28/08/2026
Il y a des deuils dont on parle peu, peut-être parce qu’ils sont étranges à expliquer : personne n’est mort, les personnes sont toujours là, quelque part, elles continuent leur vie… et pourtant quelque chose n’existe plus.
Pendant longtemps, je n’avais pas compris ce qui pouvait me rendre triste dans certaines relations familiales, parce qu’au fond, ce qui me manque parfois, ce n’est même plus vraiment la personne que j’ai en face de moi aujourd’hui.
C’est la relation que nous avions. Et ce n’est pas tout à fait la même chose.
Je crois qu’il y a un véritable deuil là-dedans. Le deuil de nos « nous ». Des enfants que nous avons été, de cette proximité qu’on imaginait éternelle, de tous ces souvenirs que personne d’autre ne possède exactement comme nous parce qu’on vient du même endroit.
Et puis nous sommes devenus adultes.
Nous avons construit nos valeurs, nos façons d’aimer, de vivre, de prendre soin des autres et de nos relations. Et parfois, les adultes que nous devenons ne se ressemblent plus.
Alors il reste cette sensation étrange de connaître quelqu’un depuis toujours et, en même temps, de ne plus vraiment le connaître.
Et je crois que ce que j’apprends aujourd’hui, c’est qu’on peut faire le deuil d’une relation sans forcément souhaiter la retrouver.
On peut aimer profondément ce qui a existé sans vouloir revenir à ce qui existe aujourd’hui. On peut regarder son enfance avec tendresse sans en faire un contrat qui nous obligerait à rester proches toute notre vie simplement parce que nous partageons le même sang.
Parfois, il n’y a rien à réparer. Il y a simplement quelque chose à accepter.
Être de la même famille raconte d’où l’on vient. Ça ne garantit pas qu’on aimera les personnes que chacun deviendra.
Alors peut-être qu’on peut simplement regarder ce « nous » qui n’existe plus et se dire :
C’était beau quand ça existait. Ça a compté.
Ça fera toujours partie de mon histoire.
Mais ça n’a pas besoin d’exister encore pour avoir été vrai.