20/07/2021
« Je pensais qu'il n'était pas nécessaire de s'asseoir et de faire des séances formelles de méditation. J'avais l'habitude de penser que vous pouvez vous améliorer dans la vie quotidienne simplement en vivant avec un esprit positif et compatissant, en vivant une "vie de dharma".
Mais, vous pouvez le constater par vous-même, tout comme moi, ce n'est pas assez, pour plusieurs raisons. Premièrement, sans la méditation assise, vous aurez certainement de plus en plus un esprit grincheux et instable. Cela montre clairement que ce n'est pas suffisant, comme vous pouvez le vérifier.
Deuxièmement, vous pouvez voir que vous êtes beaucoup plus distrait, des pensées inutiles se succèdent rapidement dans votre esprit, ce qui montre très clairement que vous ne faites pas votre pratique.
Troisièmement, chaque fois que vous avez besoin de vous asseoir pour pratiquer la méditation par vous-même ou avec la Sangha, votre esprit se détraque ! Cela montre encore une fois que ce n'est pas assez ! Si vous ne pratiquez pas la méditation assise, mais que vous vous contentez de déambuler et d'avoir un esprit positif, ce n’est pas vraiment un entraînement complet. Il faut vous asseoir ! Parce que lorsque votre corps est assis et que vous ne parlez pas, tout ce qu'il vous reste à observer, c'est votre esprit. C’est facile alors.
Ne vous dupez pas vous-même, vous n'êtes pas prêt, comme vous pouvez vous en rendre compte par vous-même ! Pas du tout prêt. Regardez simplement votre esprit. Votre esprit est grognon, il est distrait, vous avez des sautes d'humeur. Si vous pensez que vous êtes un pratiquant, mais que vous ne prenez pas le temps de méditer, vous ne pratiquez pas vraiment, vous pensez seulement que vous pratiquez. Ne soyez pas idiot. Vous asseoir pour méditer est donc très important, aussi important que d'avoir un bon cœur dans la vie de tous les jours.
Lorsque vous prenez le temps de transformer votre esprit, cela transforme vos actions et vos habitudes. Vous agirez, parlerez et penserez alors naturellement avec gentillesse et patience. Vous sourirez davantage, vous serez plus heureux, vous éprouverez plus de joie. Lorsque nous nous sentons ainsi, toutes les personnes autour de nous se sentent aussi plus heureuses.
Quand notre esprit n'est pas transformé, quand nous n'avons pas le courage de nous dire que nous pouvons changer, nous rendons alors les autres autour de nous malheureux et tristes. Le choix de vous transformer ou non vous appartient totalement. Je ne peux pas vous changer ! Je ne peux vous essuyer le derrière, c’est à vous de le faire. Il en va de même pour la transformation de votre esprit… »
(KYABGÖN PHAKCHOK RINPOTCHÉ)
Oui, personne d’autre que nous-même ne peut transformer notre esprit. Cet esprit qui juge, qui ressent, qui désire, qui s’énerve pour un rien, qui éprouve de la jalousie, de l’orgueil, de l’envie, cet esprit complètement accaparé par les « huit préoccupations mondaines ».
Ces huit dharmas mondains sont le louange et la critique, la gain et la perte, le plaisir et la souffrance, la célébrité et la disgrâce : dans ces quatre couples, nous aimons les premiers et avons de l'aversion pour les seconds. Par l’attention vigilante, que nous cultivons dans la méditation, nous développons une attitude égale à l’égard des expériences agréables et désagréables, attitude que nous pourrons ensuite intégrer graduellement dans notre vie quotidienne. Plaisir et souffrance, par exemple, ont désormais la « même saveur ». Nous sommes donc de moins en moins esclaves de nos émotions et sensations. Il n’y a plus dès lors de différence fondamentale pour nous entre la beauté et la laideur...
Nous nous libérons ainsi peu à peu de notre perception dualiste et de notre attachement extrême à notre moi.
Or, sans la méditation formelle, assise, pratiquée tous les jours, nous ne pourrons pas développer cette attitude. Dans le « tourbillon de la vie, comme dit la chanson, il est très difficile, voire impossible de nous dégager des huit préoccupations mondaines, si nous n’avons pas d’abord développé l’attention consciente dans la méditation formelle.
J’ai souvent entendu des gens dire : « Moi je n’ai pas besoin de méditer. Je suis toujours en méditation, 24 heures sur 24 ! »
Mais quand on observe un tant soit peu leur comportement, leurs réactions aux diverses circonstances de la vie, nous constatons qu’ils sont complètement identifiés à leurs pensées et émotions, comme tout le monde. Ils s’illusionnent, c’est tout. Ils pensent être éveillés, parce qu’ils ont eu une ou deux expériences spirituelles, alors qu’ils dorment profondément, comme tout le monde. Ils rêvent qu’ils sont éveillés ! S’ils s’observaient vraiment et s’ils méditaient, ils ne se se laisseraient pas duper ainsi par leurs illusions.
Cette attitude ne sert en fait qu’à masquer notre propre inconscience et notre paresse. Penser qu’on n’a pas besoin de méditer est une ruse de l’égo pour se maintenir et se renforcer tout en ayant l’apparence d’un pratiquant…
A.B. 🙏⭐