02/09/2026
LUNDI ÉMOTIONNEL III
À qui appartient réellement ce que nous ressentons ?
Hier, je vous ai laissés avec cette question :
À qui appartient réellement ce que nous ressentons ?
Et voilà que Krishnamurti revient encore aujourd’hui. Non pas parce qu’il serait le seul autour duquel ces histoires pourraient être racontées. Nous pourrions probablement en raconter des milliers à propos de ceux que nous avons appelés sages, maîtres ou êtres éveillés.
Mais peut-être parce que mon voyage en Inde, et particulièrement mon passage à Varanasi, est encore très présent en moi, c’est lui qui me revient spontanément. Cette fois, l’histoire raconte presque le mouvement inverse de celle de la cravate.
Un homme avait lu que lorsque Krishnamurti entrait dans une pièce, les gens ressentaient immédiatement quelque chose. L’énergie aurait changé et certains auraient eu la chair de poule.
Puis il rencontra un homme âgé de quatre-vingt-huit ans, qui avait connu cet univers, et lui demanda si cela était vraiment ainsi. Le vieux monsieur rit. Pour lui, Krishnamurti était aussi un être humain comme les autres. Il avait une présence, une prestance certainement.
Et cette histoire me renvoie aussi à quelque chose que je connais. La première fois que j’ai entendu Christiane Singer parler, je me souviens avoir pensé : Mais c’est un ange.
Plus t**d, j’ai connu une femme qui avait été très proche d’elle. Et dans les récits qu’elle pouvait partager, je découvrais aussi une femme profondément humaine.
Cela n’enlevait rien à ce que j’avais ressenti. Et c’est peut-être justement là que quelque chose devient intéressant. Le ressenti appartient aussi à celui qui ressent.
Nous aimons tellement rencontrer le divin dans la matière. Nous aimons tellement voir Dieu prendre forme devant nous.
Et parfois, nous rencontrons réellement quelque chose d’immense à travers un être. Ce que nous ressentons peut être profondément vrai. Mais parce que cette expérience est vraie en nous, nous pouvons en conclure que cet être est en permanence ce que nous avons ressenti à travers lui.
Et peut-être est-ce là que nous confondons parfois deux choses : la vérité de notre expérience et la vérité définitive de l’autre.
Je peux avoir rencontré quelque chose d’angélique à travers Christiane Singer sans que Christiane Singer ait à devenir un ange.
Je peux avoir ressenti quelque chose d’immense au contact d’un être sans que cet être ait à demeurer, à chaque instant de son existence, à la hauteur de ce que j’ai ressenti.
Le sacré était vrai. L’être était humain. Et les deux peuvent être vrais en même temps. Mais alors, si l’humain reste humain après avoir touché ces espaces, une autre question apparaît : Pourquoi avons-nous fait de la persistance de son ego la preuve qu’il ne serait pas suffisamment éveillé ?
L’ego n’est peut-être pas l’ennemi. Peut-être que l’éveil n’est pas la disparition de l’ego. Tant que ce corps existe, il faut bien quelqu’un pour conduire la voiture. Le mental est peut-être simplement ce conducteur. On peut s’asseoir dans une voiture, même sur le siège passager, et espérer très fort qu’elle avance… il faudra bien un conducteur.
Alors la question n’est peut-être plus de réussir à s’en débarrasser.
Elle devient :
Est-il mature ou immature ?
Est-ce que je peux entendre mon propre mental raconter son histoire ?
Entendre mes croyances, ma culture, mes peurs, mes doutes et mes concepts sortir de ma bouche et, parfois, avoir ce sourire intérieur : Ah… regarde-moi encore.
Regarde comme je suis en train de fabriquer quelque chose.
Regarde comme je crois à mon histoire.
Regarde comme, pendant quelques instants, je me prends terriblement au sérieux.
Et rire doucement de cette extraordinaire humanité.
Parce qu’à cet endroit, quelque chose change. Je n’ai plus nécessairement besoin de supprimer ce qui apparaît. Je peux être l’humaine qui traverse l’expérience et, en même temps, quelque chose peut la regarder traverser.
Je suis cela. Et en même temps : je suis cela qui observe. Et c’est peut-être là que notre rapport à l’illusion peut lui aussi changer. Parce que si je peux voir l’illusion, pourquoi faudrait-il nécessairement que je la bannisse ?
Peut-être puis-je même me surprendre en train d’y croire, de m’y attacher, de me prendre terriblement au sérieux… et soudain me voir.
Et sourire.
Parce qu’à cet endroit, quelque chose en moi commence à soupçonner que toute cette histoire d’éveil est peut-être beaucoup moins sérieuse que nous ne l’avons imaginé.
Et c’est précisément là que je vous retrouverai demain pour le dernier mouvement ou pas…
Avec amour et humanité,
Saphire Shanipriya