07/01/2026
Nous sommes en général d'accord avec son texte et ça exprime bien la différence que nous faisons ici entre "sanction" ou "punition" (mots qu'on a banni de notre vocabulaire éducatif) et conséquences...
Deux dernières choses que j’ajouterais. Tout d’abord la nécessité autant que possible d’ajouter des explications aux conséquences. Les enfants sont capables de comprendre bien plus qu’on ne le pense, par la parole, mais aussi par notre non verbal et notre exemple. Et quelque soit l’âge, l’enfant peut comprendre, au moins en partie, pourquoi telle ou telle conséquence arrive après telle ou telle action (donc arrêtons de dire “parce que c’est comme ça”, je vous en supplie !!). Encore plus si un adulte de confiance le lui explique calmement (je reviendrais sur ce point juste après). Ainsi, les règles, cadres et conséquences qu’on applique devraient toujours être accompagnés d’une certaine explication. Tout d’abord pour que nous même, nous soyons cohérent et constant. Puis pour que l’enfant fasse le lien entre l’action et le résultat.
Et bien sûr, avec une bonne explication, il n’y a aucune raison que la règle/cadre/conséquence ne s’applique pas à tout le monde. Donc si on dit à notre enfant qu’il faut qu’il se couche tôt pour prioriser son sommeil, car c’est important pour qu’il apprenne des choses, qu’il s’épanouisse, etc, il n’y a pas beaucoup d’excuse pour que nous même, adultes, allions nous coucher très t**d après avoir regarder un film de 2h, sachant très bien que le lendemain on doit se réveiller à 6h du matin quand nos enfants se lèveront… Donc ça demande même aux adultes de réfléchir à leurs actes et à en changer quand c’est possible.
Deuxième point à spécifier quand on parle de conséquence et d’apprentissage, c’est qu’on ne peut transmettre efficacement un apprentissage à un enfant (ou à n’importe quel être vivant, comme notre chien par exemple) qu’en étant nous-même dans un état qu’on appelle “calme-confiant”. Ça veut dire quoi ? Ça veut dire d’apprendre nous-même à gérer nos émotions pour que, quand on explique les conséquences et règles à un enfant, on le dise avec un ton calme mais confiant (donc on oublie la petite voix pour bébé à ce moment-là…). Donc, oui l’enfant aura besoin de gérer ses émotions (j’ai bien dit gérer, PAS contrôler ou pire encore, réprimer) avant qu’on puisse faire un retour avec lui, mais nous aussi (là aussi, je dis bien gérer, pas contrôler…). Je le souligne aussi pour les hommes, qui souvent ne se rendent pas compte de la force et de la puissance de leur voix quand ils sont fâchés/frustrés/énervés. Le meilleur moyen de reprendre un état calme-confiant rapidement quand on ne peut pas nécessairement s’isoler ? Prendre une grande respiration lente et profonde par le nez…
Et vous, qu'en pensez-vous ? Comment fonctionnez-vous chez vous ?
Les punitions sont-elles de la violence?
Depuis quelque temps, je vois circuler plusieurs publications qui présentent les punitions et le retrait comme des formes de violence extrêmement néfastes pour le développement des enfants. On y affirme que toute sanction représente une prise de pouvoir de l'adulte sur l'enfant, qu'elle ne vise que sa soumission et qu'elle engendre humiliation, peur, baisse de l'estime de soi et détérioration du lien parent-enfant.
Si vous me suivez depuis longtemps, vous connaissez mon grand amour pour la nuance et mon mot d'ordre en intervention :
« Ça dépend! »
Comme bien des choses en éducation, tout est une question de contexte, d'intention... et de la façon dont on intervient.
Bien entendu, mettre un enfant au coin, l'asseoir sur une chaise ou dans les escaliers « une minute par année d'âge » pour qu'il «réfléchisse » est bien peu utile et clairement insuffisant pour enseigner les comportements attendus.
Bien entendu aussi, enfermer un enfant dans sa chambre ou l'isoler contre son gré peut être vécu comme un rejet et n'enseigne pas grand-chose.
Mais demander à un enfant complètement envahi par ses émotions ou trop agité de se retirer dans sa chambre ou dans un endroit calme afin de retrouver son équilibre, n'est-ce pas différent?
Dans ce cas, l'objectif n'est pas de le punir, mais de le soutenir dans son retour au calme.
N'est-ce pas exactement ce que nous faisons aussi comme adultes? Lorsqu'on est trop émotif, on prend une pause, on se retire, on prend soin de soi, on laisse passer la tempête avant de revenir discuter à tête reposée.
Le retrait peut tout à fait être présenté de façon positive et bienveillante :
« En ce moment, tes émotions sont très fortes. Plutôt que de les faire subir aux autres, je t'invite à aller prendre soin de toi dans un endroit où tu te sentiras bien. Quand tu seras prêt, on reviendra en parler ensemble. »
Selon son âge et sa capacité à se calmer seul, l'adulte peut d'ailleurs accompagner l'enfant, si celui-ci le souhaite et que la situation demeure sécuritaire.
Par ailleurs, toutes les sanctions ne sont pas forcément basées sur la peur ou l'humiliation. Une sanction peut être appliquée dans le respect, avec empathie et dans un réel objectif d'apprentissage.
J'entends souvent dire que « les neurosciences démontrent que les sanctions sont nocives ». Pourtant, je constate qu'on fait parfois dire aux neurosciences ce qu'elles ne disent pas...
En fait, le consensus scientifique ne dit pas que toute sanction est nocive. Il explique plutôt que les cris, les coups et les pratiques coercitives, humiliantes, imprévisibles ou agressives sont corrosives pour le développement affectif de l'enfant. Ce qui est fort différents des conséquences logiques, cohérentes, expliquées et appliquées dans une relation chaleureuse, qui ne sont pas démontrées comme étant délétères en elles-mêmes.
Par ailleurs, il ne faut pas négliger certaines notions fondamentales du développement de l'enfant.
Ce n'est généralement que vers huit ou neufs ans puis à l'adolescence que la plupart des jeunes commencent réellement à agir par principe, à développer un véritable sens des valeurs et à vouloir éviter de décevoir ou blesser les autres.
Avant cela, leur cerveau est encore en développement. Les régions impliquées dans l'empathie, l'autorégulation et l'anticipation des conséquences ne sont pas pleinement matures.
Cela ne signifie pas qu'ils sont égoïstes, ça signifie simplement qu'ils apprennent encore.
En attendant que ces capacités se développent, plusieurs enfants agissent d'abord en fonction de la recherche du plaisir immédiat et ne freinent leurs élans et pulsions que lorsqu'ils anticipent une conséquence désagréable. C'est une réalité développementale.
Il faut avoir bien peu d'expérience auprès des enfants et des adolescents pour croire que tous respecteront spontanément les règles, contrôleront leurs réactions émotionelles et feront les bons choix simplement parce qu'on leur a parlé avec douceur et empathie.
L'empathie est essentielle, mais elle n'est pas toujours suffisante.
D'ailleurs, parlons des adultes. Combien d'entre vous respecteraient les limites de vitesse s'il n'existait aucune contravention?
L'encadrement ne devrait jamais se résumer aux punitions ou aux rapports de force. En revanche, un enfant doit progressivement apprendre que ses choix entraînent des conséquences.
Et rappelons-nous que certains êtres humains ont besoin de se brûler... pour comprendre que c'est chaud.
Il est également important de distinguer punition et conséquence.
Une punition n'a généralement pas de lien direct avec le comportement posé. Son objectif est surtout de faire vivre un déplaisir afin que l'enfant évite de recommencer par peur d'être puni.
On obtient alors une obéissance basée sur la crainte: « J'obéis parce que j'ai peur des punitions imposées par l'adulte. » L'impact majeur de ce type d'encadrement est que l'enfant peut avoir l'impression de pouvoir faire tout ce qui lui passe par la tête s'il n'est pas surveillé ou que l'adulte n'applique pas de punition.
Une conséquence, au contraire, est le résultat naturel ou logique d'un choix. Son objectif est l'apprentissage. Oui, elle peut provoquer de la déception, de la frustration, de la honte ou de la tristesse, mais ces émotions ne sont pas recherchées pour elles-mêmes.
Par exemple, si un enfant a volé dans un commerce et qu'on lui demande d'aller remettre l'objet, de s'excuser et de le rembourser, il vivra probablement un grand inconfort, voire de la honte.
Je ne cherche pas à l'humilier, je cherche à lui permettre de réparer son geste. Je peux être profondément empathique envers ce qu'il ressent... tout en refusant de le soustraire aux conséquences de son choix.
On ne me fera pas croire que confisquer temporairement un jeu vidéo après une utilisation inadéquate est une forme de violence.
Qu'interdire une sortie à un adolescent qui ne respecte pas, de façon répétée, ses heures de rentrée est malveillant.
Ou que demander à un enfant de trois ans de ranger un jouet avant d'en sortir un autre compromettra son estime de lui-même.
Je ne crois pas davantage qu'un adulte doive accepter de se faire insulter ou frapper sous prétexte que le cerveau de l'enfant est immature.
Au contraire.
C'est précisément parce que son cerveau est immature qu'il a besoin d'un adulte qui pose un cadre clair, sécurisant et cohérent.
Notre rôle est d'encadrer, d'enseigner, de guider, de réparer les liens lorsque nécessaire... et d'entraîner progressivement les compétences qui lui permettront un jour de se gérer seul.
Au fond, tout se joue dans l'attitude et l'intention de l'adulte.
Est-ce que je suis ferme... ou écrasant?
Est-ce que j'encadre... ou est-ce que je cherche à soumettre?
Est-ce que j'enseigne... ou est-ce que je cherche simplement à obtenir l'obéissance?
Est-ce que je fais grandir mon enfant... ou est-ce que je tente de le dompter?
Pour moi, c'est là que se trouve toute la différence.
Je crois profondément que les conséquences et certaines sanctions font partie d'une éducation bienveillante.
Car la bienveillance, ce n'est pas éviter tout inconfort.
La bienveillance, c'est vouloir le bien de l'autre.
Et, pour son bien, un enfant a besoin d'apprendre à vivre en société, à respecter des règles, à réparer ses erreurs, à développer son autocontôle et à assumer progressivement les conséquences de ses choix.
Parce qu'au fond...
Encadrer, c'est aussi aimer.
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