14/09/2026
Clinique Yidia sensibilisation : Une petite fièvre peut complètement faire basculer ta vie
Par Dr Moumini Niaoné
Il y a quelques années, j’ai perdu l’un de mes aînés. Plein de vie. Plein d’avenir. Et ce fut terrible.
Il avait tellement travaillé, tellement fait de sacrifices pour devenir quelqu’un, pour construire sa vie… et puis, brutalement, tout s’est arrêté.
Quelques jours auparavant, nous nous étions parlé au téléphone. Il me disait qu’il partait au travail, mais qu’il ne se sentait pas très bien. Je lui ai conseillé d’aller consulter.
Il m’a répondu que ce n’était probablement que de la fatigue. Il avait pris de l’ibuprofène et pensait que ça allait passer. Il avait trop de dossiers à gérer au boulot.
Puis, quelque temps après, quelqu’un m’appelle :
— Imhotep, tu sais que X est parti ?
— Je demande parti où ?
Silence.
— Il est malheureusement décédé.
J’étais confus. Complètement sonné.
Mais que dire ? Que faire quand tout est déjà fini ?
Je te raconte cette histoire parce que demain matin, cela peut être toi.
Tu te réveilles avec un peu de fièvre. Un mal de tête. Des courbatures. Tu te dis : "C’est sûrement le palu." Tu prends du paracétamol, peut-être même un antibiotique qui traînait dans ta boîte à pharmacie, et tu pars au travail.
Tu as des dossiers à terminer. Une réunion. Des gens qui t’attendent. Tu verras ça plus t**d.
Et puis ton état s’aggrave.
Ce que tu prenais pour une petite fièvre peut être un paludisme grave. Cela peut aussi être une dengue. Au début, ces maladies peuvent présenter des symptômes qui se ressemblent : fièvre, maux de tête, fatigue, douleurs musculaires… On ne peut pas toujours faire la différence soi-même. Et certaines formes peuvent devenir graves très rapidement.
La fièvre n’est pas un diagnostic.
Alors, quand tu es malade, surtout dans une zone où circulent le paludisme et la dengue, ne te contente pas de traiter ce que tu penses avoir. Fais-toi examiner et tester.
Et attention à l’automédication : lorsqu’une dengue est possible, l’aspirine et les anti-inflammatoires comme l’ibuprofène sont déconseillés parce qu’ils peuvent augmenter le risque de saignement.
Mais nous pouvons aussi agir avant de tomber malades. Regarde autour de ta maison. Les vieux pneus qui retiennent l’eau. Les pots de fleurs. Les bidons et récipients abandonnés. Les canaris et réserves d’eau mal couverts. Les petites flaques qui persistent après la pluie.
Ce sont parfois quelques centimètres d’eau qui suffisent pour fabriquer des centaines de moustiques.
Vide, couvre ou nettoie régulièrement tout récipient pouvant retenir de l’eau. Assainis ton environnement.
Et protège-toi le jour comme la nuit. Les moustiques qui transmettent la dengue piquent surtout pendant la journée, tandis que ceux qui transmettent le paludisme piquent principalement du crépuscule à l’aube.
Porte, autant que possible, des vêtements qui couvrent les bras et les jambes. Utilise des répulsifs. Mets des moustiquaires ou grillages aux fenêtres et aux portes. Et dors sous une moustiquaire imprégnée d’insecticide. Il faut faire vacciner les enfants, accepter de prendre les medicaments qu'on vous apporte à domicile pendant la saison pluvieuse où le paludisme est à son pic.
Ce n’est pas excessif.
En 2024, le paludisme a encore tué environ 610 000 personnes dans le monde. Environ 95 % de ces décès sont survenus dans la Région africaine de l’OMS, et les enfants de moins de cinq ans représentaient les trois quarts des décès dans cette région.
Derrière ces chiffres, il y a des histoires comme celle que je viens de te raconter. Des parents. Des enfants. Des frères. Des sœurs. Des collègues. Des gens qui avaient encore des projets pour demain.
Je ne veux pas que demain tu dises : “Il savait, mais il ne m’avait pas dit.” Maintenant, toi aussi tu sais.
Alors dis-le à ton frère, ta sœur.
Dis-le à ton collègue qui banalise toujours ses fièvres.
Dis-le à celui qui croit encore que ces choses-là n’arrivent qu’aux autres.
Prévenir le paludisme, la dengue et les autres maladies transmises par les moustiques commence aussi par ces petits gestes.
Assainir son cadre de vie. Se protéger. Consulter rapidement.
Parce que parfois, entre « ce n’est qu’une petite fièvre » et une tragédie, il n’y a que quelques heures ou quelques jours.
Dr. Moumini Niaoné
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