17/06/2026
🦦 La loutre et le colibri 🐦
Un matin, une jeune loutre courait sur la berge lorsqu’une épine s’enfonça profondément dans sa patte.
Elle cria.
Le cerf passa sans s’arrêter, les oiseaux la regardèrent depuis les branches, et les poissons s’éloignèrent dans l’eau.
Aucun ne vint l’aider.
La loutre arracha seule l’épine et regagna sa tanière en boitant.
Les jours passèrent.
Sa blessure se referma, puis sa patte guérit.
Pourtant, chaque fois qu’elle croisait un animal, elle se souvenait de ce matin-là.
« Le cerf m’a abandonnée.
Les oiseaux se sont moqués de moi.
Les poissons n’ont pensé qu’à eux-mêmes.
Je les déteste ! »
Peu à peu, elle délaissa les jeux du courant.
Elle ne glissait plus avec les autres sur les berges boueuses, ne flottait plus sur le dos à leurs côtés et quittait les rochers dès qu’une autre loutre venait s’y réchauffer.
Quand elle apercevait le cerf, les oiseaux ou les poissons, elle changeait aussitôt de direction.
Une saison passa.
Puis une autre.
Un colibri, qui venait souvent boire près de la rivière, finit par lui demander :
— Pourquoi évites-tu tous les animaux ?
— Parce que j’ai été blessée, répondit la loutre. Et personne ne m’a aidée.
Le colibri se posa près d’elle.
— Puis-je voir ta blessure ?
La loutre tendit sa patte.
Il n’y avait plus de plaie, plus de rougeur, pas même une cicatrice.
— Où est la douleur ? demanda le colibri.
La loutre remua les doigts, appuya sur sa patte et marcha quelques pas.
— Elle n’est plus là depuis longtemps, admit-elle.
— Alors, qu’est-ce qui te fait encore souffrir ?
La loutre regarda le cerf au loin, les oiseaux dans les arbres et les poissons dans l’eau.
Elle comprit qu’elle ne portait plus l’épine dans sa chair.
Elle la portait dans l’histoire qu’elle se répétait chaque jour.
L’épine ne l’avait blessée qu’une fois.
Son blâme, lui, l’avait blessée chaque matin depuis.
La loutre plongea sa patte dans la rivière.
Le courant emporta une feuille morte.
Lorsqu’elle releva la tête, le colibri avait disparu.
Ce soir-là, pour la première fois depuis longtemps, elle se laissa porter sur le dos au milieu des autres loutres.
La rivière n’avait jamais cessé de couler.
Seule la loutre avait cessé de s’y amuser.
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Conte de ma création.