13/07/2022
Tout un programme....
Notre obsession de la perfection nous amène à exercer à l’égard de nous-mêmes un harcèlement moral qui tomberait sous le coup de la loi si nous l’appliquions à l’encontre d’un tiers ! Parce que nous voulons être parfaits, nous nous interdisons de reconnaître nos réussites, nous estimons que tout ce que nous faisons n’est pas assez, et nous nous dévaluons en permanence en nous comparant aux autres. J’ai obtenu une promotion ? Certes, mais mon collègue a eu une promotion bien plus élevée, il a donc été meilleur que moi. J’ai parcouru, ce matin, sept kilomètres à vélo ? Mon frère (ou mon voisin) parcourt ses douze kilomètres par jour. J’ai réussi un examen ? Je n’ai aucun mérite, ce n’était pas si difficile. Et cætera !
L’injonction du perfectionnisme commence à l’école, avec cette remarque que tous les élèves ont vue griffonnée sur leur carnet scolaire : « Peut mieux faire. » Et dans mon cas, elle l’a été plus d’une fois ! J’en éprouvais d’ailleurs une immense frustration.
Vingt-cinq ans plus t**d, je ne suis toujours pas parfait. En méditant, rien de ce que j’avais prévu ne s’est passé comme je l’avais espéré ! J’ai conservé mes défauts et mes qualités, ma sensibilité et mes fragilités. Mais mon rapport à eux a complètement changé. Mon attitude violemment agressive à l’encontre de moi-même s’est effacée. J’ai cessé de vouloir être parfait. Et pour tout dire, je m’en fous. Je ne confonds plus l’ampleur d’une aspiration avec la cruauté du perfectionnisme.
J’ai sans doute déçu un certain nombre d’aspirants à la méditation en les prévenant d’emblée que méditer ne les rendrait pas parfaits. En leur disant que méditer, c’est prendre en vrac tous les éléments qui les constituent et enterrer la hache de guerre. Méditer est un acte de bienveillance envers soi, un oui profond. C’est là un mouvement puissamment libérateur dans notre société dominée par une vision perfectionniste qui n’a absolument rien à voir avec la réalité de notre existence humaine.