05/09/2026
Toi aussi, parfois, tu as l’impression que ton ado est beaucoup plus ouvert au monde extérieur qu’à toi ? Avec ses copains, il parle, il échange, il rigole, il peut même se confier à d’autres adultes… Et avec toi :
« Ça va ? »
« Ouais. »
« Ta journée ? »
« Bien. »
Fin de la conversation…
Et forcément, ça peut faire quelque chose. On peut se demander s’il ne nous fait plus confiance, s’il nous en veut, ou si on est simplement devenue trop relou. Derrière tout ça, il y a souvent cette sensation d’impuissance. Parce que c’est notre enfant, et qu’on aimerait tellement être la personne auprès de laquelle il peut tout déposer.
Je connais ça, je l’ai vécu avec mes filles. Je me suis retrouvée confrontée aux mêmes mécanismes, et j’ai constaté qu’elles pouvaient parfois parler plus facilement d’une problématique avec une collègue ou un autre adulte qu’avec moi. Et je vais être honnête : ça peut piquer. Une partie de moi aurait aimé être celle à qui elles pouvaient tout dire.
Avec le recul, j’ai compris quelque chose d’essentiel : ce n’était pas forcément une mise à distance de moi. C’était aussi la possibilité pour elles d’aller chercher, dans le monde extérieur, d’autres regards, d’autres expériences, d’autres espaces de parole. Et finalement… n’est-ce pas aussi ça, grandir ?
Petit à petit, notre enfant, en devenant ado, cesse de faire de nous son seul point de référence. Il commence à regarder autour de lui, à choisir les personnes avec lesquelles il a envie d’échanger, à chercher d’autres modèles, d’autres façons de penser. Les neurosciences viennent d’ailleurs éclairer ce que beaucoup de parents observent intuitivement : au cours de l’adolescence, le cerveau accorde progressivement davantage de valeur aux informations sociales qui viennent de l’extérieur de la famille. Ce que nous vivons parfois comme un rejet peut aussi être, en partie, un mouvement vers l’autonomie.
Quand je regarde mes filles aujourd’hui, je peux même me dire que c’est plutôt une bonne chose. Parce que si elles s’autorisent à aller chercher ailleurs ce dont elles ont besoin, tout en découvrant leurs propres ressources, c’est aussi qu’elles savent qu’elles en ont le droit. Et parce que je n’ai pas besoin d’être leur seule ressource pour rester leur maman.
Et ce mécanisme, je l’observe aussi dans mes séances. Je reçois des adolescents pour des problématiques très diverses, et je constate régulièrement qu’un espace extérieur à la famille peut leur permettre de déposer des choses qu’ils n’arrivent pas encore à dire à leurs parents. Non pas parce qu’ils ne les aiment pas, bien au contraire. Mais parce que, dans le lien affectif, ils peuvent parfois avoir envie de préserver leurs parents, de ne pas les inquiéter, les décevoir ou les blesser. Ici, ils peuvent simplement dire ce qu’ils pensent, ce qu’ils ressentent, même lorsque c’est contradictoire, inconfortable ou difficile à formuler, sans avoir à se demander si cela remet en question l’amour qu’ils portent à leurs parents. Parce qu’on peut tout à fait aimer profondément quelqu’un et, malgré tout, avoir besoin d’un espace où l’on peut penser et ressentir librement, sans avoir à se demander ce que cela va provoquer chez l’autre.
Il arrive que le parent soit présent et puisse entendre ou observer ce qui se dépose. Il arrive aussi que l’adolescent préfère rester seul en séance. Dans ce cas, la prise de conscience se fait parfois plus t**d, à travers ce que l’ado choisit de raconter lui-même, ou simplement à travers l’évolution de son comportement face à la problématique qui l’avait amené.
Et parfois, ce qui se dépose dans cet espace revient ensuite dans la relation familiale. Pas forcément sous forme de grandes discussions. Parfois simplement avec un ado un peu plus apaisé, un parent un peu moins inquiet, une relation avec un peu moins de tension.
Et surtout… un parent qui peut cesser de vivre l’autonomie de son enfant comme un rejet.
Parce que peut-être que le véritable signe que nous avons bien fait notre travail de parent, ce n’est pas que notre enfant ait toujours besoin de nous. C’est qu’un jour, il sache qu’il peut aller chercher ailleurs des regards, des expériences, des personnes… et surtout apprendre à trouver en lui les ressources dont il a besoin.
Et que, malgré tout ça, il sache toujours où est sa maison.
Delphine