30/04/2026
Saviez-vous que la pharmacie Henni était appelée par les personnes venant des environs d’Alger la pharmacie “Lahnache” (le serpent).
Cette appellation, transmise oralement pendant des décennies, remonte aux premières années de l’indépendance et s’est maintenue jusqu’aux années 90, voire 2000.
Elle était utilisée par de nombreuses personnes venant des environs d’Alger, notamment de Boumerdès, Thénia, Corso, Boudouaou, Blida, Boufarik, El Affroun, et d’autres localités périphériques…
À cette époque, beaucoup de ces personnes se déplaçaient par train pour venir jusqu’à Alger et descendaient à la gare des Ateliers à Belouizdad.
Depuis leur ville d’origine, on leur donnait les indications suivantes pour rejoindre la pharmacie :
“Vous traversez le boulevard Hassiba Ben Bouali, vous rejoignez la rue de l’Union (actuel Bougherfa Mohamed), vous la longez jusqu’à atteindre l’autre rue principale, la rue Mohamed Belouizdad. En face de vous se trouve la pharmacie.”
Ces déplacements s’expliquaient par deux facteurs principaux : d’une part, dans les années 60 et 70, le nombre de pharmacies était encore limité dans de nombreuses régions du pays. D’autre part, la pharmacie Henni était reconnue pour la qualité de son approvisionnement, la disponibilité de ses produits, ainsi que pour son équipe officinale réputée pour son professionnalisme.
Beaucoup pensaient alors qu’il s’agissait d’un nom de famille et entraient en demandant :
“Est-ce bien la pharmacie Lahnache ?”
En réalité, ce surnom ne désignait pas une personne, mais faisait référence au symbole de la pharmacie, représenté en mosaïque sur la façade de la pharmacie Henni.
Ce symbole correspond à la coupe d’Hygie, symbole universel de la pharmacie et de la santé.
Il est représenté par un serpent enroulé autour d’une coupe.
Il renvoie à la déesse grecque de la santé, Hygie (Hygiea), associée à la prévention, à l’équilibre et à la préservation de la vie. Le serpent symbolise la connaissance et la régénération, tandis que la coupe représente le remède et la préparation pharmaceutique.
Cette mosaïque aurait été réalisée à l’époque du premier pharmacien fondateur, M. Zimmermann, avec le concours d’artisans spécialisés dans la mosaïque, les frères Tossut, connus pour leurs réalisations décoratives à Alger au début du XXe siècle.
Par la suite, la façade a connu plusieurs transformations.
Vers les années 1940, sous l’impulsion du pharmacien Dadoun, une intervention importante a été réalisée : la façade a été recouverte en partie de plaques imitant le marbre, fixées sur un enduit, modifiant progressivement l’aspect d’origine.
Plus t**d, en 2003, d'importants travaux sur la facade ont été entrepris de nouveau par le docteur Henni. À cette occasion, plusieurs éléments décoratifs ont été redécouverts, notamment des mosaïques situées sur la porte d’angle. Ces éléments représentaient des motifs floraux à caractère médicinal, mais malheureusement, ils étaient trop dégradés pour être restaurés malgré les tentatives de sauvegarde.
Seule la mosaïque principale du caducée a pu être préservée.
Ce caducée est ainsi resté l’élément central de la façade. Il incarne à lui seul l’histoire, la mémoire et l’âme de la pharmacie Henni, telle qu’elle demeure dans la mémoire collective.