16/06/2026
Sur scène, je crois que je suis plus entière qu’ailleurs.
Je ne sais pas vraiment expliquer pourquoi.
Peut-être parce que je suis au service de plus grand que moi.
Je ne suis plus là pour contrôler mon image, mais pour laisser passer quelque chose.
Alors je me mets à disposition.
Mon corps devient disponible. Ma voix devient disponible. Mes mouvements, mon regard, mon souffle, mon âme aussi.
Et je laisse ce qui doit passer à travers moi se répandre.
Dans le public. En moi. Autour de moi. Même jusqu’à mes partenaires de danse, de chant, de théâtre.
C’est comme si l’émotion cessait de m’appartenir au moment où elle sort de moi. Elle devient matière vivante. Elle se dépose quelque part. Elle circule. Elle touche ce qu’elle doit toucher. Elle réveille ce qu’elle doit réveiller.
Et moi, au milieu de tout ça, je me sens traversée.
Comme un canal brûlant. Comme un corps qui accepte enfin de ne plus retenir la rivière.
C’est une sensation tellement forte.
Un mélange de peur, de puissance, de vulnérabilité, de liberté. Un endroit où je tremble, mais où je ne me cache plus. Un endroit où je suis visible, mais pas “exposée”. Présente. Pleine. Habitée.
Et à chaque fois, il y a cette question qui revient après.
Pourquoi je n’arrive pas à vivre ça tous les jours ?
Pourquoi cette sensation d’être entière reste réservée à la scène ?
Pourquoi, dans la vie quotidienne, je reprends les petits gestes étroits, la voix un peu retenue, les élans que je range, la lumière que je baisse pour ne pas trop prendre de place ?
J’aimerais tellement vivre ça plus souvent.
J’aimerais l’incarner dans ma vie.
Dans ma façon de parler, mes choix, mes silences. Dans ma manière d’aimer, de créer, de guider, de dire oui, de dire non, d’entrer dans une pièce sans m’excuser d’y être.
Et c’est ce que je souhaite profondément à tout le monde.
Pouvoir sentir, ne serait-ce qu’une fois, cette sensation-là.
Être traversé.e par sa propre vérité.
Laisser ce qui vit à l’intérieur trouver un corps, une voix, un geste, une forme.
Je crois que le monde a besoin de ça.
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