30/05/2026
Il y a quelques semaines, je partageais mon émotion à la disparition de Nathalie Baye. Aujourd'hui, c'est un contemporain de mes grands- parents qui disparaît. Un grand Sage, que je ne connaissais pas mais dont la sagesse m'apaisait.
La disparition d'Edgar Morin m'émeut profondément.
Avec lui s'éteint l'une des dernières grandes voix capable de relier les savoirs, les générations, les disciplines et les consciences: la transdisciplinarité, transcendée par son experience, son âge.
Dans une époque traversée par les crises sociales, climatiques et démocratiques, sa pensée de la complexité nous rappelait qu'aucun problème humain ne peut être compris en fragments.
Compte tenu de sa vision de l'économie sociale solidaire, comment ne pas penser aujourd'hui à notre système de santé, alors que nous célébrons les 80 ans de la Sécurité sociale ? Cette vieille dame, pilier de notre pacte républicain, semble vaciller sous le poids des tensions économiques, des inégalités croissantes et d'une perte de sens collective. Pharmacien, je mesure chaque jour ce malaise social qui traverse nos territoires, nos patients et nos professions de santé.
Au moment même où une canicule d'une intensité inédite nous rappelle l'urgence écologique, l'absence d'Edgar Morin laisse un vide immense. Sa capacité à penser ensemble le vivant, l'économie, la solidarité et la politique va nous manquer pour prendre de la hauteur face aux bouleversements que nous traversons.
Je repense également à sa proximité intellectuelle avec Pierre Rabhi et à cette idée simple mais puissante : « Que chacun fasse sa part ». Une invitation à la responsabilité individuelle au service du bien commun, loin du fatalisme et de l'impuissance.
Dans ce contexte, je vois la nomination de Philippe Besset au CESE comme un signal encourageant pour notre profession. Elle porte l'espoir que la voix des acteurs de terrain, de la santé de proximité et de l'économie sociale puisse davantage participer aux grandes réflexions collectives dont notre pays a besoin.
Notre vision transdisciplinaire de pharmacien ne peut qu'être utile au collectif.
Car le véritable risque aujourd'hui n'est pas seulement technologique. Il est civilisationnel. À l'heure où l'intelligence artificielle peut produire des réponses instantanées, nous ne devons pas renoncer à l'effort de pensée, au doute, à la nuance et à la réflexion collective que défendait Edgar Morin. Sa disparition nous oblige à nous demander quel monde nous voulons construire : un monde d'automatisation des esprits ou une société capable, de penser, de réfléchir, de renouveler son humanisme.
Son œuvre nous laisse pourtant une boussole : répondre à la crise par davantage de liens, davantage de solidarité et davantage de conscience du destin commun.
C'est aussi dans cet esprit que j'invite chacun à prendre quelques minutes pour répondre au questionnaire de l'Institut Santé qui sera publié le jeudi 4 juin. Parce qu'une réponse sociale ne naît jamais du silence, mais de l'engagement de chacun.
Ne le ratez pas!