19/05/2026
J’ai été violée à 5 ans. Incestée à 6.
On croit que ces violences appartiennent au passé, mais elles ne quittent pas l’enfance. Elle grandissent avec nous, elles s’infiltrent dans le corps, dans les pensées, dans les relations. Elles volent les nuits, elles brûlent l’estime de soi. Elles apprennent à un enfant à se méfier du monde avant même d’avoir appris à y vivre.
On ne sort pas indemne de l’innommable. On développe des stratégies pour tenir, pour ne pas mourir à l’intérieur : amnésie, dissociation, déni, hypervigilance, contrôle, fuite, colère, besoin de disparaître, se couper de son corps… Et j’en passe…
Et le plus cruel c’est ça : ces comportements qui nous ont sauvés sont ensuite souvent critiqués et incompris. On nous reproche nos cicatrices et nos silences comme s’ils étaient des choix. On condamne nos réflexes de survie sans jamais regarder ce qui les a créé.
Il y a le corps qui n’oublie rien, même quand la mémoire se tait. Il y a l’estime de soi brûlée si tôt qu’on grandit, en croyant qu’on vaut moins que le silence imposé. Et certains comportements vivent encore en nous des années plus t**d. On appelle ça du caractère, des excès , de la froideur, de la distance… Mais souvent, ce sont des gestes de survie.
Il faut parfois 30 ans pour parler. 30 ans pour sortir de la sidération. 30 ans pour mettre des mots là où le corps criait déjà. Parler t**d ce n’est pas mentir, c’est survivre assez longtemps pour pouvoir enfin dire. C’est un acte de courage.
Car comprenez bien qu’il est souvent créé autour de la victime une hostilité au recueil de la parole. Sans parler des manques de moyens des travailleurs sociaux, des personnels de justice, de la police..et si peu sont formés aux ravages de tels actes. Combien disent il fallait parler! C est être ignorant sur les ravages et les systèmes de survie mis en place par le corps et le cerveau.
Aujourd’hui, je pense à , qui ose lever le voile.
Je te crois. Et je te remercie, j’honore ton courage.
Et je pense à toutes celles que j’accueille dans mon cabinet qui se reconstruisent.Je pense à tous les enfants qui vivent encore l’horreur derrière les portes fermées.
Dites vous bien que chaque jour vous croisez le regard d un enfant abusé sans le savoir…même si cet enfant cache l’horreur derrière un sourire.
À toutes les survivantes : je vous crois. Vos silences ont une histoire, vos comportements ont une raison et votre parole, même après des décennies, est une vérité que personne n’a le droit de salir.
Je dédie ces mots à la petite fille, que j’étais, à celle qui a traversé l’indicible et qui a survécu. Alors je survivrai aussi à ce post, à ce dévoilement, à ce vertige, à cette vérité, mise en lumière.
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