01/05/2026
La rencontre du fleuve et du volcan
Il était un volcan, animé depuis son enfance par le désir de réchauffer quelque chose, mais epuisé par l’activité de sa lave.
Très loin, et pourtant si proche, vivait un fleuve, animé depuis l’enfance par l’envie de refroidir quelque chose, lassé de ne pouvoir sortir de son lit.
Quelle ne fut pas leur émerveillement lorsque leur rencontre leur révéla un défi hors du commun.
Chacun avait perçu chez l’autre la promesse d’une résolution ancienne. Lassés et epuisés de n’être que ce qu’ils sont, ils se virent ranimés l’un l’autre face au projet inconscient de guerir l’autre de sa souffrante condition. Faire bouillir un fleuve jusqu’à l’assécher, et refroidir un volcan jusqu’à l’éteindre.
Le fleuve et le volcan se sont donc d’abord tous deux fascinés par leur structure étrangement commune, puisant tous deux dans les tréfonds de la terre, contenant tous deux une substance différente, antagoniste : feu et eau.
Fascinés par cette leur étrangeté respective, il ne fallut pas longtemps pour que chacun sente sa nature et son intégrité dangereusement menacées par l’autre.
Car la lave du volcan risquait d’évaporer l’eau du fleuve, autant que l’eau du fleuve risquait d’éteindre le feu du volcan.
Leur rencontre a donné lieu à tant de tsunamis et d’éruptions que mère nature, submergée d’eau et de lave, étouffant sous la vapeur mêlée de cendre, s’est réveillée d’un courroux aussi inattendu que violent.
Cette dernière, voyant que la rencontre entre ses deux enfants tournait au cataclysme, reprit ses droits en révélant que le volcan ne saurait être autre chose qu’un volcan, et le fleuve autre chose qu’un fleuve.
Leur murmurant qu’il fallait apprendre à danser, pour rechauffer le fleuve et apaiser le volcan, dans un but d’harmonie et d’union.
Séparés et renvoyés chacun de leur côté, chacun put se rassurer de ne pas avoir été ni éteint, ni évaporé.
Le volcan peut continuer à faire ce que font tous les volcans, et le fleuve peut continuer à faire ce que font tous les fleuves. Desesperés de ne savoir danser sans aneantir ou disparaître.
Stephan Schillinger