07/14/2026
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Et si la maladie chronique commençait bien avant les premiers symptômes ?
Depuis plusieurs années, j'analyse des centaines de dossiers de patients souffrant de fatigue chronique, d'hypersensibilités, de syndromes d'activation mastocytaire, d'intolérance à l'histamine, de troubles neurovégétatifs ou métaboliques.
Un constat revient avec une étonnante régularité.
Les symptômes n'apparaissent pas au début de la maladie.
Ils apparaissent à la fin d'une longue succession d'adaptations physiologiques.
Cette réflexion m'a amenée à faire évoluer le modèle SDNIEM (Syndrome de Dysrégulation Neuro-Immuno-Endocrino-Métabolique).
Je ne vois plus la maladie chronique comme une accumulation d'anomalies biologiques.
Je la vois comme une histoire d'adaptation.
Tout commence par un terrain :
1. génétique ;
2. épigénétique ;
3. histoire transgénérationnelle ;
4. Early Life Stress ;
5. nutrition ;
6. environnement ;
7. capacités enzymatiques et métaboliques.
Puis viennent les contraintes de la vie :
1. infections ;
2. toxiques ;
3. perturbateurs endocriniens ;
4. grossesse ;
5. burn-out ;
6. deuil ;
7. traumatismes.
À un moment donné, un trigger fait basculer l'équilibre, et c'est là que ma réflexion a évolué.
La première réponse de l'organisme n'est probablement pas immunitaire.
Elle est neuro-énergétique.
Le cerveau évalue la situation et doit répondre à une question fondamentale :
Comment assurer la survie ?
L'une des décisions majeures pourrait concerner le devenir du tryptophane.
En situation physiologique, il est orienté vers la sérotonine puis la mélatonine et ensuite la récupération.
En situation de stress majeur, il est davantage dirigé vers la voie de la kynurénine, sous l'action de la TDO (tryptophane-2,3-dioxygénase).
Ce choix privilégie l'adaptation métabolique au détriment des fonctions de récupération.
Si la contrainte persiste, l'immunité prend progressivement le relais.
Les cytokines activent alors principalement IDO (indoléamine-2,3-dioxygénase).
Autrement dit :
• TDO = réponse neuro-endocrinienne de survie.
• IDO = réponse immunitaire chronique.
Cette distinction me paraît essentielle.
Elle pourrait expliquer pourquoi certains patients présentent un rapport kynurénine/tryptophane élevé alors qu'ils ne présentent pas d'argument biologique en faveur d'une endotoxémie digestive (LBP normale).
L'augmentation du glutamate observée chez certains patients pourrait également refléter un cerveau qui reste durablement en mode adaptation, avec des conséquences possibles sur la fatigue, l'hypervigilance, les troubles cognitifs et les douleurs chroniques.
Puis viennent progressivement les adaptations endocriniennes :
1. baisse de l'IGF-1 ;
2. diminution de la DHEA sulfate ;
3. moindre disponibilité des hormones thyroïdiennes au niveau tissulaire.
Enfin apparaissent les conséquences métaboliques :
1. diminution du fer disponible ;
2. baisse du sélénium ;
3. consommation du tryptophane ;
4. limitation des capacités de récupération.
Et seulement ensuite les symptômes deviennent visibles.
Cette réflexion m'amène aujourd'hui à résumer le SDNIEM sous la forme d'une chronologie :
1- Terrain
2- Histoire de vie
3- Trigger
4- Décision neuro-énergétique (TDO)
5- Réponse immunitaire (IDO, mastocytes, cytokines)
6- Adaptation endocrinienne
7- Adaptation métabolique
8- Expression clinique
Nous passons peut-être d'une médecine qui décrit les maladies à une médecine qui cherche à comprendre dans quel ordre l'organisme s'est adapté.
Et si notre rôle n'était plus seulement de corriger une anomalie biologique, mais de restaurer progressivement les capacités d'adaptation de l'organisme ?
La recherche devra bien sûr confirmer ou infirmer cette hypothèse intégrative. Mais elle ouvre, à mon sens, une piste passionnante pour mieux comprendre les maladies chroniques.
Dr Lucie Wetchoko Lucie
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