05/05/2026
Et si imaginer un goût pouvait réellement réactiver l’odorat ?
Notre cerveau ne traite pas les sens de manière isolée. Goût, odorat, texture, température : ils convergent dans un même réseau, notamment au niveau du cortex orbitofrontal, pour créer ce que l’on appelle la perception aromatique.
Fermez les yeux. Imaginez un citron.
Très vite, quelque chose se passe : la salivation apparaît, l’acidité “monte”, la pulpe semble presque perceptible sur la langue.
Ce n’est pas une illusion au sens trivial. C’est un mécanisme neurocognitif documenté : l’imagerie mentale sensorielle active, de manière “top-down”, des zones cérébrales proches de celles mobilisées lors de la perception réelle. Autrement dit, imaginer une sensation, c’est déjà en réactiver une partie.
Cette capacité repose sur notre mémoire olfactive et gustative. Chaque odeur, chaque goût, chaque texture laisse une empreinte. Et ces empreintes peuvent être rappelées, stimulées, entraînées.
Dans les troubles de l’odorat et du goût (anosmie, hyposmie, parosmie), cette propriété devient un levier thérapeutique. En sollicitant volontairement l’imaginaire sensoriel — en “goûtant mentalement”, en évoquant une odeur, une sensation en bouche — on réengage progressivement les circuits neuronaux. C’est un travail de plasticité, de rééducation, de reconnexion.
La langue, ici, n’est pas un geste provocateur.
Elle symbolise l’origine de notre exploration sensorielle : goûter, toucher, ressentir… bien avant de nommer.
Réapprendre à sentir, c’est parfois commencer par imaginer.
Et réactiver, en profondeur, une mémoire sensorielle que le corps n’a jamais oubliée.