de sang.
Tu es arrivé après mon opération, j’en suis plus que sûre.
À l’âge de 4 ans, j’ai subi une opération d’urgence pour une invagination intestinale aiguë. Une intervention qui a failli me coûter la vie. Sans le geste immédiat du chirurgien, il me restait à peine deux heures à vivre…
Deux heures.
Je me réveille à 4 ans avec une cicatrice de 16 cm fermée par des agrafes sur mon petit ventre. Mais je suis toujours là. Merci infiniment à ce chirurgien qui m’a sauvée.
Trois semaines d’hospitalisation, juste avant Noël. J’avais 4 ans… et je m’en souviens très bien.
Mais depuis ce jour, je n’étais plus la même.
Moi qui étais joyeuse, drôle, pleine de vie, je suis devenue renfermée, triste, enfermée dans ma bulle.
À l’école, la timidité m'a paralysée. Je restais à l’écart. On se moquait de moi tous les jours, on me traitait de muette, d’âne… Heureusement, quelques camarades, des amies m'ont acceptée comme j'étais. 💛
Toi, Hashimoto, tu as détruit mon enfance. Oui, au fond de moi, je sais que c’était toi.
Au collège, n’en parlons même pas. J’adorais apprendre, mais il m'était impossible de retenir mes leçons.
Des difficultés énormes de mémorisation, des troubles de la concentration permanente.
Au lycée, en première année de BEP secrétariat, je n’ai même pas réussi à terminer l’année. Une fatigue intense m’envahissait. Tous ces symptômes que je traînais depuis mes 4 ans ont fini par avoir raison de mes forces.
Les idées noires ont commencé à apparaître. À quoi bon continuer ? Quel avenir dans cet état ?
Le médecin généraliste a dit à mes parents :
« Votre fille fait une dépression, il faut l’hospitaliser d’urgence. »
Ils n’ont pas vu que c’était toi, Hashimoto, qui me détruisais de l'intérieur.
On m’a prescrit une liste interminable d’antidépresseurs, de somnifères, d’anxiolytiques. J’avais 16 ans ...
Pendant deux ans, j’ai pris ces médicaments. Ils m’ont vidée. J’étais une loque. Une morte-vivante. Je ne me reconnaissais plus.
Alors j’ai dit STOP. Plus jamais. Plus jamais de ma vie je ne prendrai ce genre de traitements. PLUS JAMAIS.
Toi, Hashimoto, c’est finalement une gynécologue qui t’a débusqué. Une simple analyse de sang.
TSH à 49. Un taux extrêmement élevé.
Puis les anticorps… eux aussi, très, très hauts.
À 25 ans, on t’a enfin posé un mot sur tes maux.
Le médecin m’a annoncé un traitement à vie : de la lévothyroxine, une hormone thyroïdienne de synthèse.
Aujourd'hui, ma TSH est stabilisée.
Mais les symptômes, eux, sont toujours là.
Je suis convaincue que si tu avais été diagnostiqué plus tôt, tu aurais fait bien moins de dégâts, notamment sur ma mémoire et ma concentration.
Malgré le traitement, malgré une TSH stable, toi, Hashimoto, tu continues ton œuvre de l'ombre. Tes anticorps s’acharnent sur ma thyroïde, formant un goitre, des micro-nodules.
Chaque matin, il me faut un courage immense pour me lever. Les douleurs dans tout le corps. Le visage bouffi que je vois dans le miroir. Cette fatigue écrasante que tu m’imposes. Tes symptômes m’épuisent, mais je me bats. Jusqu’au bout.
Toi, Hashimoto, tu n’es pas un cancer, mais tu es une maladie auto-immune qui brise des vies. Je me bats contre toi chaque jour. J’essaie d’être “comme tout le monde”. C’est épuisant. Mais je tiens pour ma famille.
Toi, Hashimoto, je t’ai pour la vie.
Mais je ne te laisserai plus jamais me détruire.
À vous qui n’avez pas cette maladie : ne jugez pas. Ne vous moquez pas. Soyez compréhensifs. Ayez un minimum d’empathie. L’empathie sauve des vies 💛
Hashimoto épuise mentalement et physiquement celles et ceux qui en sont atteints. Et personne n’est à l’abri qu’un jour, cette maladie ne le choisisse.
Toi, Hashimoto… fichue maladie auto-immune.
© SandrineMarie