01/06/2026
Mourir... Vivre...
Clervaux. J'adore cet endroit, pour les chants grégoriens. Mais au-delà, il y a une magie à cet endroit, c'est vraiment un lieu tellurique... C'est toujours un bonheur d'y être, une relaxation immédiate, profonde, quelque chose qui "restructure" profondément. Actuellement, une petite expo proposait des textes d'homélies et il y en a que j'ai trouvé très joli au sujet de Marie - et de la mort.
Cela m'a beaucoup parlé car pour le moment, autour de moi, beaucoup de morts, jeunes, des morts indicibles, des morts dont on se remet difficilement, voire pas.
Il est toujours difficile de parler de la mort, et j'ai trouvé ce texte intéressant, car il parle de "maison", comme si la mort n'était qu'un déménagement. Bien sûr, quand on est confronté à un décès, ces paroles sont trop abruptes dans l'immédiat. Mais sur le long terme, elles renforcent la pensée chamanique de "passage vers un autre monde", un autre état "corporel".
"Mon corps, le Temple de l'Ame" - et tout à coup, mon Ame qui trouve un autre Temple, non plus matériel mais diffus et immense. Je suis partout depuis cet autre espace. Je suis davantage présent , non pas à tes mains, mais à tes pensées. Je suis plus présent que jamais, car mon essence, ma personnalité, se déploie pleinement. Je Suis. La mort, en chamanisme, nous estimons qu'il s'agit d'un espace de guérison puissant. Un espace alchimique, où toutes les scories s'effacent et où ne restent que la "pureté" de ce que nous étions en naissant.
Je crois profondément en cela - mais cette conviction m'a touchée récemment, avec le décès d'une personne très au fait aussi de ce type de pensées, et qui a choisi de mettre fin à ses jours. Cela m'a semblé rappeler le "risque" qu'il y a à souhaiter la mort - justement, comme espace de guérison.
Je n'ai pas de moralité à donner par rapport au su***de - certainement pas, et la notion de bien ou de mal n'existe pas en chamanisme. Mais je ne peux que m'interroger que la question de la balance entre vie et mort, continuer ou pas l'expérience. Espérer que la Vie apportera du doux, du chaud - ou croire que cela n'est plus possible.
Le texte invite à explorer la médiation (la prière, la "déconnection") comme trouver un espace de guérison en nous. Il ne s'agit plus de penser sa vie, de la comprendre.
Il s'agit de trouver comme créer des alliances avec d'autres forces, en d'autres "espaces-temps", en d'autres réalités, pour nous aider.
Cela aussi est au coeur du chamanisme.
Trouver qui je suis - en moi.
L'accepter.
Accepter de le vivre.
Non pas seul.e, mais en trouvant ceux qui me porteront.
Il m'est arrivé de vivre cela, d'entendre les mots "je te porterai", et j'ai accepté de me laisser porter - de ne plus me battre pour nager à contre courant, d'accepter de perdre (un travail, de l'argent, la santé, une forme de sécurité arrachée avec les dents), et c'est dans ce creux, dans cet abandon, que je me suis reconstruite, trouvée et épanouie.
Oui, je sais, ça fait pensée de gourou.
Mais je l'ai vraiment expérimenté.
Accepter de laisser tomber le mental - certains diront l'égo.
Perdre les titres, les avantages, les illusions dans lesquelles on s'enferme (comme dans le film Matrix).
C'est là qu'apparait ce qui nous est destiné.
Il ne s'agit plus de nécessaire, de vital, de "au moins ça".
Il s'agit d'alignement.
Pendant longtemps, j'ai été "morte".
Comme ma grand-mère, qui a connu une mort de l'âme, tellement forte, tellement emprisonnante, suite à une trahison amoureuse. Comme mon arrière grand-mère qui s'est suicidée, suite à une trahison amoureuse.
Ces poids n'étaient pas les miens mais ils étaient là.
Il a fallu les voir et m'en délester - et tout cela, je l'ai vu dans cette "maison intérieure", dans les rêves éveillés, dans les méditations au tambour.
Il a fallu comprendre l'impact de cela dans ma vie - dans mes choix, dans mes prises de risques et de responsabilités.
Il m'a fallu accepter ma part.
Et en guérir.
J'ai "ressuscité".
Un long chemin, mais aujourd'hui, j'en suis certaine, les choses ont changé. "Tables have turned".
Souvent, je me dis qu'on devrait passer la seconde partie de sa vie à guérir de la première...
Accepter cette idée qu'il faut des années à guérir des années.
Prendre le temps.
Encore et encore.
Ne pas se dire que c'est perdu, que ça ne va pas assez vite.
Surtout, faire l'essentiel: nouer et nouer encore des alliances avec le Divin (peu importe son visage).
C'est ce que je vous souhaite, si au creux de cette année qui n'en finit pas d'annoncer de grands changements qui n'arrivent jamais, vous avez dur.
Trouvez en vous la vague.
Observez-la.
Cherchez à comprendre où est sa racine.
Et demandez à être aidés.
Et acceptez ce que l'on vous demande - même s'il s'agit d'un dépouillement tel que les autres vous traiteront de fous.
Vous serez exaucés - je n'en douterai plus jamais.
Prenez soin de vous,
F***y Charp
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