21/06/2026
Essayez de voir avec les yeux de l’enfant…
Fermez un instant les yeux.
Imaginez une petite fille de 8 ans.
Ou un petit garçon de 8 ans.
Un enfant qui vient tout juste de quitter le CP.
Qui croit encore au Père Noël ou l’a quitté depuis peu.
Qui a besoin qu’on lui rappelle de se laver les dents.
Qui ne peut pas traverser la route seul partout.
Qui ne décide ni de ce qu’il mange, ni de l’endroit où il dort, ni de la personne qui vient le chercher à l’école.
Maintenant, placez face à lui un adolescent de 13 ans.
Plus grand.
Plus fort.
Plus expérimenté.
Déjà engagé dans la puberté.
Pensez-vous vraiment que ces deux enfants soient à égalité ?
Pensez-vous que le plus jeune soit libre de dire non ?
Libre de comprendre ce qui se joue ?
Libre de mesurer les conséquences de son refus ?
Maintenant, allez plus loin.
Placez face à cette même petite fille un adulte de 35 ans.
Ou de 45 ans.
Un parent.
Un grand-père.
Un beau-parent.
Un grand frère devenu figure d’autorité.
Un adulte qui conduit une voiture.
Qui travaille.
Qui gagne de l’argent.
Qui décide des règles de la maison.
Qui sait parler, convaincre, faire peur, rassurer, manipuler.
Un adulte qui nourrit l’enfant.
Qui l’habille.
Qui l’emmène à l’école.
Qui l’aide lorsqu’il est malade.
Qui représente parfois tout son univers.
Pensez-vous vraiment que cet enfant soit libre ?
Libre de refuser ?
Libre de partir ?
Libre de dénoncer ?
Nous parlons souvent de consentement.
Mais le consentement suppose la liberté.
Et comment être libre lorsque la personne dont vous dépendez pour vivre est aussi celle qui vous fait du mal ?
Comment dire non à celui qui vous nourrit ?
À celle qui vous console ?
À celui qui est parfois la seule présence stable dans votre vie ?
Certains enfants grandissent au milieu des séparations, des conflits, des absences, des déménagements, des recompositions familiales.
Ils cherchent désespérément un repère.
Une présence.
Un peu d’attention.
Un peu d’amour.
Dans ces situations, la personne qui exerce l’emprise n’est pas toujours perçue comme un danger.
Elle peut être celle qui aide.
Celle qui écoute.
Celle qui protège parfois.
C’est ce qui rend les violences incestueuses si difficiles à comprendre de l’extérieur.
L’enfant ne voit pas un agresseur.
Il voit souvent une personne importante pour lui.
Une personne dont il a besoin.
Une personne qu’il aime parfois.
Et c’est précisément là que réside la violence de l’inceste.
L’adulte utilise contre l’enfant ce qu’il a de plus précieux :
Sa confiance.
Son besoin d’amour.
Son besoin de protection.
Sa dépendance.
Alors avant de demander :
“Pourquoi n’a-t-il pas dit non ?”
“Pourquoi est-elle retournée le voir ?”
Essayons d’abord de nous demander :
Aurions-nous été capables de dire non à 8 ans ?
Aurions-nous été capables de nous opposer à une personne dont dépendait toute notre vie ?