04/10/2025
L'éducation n'est pas un mirage nietzschéen. Elle est une donne sociologique et dynamique.
Aux enseignants, aux collègues, qu'ils soient du primaire ou du secondaire qui sont rentrés dans les classes ce jour pour façonner des hommes et des femmes, pour modeler des vies, pour construire la société, nous en vouloir parce que nous sommes durs et sévères envers les enfants, c'est manquer de véritables sciences, c'est être aussi dans le déni de l'homme, de la société et du réel. On nous en voudrait d'être méchants et extrémistes envers les enfants, car la méchanceté, c'est faire le mal pour montrer qu'on a le pouvoir de faire le mal, c'est punir pour voir s'élever son égo et son amour-propre. L'école n'est ni un enclos de turpitudes, ni un univers de libertés liberticides. L'école est un fait qui répond aux normes d'une société.
Il y a ces idéalistes aux savoirs d'un relent néocolonial qui nous en veulent, qui nous rabaissent dans les platitudes de l'incompréhension des données sociétales en nous rassurant par le détour d'un savoir doctrinal en déphasage avec notre société que toute forme de violence dont nous serons auteur dans nos classes sur les élèves révèle notre impuissance face à la noblesse de la science pédagogique et à l'étendue de la potentialité de la vertue humaine. Et c'est bien faux. C'est faux parce que la science pédagogique ne saurait nous contraindre à l'obéissance servile et mimétique d'une loi universelle qui nous impose une éducation sur mesure, une éducation taillée pour répondre aux normes européennes des droits de l'enfant et de la liberté de l'esprit. C'est faux encore parce que la vertu humaine a toujours un relent animal aussi inconscient qu'il soit. Je veux dire qu'il n'y a ni vertue linéaire en homme, ni savoir sans limite de la capacité humaine.
Enseignants, nous sommes dans une société et nous devons éduquer pour cette société. S'il y a une éducation à idéaliser, ce n'est pas une éducation universelle qui fascine l'esprit du philosophe néocolonial qui a son corps à Ouagadougou et son âme à Lille. S'il y a une éducation à idéaliser, c'est celle de la société burkinabè qui ne se veut pas un modèle universel, mais une donne sociologique qui nous demande de façonner les enfants pour répondre à nos besoins. Enseignants, nos élèves doivent être disciplinés, ordonnés, rigoureux, méthodiques et propres. Nous devons y arriver non pas par la méthode universelle nietzschéenne de l'éducation qui est un leurre, un mirage, mais par notre capacité d'adaptation, de compréhension de l'ordre et du modèle de notre société. Il nous faut, enseignants, une rupture épistémologique pour imposer une éducation sociale normée tout en rejetant l'enfant roi, l'enfant de tous les droits, l'enfant ange.
Le fouet ne saurait être le maître de notre pédagogie et le directeur de céans de notre classe. Punir n'est pas une donnée évidente pour faire régner l'ordre et transmettre le savoir.. Par contre, le fouet n'est pas non plus la marque de notre limite, de notre incapacité à comprendre l'enfant et à être un bon pédagogue. L'éducation dans notre société n'est pas une tribune de libertés liberticides comme elle l'est en Europe. L'éducation dans notre société est une conduite consciente et responsable pour façonner l'homme pour le bien et pour la vertu. Elle n'exclut pas la punition qui est symbole de rigueur et de sérieux. L'enfant veut généralement le désordre, et il est de notre devoir de lui imposer l'ordre. Cela ne se fera pas chaque jour par le fouet, mais cela se fera souvent avec le fouet. C'est culturel, c'est sociologique. L'enseignant qui utilise le fouet par méchanceté rompt son contrat avec le bien et la bienveillance qui devraient être ses qualités. On ne punit pas parce qu'on est méchant ou incapable. On ne punit pas par plaisir, par sadisme, pour éduquer. On punit pour imposer une voie, une norme, un trajet face à la réalité réfractaire des esprits juvéniles. Que celui qui ne veut pas que l'enseignant punisse son enfant le garde à la maison ou qu'il l'envoie en Europe où existe l'enseignant idéal, qui est l'incarnation pure de la vertu et du bien , qui a pu s'élever à la hauteur du surhomme.
Enseignant, nous n'avons pas à idéaliser un système d'éducation. Nous avons à construire notre modèle en scrutant notre société, en étant réalistes et humains. La société dans laquelle nous sommes ne nous demande pas d'être des anges pour idéaliser un modèle d'éducation qui n'est point nôtre et qui n'honore point notre image. Punir n'est pas une faiblesse pour l'enseignant. C'est une exigence , une responsabilité sociale à assumer pour construire des hommes, pour normer les esprits, pour construire la société.
On n'est pas humain dans la confusion de l'universel. On est humain dans une société.
Bonne rentrée scolaire 2025-2026.
Plus de réalisme et de vertu en chacun de nous.
Adama Amadé SIGUIRE
Écrivain Professionnel
Consultant en leadership et management des cellules sociales
Enseignant de philosophie
Expert en diplomatie, stratégie négociationnelle, médiation, gestion des conflits et gouvernance éthique.