12/03/2026
Face au brouhaha autour de la pénurie de liquidités en Guinée et aux accusations (sarcastiques ou pas) qui visent mes parents peulhs, lesquels, à ma connaissance, ne gèrent pas encore la BCRG 😄 …voici mon humble analyse en tant que professionnel de la finance et de l'économie, et mes recommandations concrètes.
Reconnaissons d'abord ce qui avance : Simandou, le chemin de fer transguinéen,etc.. . Ce sont des chantiers historiques qui engagent l'avenir du pays dans la bonne direction. Mais une économie ne se mesure pas uniquement à ses grands projets. Elle se mesure à la capacité de sa croissance à circuler dans les poches des citoyens.
Et là, il y a un problème sérieux.
LES PROBLÈMES
La BCRG couvre à peine 10% des besoins hebdomadaires des banques en billets. Dans un pays où plus de 90% des transactions se font en espèces, ce n'est pas un problème technique, c'est un blocage de toute l'économie réelle. Le commerçant ne paie plus son fournisseur. L'artisan n'encaisse plus. Le citoyen fait la queue pour retirer son propre argent.
Trois causes profondes expliquent cette situation :
1. La croissance guinéenne repose trop sur les mines, qui emploient peu et achètent peu localement. La richesse entre dans le pays sans se diffuser dans les marchés et les foyers.
2. Les emprunts massifs de l'État auprès des banques locales ont asséché les liquidités disponibles pour les entreprises et les particuliers.
3. Le rejet de la demande de programme avec le FMI en 2024 a supprimé un filet de sécurité essentiel dans un moment de crise comme celui-ci.
MES RECOMMANDATIONS
D'autres pays africains ont traversé des crises similaires et s'en sont sortis. Voici ce qui fonctionne :
1. Transparence totale à la BCRG. Un audit indépendant et une communication claire sur l'état des réserves. La confiance ne revient pas avec des discours, elle revient avec des actes.
2. Injection d'urgence de liquidités dans les banques commerciales, pour que les citoyens puissent accéder à leur argent et que le commerce reprenne normalement.
3. Accélérer le mobile money. Le Kenya avec M-Pesa, le Ghana avec ses 15 milliards de dollars de transactions mobiles en 2023, ils ont résolu leur dépendance au cash en rendant le paiement numérique accessible à tous, avec zéro frais sur les petites transactions.
4. Reprendre le dialogue avec le FMI. Pas pour céder notre souveraineté, mais pour accéder aux outils de stabilisation conçus pour exactement ce type de crise.
5. Flécher les revenus de Simandou vers l'économie locale : agriculture, PME, infrastructures de proximité. C'est ainsi que la croissance des chiffres devient une croissance ressentie.
La Guinée a les ressources et les projets. Ce qu'il faut maintenant, c'est de l'urgence sur le terrain, pour les millions de Guinéens qui ne peuvent pas attendre.
Awa Ko Fowni. 🙏🏾
Gassim Bah
Executive MBA- Washington DC
Economist and Finance Executive