26/08/2026
En 1990, la Norvège a créé un fonds souverain avec les revenus de son pétrole.
Aujourd'hui, ce fonds vaut 1 400 milliards de dollars. Chaque citoyen norvégien en est
bénéficiaire.
𝐋𝐚 𝐆𝐮𝐢𝐧𝐞́𝐞 𝐯𝐢𝐞𝐧𝐭 𝐝'𝐚𝐧𝐧𝐨𝐧𝐜𝐞𝐫 𝐥𝐞 𝐬𝐢𝐞𝐧. 𝐂𝐚𝐩𝐢𝐭𝐚𝐥 𝐢𝐧𝐢𝐭𝐢𝐚𝐥 : 𝟏 𝐦𝐢𝐥𝐥𝐢𝐚𝐫𝐝 𝐝𝐞 𝐝𝐨𝐥𝐥𝐚𝐫𝐬, 𝐚𝐥𝐢𝐦𝐞𝐧𝐭𝐞́ 𝐩𝐚𝐫 𝐒𝐢𝐦𝐚𝐧𝐝𝐨𝐮.
La question n'est pas de savoir si c'est une bonne idée. C'est clairement une bonne idée. La
vraie question, c'est : est-ce qu'on va le gérer comme la Norvège ou comme le Nigeria ?
Qu'est-ce qu'un fonds souverain, concrètement ?
C'est simple. L'État reçoit des revenus massifs du pétrole, du fer, de la bauxite. Au lieu de
tout dépenser maintenant, il met une partie de côté dans un fonds. Ce fonds investit, génère
des intérêts, et protège le pays quand les prix chutent.
C'est de l'épargne nationale. À l'échelle d'un État.
La Guinée a annoncé la structure du fonds guinéen repose sur trois piliers : la stabilisation économique, le financement d'investissements structurants et l'épargne intergénérationnelle.
La ministre des Finances, 𝐌𝐚𝐫𝐢𝐚𝐦𝐚 𝐂𝐢𝐫𝐞́ 𝐒𝐲𝐥𝐥𝐚 l'a dit clairement il y a deux semaines : « Les
ressources issues de Simandou appartiennent aux générations actuelles, mais doivent
également être préservées pour les générations futures. »
Le FMI estime que Simandou pourrait générer des revenus équivalents à 3,4 % du PIB
guinéen entre 2030 et 2039. À titre de comparaison, l'ensemble des recettes minières
représentait 2,2 % du PIB en 2022. Le potentiel est réel.
Il y a plusieurs leçons des autres pays
𝐋𝐚 𝐍𝐨𝐫𝐯𝐞̀𝐠𝐞 : 𝐥𝐞 𝐦𝐨𝐝𝐞̀𝐥𝐞
Rigueur absolue. Le fonds ne touche pas au capital, seulement aux intérêts. Gouvernance
indépendante du gouvernement. Résultat : 1 400 milliards de dollars aujourd'hui.
𝐋𝐞 𝐁𝐨𝐭𝐬𝐰𝐚𝐧𝐚 : 𝐥𝐚 𝐬𝐮𝐫𝐩𝐫𝐢𝐬𝐞 𝐚𝐟𝐫𝐢𝐜𝐚𝐢𝐧𝐞
Petit pays, pas de pétrole, mais des diamants. Le P**a Fund botswanais est cité comme l'un
des exemples africains réussis d'épargne intergénérationnelle. Le PIB par habitant du
Botswana est aujourd'hui parmi les plus élevés d'Afrique subsaharienne.
𝐋𝐞 𝐍𝐢𝐠𝐞𝐫𝐢𝐚 𝐥𝐞 𝐜𝐨𝐧𝐭𝐫𝐞-𝐞𝐱𝐞𝐦𝐩𝐥𝐞
Le Nigeria, premier producteur pétrolier africain pendant plusieurs décennies, affiche un PIB
par habitant de 2 100 dollars en 2024, inférieur à celui de 1980, bien qu'il ait perçu plus de
600 milliards de dollars de revenus pétroliers.
600 milliards reçus. PIB par habitant en baisse. Voilà ce qu'une mauvaise gouvernance peut
faire d'une richesse naturelle.
Ce qui va décider du succès ou de l'échec guinéen
𝐓𝐫𝐨𝐢𝐬 𝐜𝐨𝐧𝐝𝐢𝐭𝐢𝐨𝐧𝐬 𝐧𝐨𝐧 𝐧𝐞́𝐠𝐨𝐜𝐢𝐚𝐛𝐥𝐞𝐬.
1. L'indépendance de gestion. Le fonds doit être géré par des techniciens, pas par des
politiques. La tentation d'utiliser cet argent pour financer des dépenses courantes ou des
campagnes doit être cadrée par la loi, pas par la bonne volonté.
2. La transparence. Les citoyens guinéens doivent savoir combien entre dans le fonds,
comment il est investi, combien il rapporte. Le gouvernement s'est dit inspiré des modèles
de la Norvège, des Émirats arabes unis, du Qatar, du Nigeria ou de l'Égypte. Parmi ces
modèles, certains publient leurs comptes. D'autres pas. Le choix de ce modèle dira
beaucoup sur les intentions réelles.
3. La règle d'or. On n'utilise que les intérêts générés, jamais le capital. C'est la règle
norvégienne. C'est la seule qui permette de léguer quelque chose aux générations
suivantes.
Notre lecture chez consulting
Créer le fonds est le début, pas la fin.
L'histoire africaine montre que la richesse minière peut construire un pays comme elle peut le détruire. La différence, c'est toujours la même chose : la qualité des institutions qui
gèrent cet argent.
La Guinée a maintenant Simandou. Elle a annoncé le fonds. Il reste à construire les
institutions qui feront que dans 30 ans, on cite Conakry comme on cite Oslo aujourd'hui.
On va suivre ce dossier de très près.
— AFRIG consulting