10/10/2026
PENSER
« Mais pourquoi m'a-t-il/elle fait ça ? »
Cette question, je l'entends régulièrement en consultation.
Elle revient, encore et encore, parfois jusqu'à l'épuisement.
Lorsqu'une personne nous blesse, nous trahit ou nous abandonne, nous cherchons à comprendre.
Qu'est-ce qui l'a poussée à agir ainsi ?
Qu'ai-je fait pour mériter cela ?
Qu'aurais-je pu faire autrement ?
Comme si trouver la bonne explication pouvait enfin apaiser notre douleur.
Mais prenons un instant pour réfléchir…
Existe-t-il vraiment une explication qui puisse nous satisfaire lorsque nous avons profondément souffert ?
Imaginons une personne qui nous trahit et qui nous explique pourquoi elle l'a fait. Son explication peut nous aider à comprendre son comportement. Mais effacera-t-elle la trahison ?
Imaginons qu'une personne nous abandonne et nous donne ses raisons. Cela rendra-t-il nécessairement l'abandon moins douloureux ?
Et face à certaines atrocités commises dans l'histoire de l'humanité, quelle explication pourrait véritablement nous satisfaire ?
Nous pouvons étudier les mécanismes qui conduisent les êtres humains à commettre des actes terribles. Nous pouvons chercher à comprendre. Mais comprendre ne signifie ni justifier ni rendre acceptable.
Nous avons parfois besoin de réponses pour donner du sens à notre histoire. C'est profondément humain.
Mais nous ne trouverons pas toujours ces réponses. Et lorsque nous les trouvons, elles ne correspondent pas nécessairement à ce que nous avions besoin d'entendre.
Alors, peut-être pouvons-nous, progressivement, déplacer notre regard.
Au lieu de nous demander sans cesse :
« Pourquoi m'a-t-il fait ça ? »
Nous pouvons commencer à nous demander :
« Qu'est-ce que cette situation a provoqué en moi ? »
« Qu'est-ce qui a été blessé ? »
« De quoi ai-je besoin aujourd'hui pour avancer ? »
Il ne s'agit ni d'oublier ni d'excuser ni pardonner à tout prix.
Il s'agit simplement d'accepter que nous ne pouvons pas toujours obtenir de l'autre la réponse que nous attendons.
Et que notre reconstruction ne doit pas nécessairement dépendre de cette réponse.
Car à force de chercher à comprendre l'autre, nous finissons par ne plus nous écouter nous-mêmes.
Nous ne pouvons pas toujours comprendre les raisons des autres. Mais nous pouvons apprendre à écouter ce que notre propre souffrance nous dit.
Et peut-être qu'un jour, sans avoir obtenu toutes les réponses, nous pourrons malgré tout avancer.
PENSER, c'est aussi apprendre à vivre avec les questions qui n'ont pas de réponse.
Projet Eva — Penser, Panser, Grandir.