02/06/2026
Nouvelle lettre de Jean Pélissier, Praticien en Médecine Traditionnelle Chinoise,
« Éloge de la méditation ».
Chèr(e)s ami(e)s,
Par ces temps particulièrement agités, où les informations se succèdent à une vitesse vertigineuse, où les crises semblent se multiplier, où les certitudes d'hier vacillent et où l'avenir paraît parfois plus incertain que jamais, il devient essentiel de retrouver ce que les anciens appelaient le Centre.
Car lorsque tout s'agite à l'extérieur, le risque est grand de voir également notre monde intérieur s'agiter.
Les pensées tournent en boucle, les inquiétudes se multiplient, les émotions deviennent plus instables, et peu à peu nous pouvons avoir l'impression d'être emportés par un courant que nous ne maîtrisons plus vraiment.
La médecine traditionnelle chinoise décrit depuis des millénaires ce phénomène sous différentes formes.
Lorsque l'agitation devient excessive, lorsque le mental ne trouve plus de repos, lorsque les émotions prennent le dessus, les anciens parlaient parfois d'un risque d'« échappement du Yang », c'est-à-dire d'une énergie qui monte sans cesse vers le haut, alimentant tensions, nervosité, troubles du sommeil, agitation mentale et perte progressive de l'ancrage.
Or, dans la pensée taoïste, toute la sagesse consiste précisément à revenir au Centre.
Le Centre n'est pas un lieu géographique.
C'est un état intérieur.
C'est cet espace calme qui demeure lorsque les circonstances changent.
C'est cette partie de nous qui reste stable alors que le monde semble parfois vaciller.
Les taoïstes comparaient souvent l'être humain à une roue : la périphérie tourne sans cesse, mais le moyeu central demeure immobile.
Plus nous vivons à la périphérie, plus nous sommes ballottés par les événements.
Plus nous revenons vers le Centre, plus nous retrouvons stabilité, discernement et clarté.
Et c'est précisément ce retour vers le Centre que permet la méditation.
Non pas une méditation compliquée ou réservée à quelques initiés, mais simplement quelques instants chaque jour pour ralentir, respirer, observer les pensées sans s'y accrocher et retrouver progressivement ce silence intérieur qui nous relie à l'essentiel.
C'est dans cet esprit que je vous propose aujourd'hui un nouvel « Éloge » consacré à la méditation.
Une invitation à faire une pause, à laisser le mental se déposer et à retrouver cet axe intérieur dont nous avons tant besoin dans les périodes de turbulence.
➡️ Voir la vidéo ici :
https://www.youtube.com/watch?v=SQ0QZ9XAuto
Peut-être découvrirez vous alors que le calme que vous recherchez à l'extérieur se trouve déjà, depuis toujours, au plus profond de vous-même.
Avec toute mon amitié,
Jean Pélissier
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ÉLOGE DE LA MEDITATION
Texte écrit et lu par Jean PELISSIER
Victor Hugo écrivait : « Dire qu’un œuf a des ailes, cela semble absurde et cela est pourtant véritable. L’effort du penseur, c’est de méditer utilement. Il y a la méditation perdue qui est rêverie et la méditation féconde qui est incubation. Le vrai penseur couve. »
Cette image est magnifique. Elle nous rappelle que la méditation n’est pas une fuite vers l’illusion, ni une rêverie vaine. Elle est un temps d’incubation, comme l’oiseau qui, patiemment, réchauffe la vie encore invisible.
Méditer, c’est accomplir cet acte intérieur qui prépare l’éveil, qui féconde l’être.
Dans le tumulte du quotidien, nous sommes happés par les mille sollicitations de l’extérieur. Nos pensées se succèdent à la vitesse de l’éclair, formant un flot ininterrompu.
Méditer, c’est revenir en amont de ce flot.
C’est s’asseoir sur la berge et regarder l’eau passer.
C’est apprendre à ne pas se laisser emporter par chaque courant, chaque remous, chaque vague de l’esprit.
Les anciens taoïstes appelaient cela « revenir au centre du cercle ». Car au centre du cercle, tout est stable. Les opposés s’équilibrent, le yin et le yang se fondent dans l’unité.
Méditer, c’est retrouver cet axe intérieur, immobile, même lorsque le monde entier s’agite autour de nous.
La plupart du temps, nous pensons sans cesse. Une pensée chasse l’autre, et nous croyons que c’est cela vivre. Mais la méditation nous enseigne qu’il existe un espace silencieux entre deux pensées. Un interstice de pure présence.
Lorsque l’on apprend à écarter ces pensées, à se laisser glisser dans cette brèche, on entre dans la non pensée.
D’aucuns appellent cela l’éveil. D’autres y voient l’accès au champ quantique, cette réalité de non dualité où tout est relié, tout est Un.
Peu importe le vocabulaire. Ce silence entre deux pensées est un océan sans rivages, un espace d’infini où notre être se repose et se régénère.
Les taoïstes disent que l’homme est un souffle entre Ciel et Terre. Nous inspirons le Ciel, nous expirons vers la Terre, et inversement.
La méditation, c’est retrouver ce rythme premier, cette danse du souffle qui nous relie au grand cosmos.
La respiration devient alors un chemin.
À chaque inspiration, je me remplis de ciel, de lumière. À chaque expiration, je rends à la Terre mes lourdeurs, mes tensions, mes attachements.
Méditer, c’est redevenir ce souffle vivant qui circule, qui relie, qui guérit.
Zhuangzi, l’un des grands maîtres du taoïsme, disait : « L’homme véritable respire par les talons. »
Cette phrase étrange nous rappelle que méditer, c’est descendre profondément en soi, jusque dans les racines de l’être. Ce n’est pas seulement une technique de relaxation ou une gymnastique mentale. C’est une rencontre avec le mystère de la vie.
En méditant, nous cessons de chercher des réponses immédiates.
Nous nous asseyons simplement dans le mystère, comme on s’assied sous un arbre millénaire.
La méditation n’apporte pas toujours des solutions, mais elle change notre regard. Elle nous rend vastes, souples, ouverts. Et surtout vivants.
La méditation n’est pas une fuite hors du monde. Elle n’est pas réservée aux ermites dans leurs grottes. Elle est une école de vie pour chacun d’entre nous.
Quelques minutes chaque jour suffisent. S’asseoir, respirer, laisser passer les pensées. Et peu à peu, un espace s’ouvre.
Alors, face aux tempêtes de l’existence, nous ne sommes plus ballottés. Nous sommes enracinés. Nous sommes le rocher au milieu de la rivière. Nous devenons plus clairs, plus disponibles, plus vrais.
La méditation est la source silencieuse de l’action juste.
Ainsi, méditer c’est couver, comme disait Victor Hugo. Mais c’est aussi se taire pour entendre la voix du cœur.
C’est s’arrêter pour que la vie nous rattrape.
C’est faire un pas de côté, pour goûter à la saveur du présent.
Le monde a besoin de méditants. Non pas de rêveurs détachés, mais d’êtres reliés à l’essentiel.
La méditation est un don offert à soi-même, mais aussi au monde.
Car plus je suis en paix en moi, plus je peux rayonner la paix autour de moi. Alors, asseyons nous. Respirons.
Ne cherchons pas à atteindre quoi que ce soit. Simplement, soyons.
Et la méditation fera le reste.
Ainsi, méditer c’est se donner le temps de revenir à soi, mais c’est aussi se mettre à l’écoute de ce qui nous dépasse.
Car au-delà du silence de l’esprit, il y a une autre voix, plus profonde, plus intime : celle de l’âme.
Méditer, c’est entrouvrir la porte de ce sanctuaire intérieur, là où se dit l’essentiel.
Comme le rappelle François Cheng : « L’esprit se meut, l’âme s’émeut ; l’esprit raisonne, l’âme résonne. »
Cette résonance est l’écho du ciel en nous, la vibration secrète qui donne sens à notre vie.
La méditation devient alors une rencontre : rencontre avec nous-mêmes, avec notre âme, et avec l’infini qui nous traverse.