13/07/2026
MON ÂME - ( Le livre rouge )
Par C.-G. Jung
« Mon âme, mon âme, où es-tu ? M'entends-tu ? Je te parle, je t'appelle, es-tu là ? Je suis revenu, je suis de nouveau là. J'ai secoué la poussière de tous les pays de mes pieds, et je suis venu à toi, je suis avec toi. Après de longues années de longs voyages, je suis revenu vers toi. Veux-tu que je te raconte tout ce que j'ai vu, vécu, absorbé ? Ou bien ne veux-tu rien entendre de tout le tumulte du monde et de la vie ? Mais une chose, tu dois la savoir : une chose, je l'ai apprise, c'est qu'il faut vivre cette vie. Cette vie est le chemin, le chemin cherché depuis si longtemps vers l'incompréhensible, que nous appelons divin. Il n'y a pas d'autre chemin. Tous les autres chemins sont de fausses routes. J'ai trouvé le bon chemin, il m'a conduit à toi, à mon âme. Je reviens, purifié et transformé. Me connais-tu encore ? Combien de temps a duré notre séparation ! Tout est devenu si différent. Et comment t'ai-je trouvée ? Mon voyage fut un bien pauvre voyage ! J'ai trouvé des mots, mais pas toi. J'ai trouvé la science, mais pas toi. J'ai trouvé des idées, mais pas toi. J'ai trouvé l'esprit du temps, mais pas l'esprit des profondeurs. Je croyais que mon âme était une idée que je pouvais penser et posséder, que je pouvais manipuler et juger à ma guise.
Je ne savais pas que mon âme est un être vivant et autonome, qui exige de moi une soumission totale, que je dois servir et non pas dominer. Aujourd'hui, je sais que l'esprit des profondeurs l'emporte sur l'esprit du temps. J'ai dû reconnaître que j'étais devenu un mendiant et un fou devant toi, mon âme. J'ai dû apprendre à m'incliner devant toi. Mon âme, te revoici ! Je te salue, toi qui m'as guidé à travers la nuit, toi qui m'as redonné la vie alors que j'étais mort. Je te remercie, toi qui m'as ouvert les yeux sur les mystères de l'inconscient et de la création. Reste avec moi, ne me quitte plus. Conduis-moi sur le chemin de l'accomplissement et de la paix.»
Pourquoi ce texte est si puissant . Ce passage est l'un des plus intimes de Jung. Il y décrit le moment exact où il abandonne sa persona de grand psychiatre mondialement reconnu (l'esprit du temps, la science, les mots) pour écouter enfin sa vérité intérieure (l'esprit des profondeurs).