22/04/2026
Le silence imposé sur un trauma collectif n’est pas un oubli : c’est une forclusion symbolique d’un réel que le pouvoir n’a ni les moyens moraux ni le désir politique d’assumer.
En termes simples :
il ne s’agit pas seulement de faire taire un souvenir gênant.
Il s’agit de tenir hors du symbolisable une part du passé, parce que sa mise en mots mettrait en péril l’architecture même du pouvoir.
la société n’a pas seulement caché certains faits ; elle n’a pas construit d’espace légitime pour les traiter.
Ce n’est donc pas seulement :
“on sait mais on ne dit pas”.
C’est souvent plutôt :
“ce qui s’est passé ne peut pas être pleinement admis sans faire vaciller le cadre qui tient encore debout”.
Donc la parole sur le trauma n’est pas vécue comme une contribution au travail collectif.
Elle est vécue comme une attaque contre la structure.
Voilà pourquoi écrivains, cinéastes, journalistes ou témoins deviennent si vite des corps étrangers.
Ils ne remémorent pas seulement.
Ils forcent l’entrée de ce qui a été tenu hors cadre.
Poursuivi pour son roman «Houris», prix Goncourt en 2024, Kamel Daoud informe sur sa propre condamnation