01/09/2026
LE COIN DE L’APOTHICAIRE : épisode 59
Promenons nous dans les bois , non pas pendant que le loup n’y est pas, mais pour espérer dénicher le Graal des champignons pour certaines populations, à la croisée des chemins de la mycologie, de l’art décoratif et du divin. Faisons donc connaissance avec le ganoderme luisant.
Également connu sous le nom de Polypore laqué, Ganoderma lucidum (du grec « ganos » signifiant éclat, luminosité) est un champignon originaire d’Asie et dont l’utilisation remonte à plus de 2000 ans. Entouré de mystères et de légendes, il est considéré comme un champignon sacré et un symbole de bon augure en Chine où on l’appelle Lingzhi (que l’on peut traduire par « champignon de l’immortalité ») et au Japon où il est nommé Reishi (littéralement « champignon des dieux »).
Son histoire sacrée ou sa sacrée histoire débute vers 220 avant J.-C. où l’empereur Qin Shi Huang, le père de la Grande Muraille de Chine, obsédé par la mort à la fin de sa vie, exigea qu’on lui procure un élixir d’immortalité. Probablement impressionnés par son étrange beauté, sa rareté et par la symbolique liée à sa capacité à résister à l’altération du temps tout en conservant sa belle apparence initiale, les médecins de l’empereur le lui offrirent ; dès lors, ce champignon fut considéré comme magique, il fut interdit de parler publiquement de ses vertus et tous ses spécimens furent réservés aux empereurs chinois qui croyaient en son pouvoir de leur donner l’éternelle jeunesse et la prospérité.
Autrefois uniquement présent dans la nature sous sa forme sauvage, sa mise en culture ne date que des années 1970 ; c’est à partir de là qu’il est devenu plus accessible, n’étant alors plus réservé à quelques rares privilégiés fortunés. Il est ainsi très prisé de la médecine sino-japonaise où il est utilisé comme antioxydant, tonifiant et immunostimulant, des recherches scientifiques continuant à être faites pour approfondir les propriétés de ce champignon en se fondant sur cette utilisation empirique.
C’est de juin à novembre que vous pourrez le rencontrer, dans les régions tempérées de l’hémisphère nord jusqu’aux côtes pacifiques d’Asie. Croissant au pied des troncs morts et des souches (les scientifiques diront qu’il est saprophyte lignicole), il affectionne les forêts humides de chênes, mais aussi de hêtres ou de bouleaux, ainsi que les arbres fruitiers comme les pruniers. Signe de sa rareté, seuls 2 ou 3 de ces 10000 arbres morts verront la croissance du Ganoderme.
Mais son côté le plus remarquable tient à son aspect unique : un pied excentré supporte un chapeau cabossé de 5 à 15 cm de diamètre, en forme de rein (réniforme) ou d’éventail (flabelliforme), dont la couleur d’abord jaunâtre ou orangé prend une spectaculaire teinte rouge sang à rouge-pourpre chez les vieux spécimens. Cette couleur est de plus rehaussée d’une finition vernissée, luisante, rappelant le bois laqué. Une fois séché, il devient très coriace et est pratiquement inaltérable.
Alors bien sûr si vous le trouvez, vous ne ferez pas une omelette avec mais vous aurez presque une petite œuvre d’art entre vos mains.
Le mois prochain, l’histoire d’une catastrophe qui a fait grand bruit...
Curiositophil