12/10/2026
🌿Quand on est aidant et qu'on donne tant par amour… comment ne pas s'oublier en chemin ? Entre amour, regrets et culpabilité… apprendre à s'accorder une petite place, sans jamais aimer moins. 🌿
Aujourd'hui, j'avais envie d'aborder un sujet suite à un commentaire que j'ai reçu et qui m'a particulièrement touchée…
Parce que je pense que nous sommes nombreux, en tant qu'aidants, à porter au fond de nous des regrets, des doutes, parfois même une profonde culpabilité.
Et cela, même lorsque, au fond de nous, nous savons avoir donné le maximum de ce que nous pouvions.
Quand on est aidant, on avance avec un bagage invisible que peu de personnes peuvent réellement mesurer.
Il est fait d'amour inconditionnel, de souvenirs à la fois précieux et douloureux, de combats que les mots peinent parfois à raconter, de sacrifices que peu imaginent, d'une usure profonde du corps et de l'esprit…
Il y a ces moments où l'on se demande :
« Et si j'avais fait autrement ? »
« Et si j'avais compris plus tôt ? »
« Et si j'avais pris une autre décision ? »
« Et si j'avais pu faire davantage ? »
Ces questions qui tournent en boucle, ces situations que l'on rejoue mille fois dans sa tête, ces moments où l'on aurait aimé pouvoir revenir en arrière…
Mais comment aurions-nous pu tout savoir, tout prévoir, tout éviter ?
Nous avons fait des choix avec les connaissances, les moyens et les forces dont nous disposions à cet instant.
Et parfois, nous avons simplement fait comme nous pouvions, dans des situations où il n'existait aucune bonne solution.
Être aidant, c'est aussi apprendre à vivre avec ce que l'on n'a pas pu changer, ce que l'on n'a pas réussi à empêcher, et parfois même ce que l'on n'a pas eu le temps de vivre.
Faire la paix avec ce que l'on porte ne signifie pas oublier, ni minimiser les épreuves traversées.
C'est accepter que l'on puisse avoir tout donné… sans avoir pu tout maîtriser.
C'est comprendre que nos regrets ne doivent pas effacer tout l'amour, toute la présence et tous les combats menés.
Et si je vous parle de tout cela aujourd'hui, ce n'est certainement pas pour donner des leçons.
Car je suis moi-même passée par tous ces stades.
Par celui de l'oubli total de moi-même, en croyant sincèrement que c'était la meilleure, et même la seule chose à faire.
Par cette conviction qu'il fallait tenir, avancer, être présente à chaque instant, quitte à disparaître peu à peu derrière les besoins de ma fille.
Comme si mon propre bonheur devait forcément passer après tout le reste.
Et puis, à force de s'oublier, il arrive même que l'on ne sache plus très bien ce que l'on aime, ce dont on a envie, ce qui pourrait nous faire du bien…
Comme si, au fil des années, nous avions appris à connaître les moindres besoins de l'autre, tout en perdant peu à peu le contact avec les nôtres.
Ce n'est pas l'amour qui nous enferme, mais parfois tout ce que nous croyons devoir sacrifier en son nom.
Alors, petit à petit, j'ai appris à entrouvrir la porte, à laisser sortir un peu l'oiseau de sa cage.
Pas pour fuir, pas pour abandonner, pas pour aimer moins… mais simplement pour me rappeler que moi aussi, j'avais le droit de respirer, de ressentir, de rire, d'aimer, de vivre.
Et je vous l'accorde, dans cette vie d'aidant, rien n'est simple.
Entre ce que l'on aimerait faire et ce que la réalité nous permet, il y a parfois un monde.
On essaie de trouver un équilibre, de s'accorder un peu de temps, de faire une petite place à nos propres envies… Et puis, parfois, la réalité nous rattrape à grands pas.
Une urgence, une complication, une mauvaise nouvelle, une nuit difficile… et tout ce que l'on avait imaginé, prévu ou simplement espéré s'efface devant les priorités.
Et parfois, on ne peut tout simplement pas.
Pas par manque d'envie.
Pas par manque de volonté.
Mais parce qu'il n'y a personne pour prendre le relais, parce que les besoins sont constants, parce que la fatigue est immense et que certaines responsabilités ne nous laissent aucun répit.
Alors non, je ne vais pas vous dire qu'il suffit de prendre du temps pour soi. Je sais trop bien que ce temps, parfois, nous ne l'avons tout simplement pas.
Mais j'ai aussi appris une chose…
Que le bonheur ne se présente pas toujours sous la forme de grandes escapades, de journées de liberté ou de projets extraordinaires.
Parfois, il se glisse dans des choses infiniment plus petites.
Un sourire échangé.
Un éclat de rire inattendu.
Quelques minutes de silence.
Une chanson qui nous fait du bien.
Un rayon de soleil sur le visage.
Un café savouré tranquillement, quand cela est possible.
Une main tendue, une présence, un instant de tendresse…
Ces petits riens qui, dans nos vies si chargées, peuvent finalement représenter tellement.
Alors, tout ce qui peut être pris, prenons-le. Ici et maintenant.
Sans attendre que tout aille mieux. Sans attendre que toutes les difficultés soient derrière nous. Sans attendre ce fameux jour où nous aurons enfin du temps…
Parce que nous savons bien, nous les aidants, que ce jour est parfois bien difficile à entrevoir.
Et si aujourd'hui, il n'y a pas de place pour ces petits moments, ne nous en faisons pas un reproche supplémentaire. Nous portons déjà suffisamment de culpabilité.
Mais lorsqu'une petite fenêtre s'ouvre, même furtivement, essayons de ne pas la refermer nous-mêmes par culpabilité.
Car ces instants de bonheur ne sont ni une trahison, ni un abandon, ni un manque d'amour.
Ils ne diminuent ni notre engagement, ni notre présence, ni tout ce que nous donnons chaque jour.
Ils peuvent nous permettre de retrouver un peu de force, de recharger ces batteries si souvent épuisées et pourtant tellement indispensables pour continuer à accompagner ceux que nous aimons.
Mais j'aimerais aussi rappeler une chose essentielle…
Nous ne devons pas seulement prendre soin de nous pour pouvoir continuer à prendre soin des autres. Nous méritons aussi ces moments simplement parce que nous existons, nous aussi.
Parce que derrière chaque aidant, il y a un être humain, avec ses émotions, ses besoins, ses envies, ses blessures… et son propre cœur qui a, lui aussi, besoin de continuer à battre pour autre chose que l'inquiétude et les responsabilités.
Alors peut-être devons-nous apprendre, petit à petit, à être un peu plus indulgents envers nous-mêmes.
À reconnaître tout ce que nous avons fait, plutôt que de nous reprocher sans cesse ce que nous n'avons pas pu faire.
À accepter que nous ne sommes pas tout-puissants, même lorsque notre amour, lui, semble sans limites.
Apprendre à déposer un peu de nos regrets, de notre culpabilité et du poids que nous portons, pour nous autoriser aussi à vivre pleinement ce qui est là, aujourd'hui.
Ce que nous traversons fait partie de notre histoire, parfois même de toute notre vie… mais cela ne devrait pas nous condamner à nous oublier pour toujours.
Nous n'avons pas à nous condamner pour ce que nous n'avons pas pu empêcher, ni à nous interdire de vivre pour prouver à quel point nous aimons.
Se retrouver ne se fait pas du jour au lendemain.
Cela commence parfois par presque rien. Une envie que l'on ose écouter. Un plaisir que l'on ne repousse pas. Un instant que l'on s'autorise sans avoir à le mériter.
Et cet oiseau que l'on apprend doucement à laisser sortir de sa cage n'a pas besoin de s'envoler bien loin…
Parfois, il a simplement besoin de déployer un peu ses ailes pour se souvenir qu'il peut encore voler. ❤️
💬 Et vous, dans cette vie où l'on donne tant aux autres, quelle place reste-t-il pour vous ?
Avez-vous parfois l'impression de vous être oubliés en chemin ? Et avez-vous réussi, petit à petit, à entrouvrir cette petite porte pour retrouver quelques instants de bonheur, rien qu'à vous ? ❤️
Je vous embrasse,
Avec sincérité,
Solidairement vôtre,
Jadou Leeloo
Vie dans la Tienne & Tes Maux dans mes Mots