30/06/2026
La santĂ© mentale des jeunes est aujourdâhui au cĆur du dĂ©bat public. AnxiĂ©tĂ©, dĂ©pression, troubles alimentaires, isolement, perte de repĂšres, Ă©co-anxiĂ©tĂ©, pression scolaire, incertitude professionnelle, rĂ©seaux sociaux omniprĂ©sentsâŠ
Mais comprenons-nous réellement ce qui se joue ?
Dans ce webinaire, jâai eu le plaisir de recevoir le professeur Cyril Tarquinio, professeur de psychologie, psychologue clinicien, psychothĂ©rapeute, spĂ©cialiste du psychotraumatisme et de la psychologie de la santĂ©, Ă lâoccasion de la parution de son livre GĂ©nĂ©ration Ă vif.
Son propos est à la fois clair, exigeant et profondément nécessaire : il ne suffit pas de dire que les jeunes vont mal. Il faut comprendre dans quel monde ils grandissent.
Lâun des points les plus forts de cet Ă©change est la critique des rĂ©ponses trop simplistes. Bien sĂ»r, la psychothĂ©rapie peut ĂȘtre utile, parfois indispensable. Mais elle ne peut pas devenir lâunique rĂ©ponse Ă une souffrance qui sâinscrit aussi dans des dĂ©terminants sociaux, environnementaux, familiaux, numĂ©riques, Ă©conomiques et existentiels.
Autrement dit, la santĂ© mentale des jeunes ne peut pas ĂȘtre pensĂ©e uniquement comme une affaire individuelle.
Cyril Tarquinio nous invite Ă dĂ©passer lâidĂ©e selon laquelle les jeunes seraient simplement « plus fragiles » quâavant. Ils Ă©voluent dans un monde plus instable, plus rapide, plus incertain, oĂč les repĂšres se transforment sans cesse. LâaccĂ©lĂ©ration technologique, lâintelligence artificielle, la prĂ©carisation du rapport au travail, les inquiĂ©tudes Ă©cologiques, la pression de performance et la comparaison permanente sur les rĂ©seaux sociaux contribuent Ă crĂ©er un environnement psychiquement coĂ»teux.
Un passage particuliĂšrement marquant concerne les rĂ©seaux sociaux. Lâadolescence, qui devrait ĂȘtre un temps dâessais, dâerreurs, de tĂątonnements et de construction progressive de soi, devient trop souvent une scĂšne permanente dâexposition, de comparaison et de validation. Le jeune ne se compare plus seulement Ă ses pairs rĂ©els, mais Ă des images filtrĂ©es, optimisĂ©es, scĂ©narisĂ©es. Cette mise en scĂšne continue peut fragiliser profondĂ©ment lâestime de soi et la construction identitaire.
Nous avons Ă©galement abordĂ© la question de lâadaptation. Notre sociĂ©tĂ© valorise beaucoup la rĂ©silience et la capacitĂ© Ă sâadapter. Mais comme le rappelle Cyril Tarquinio, sâadapter en permanence a un coĂ»t. Cela peut devenir une forme dâĂ©puisement. Et surtout, cela ne doit pas nous empĂȘcher dâinterroger les environnements qui obligent les jeunes Ă se transformer sans cesse pour survivre psychiquement.
Ce webinaire ouvre aussi des pistes concrĂštes : mieux former les adultes Ă repĂ©rer les signes de souffrance, dĂ©velopper les premiers secours en santĂ© mentale, rĂ©introduire du lien social, crĂ©er des espaces sans pression numĂ©rique, repenser la place de lâĂ©cole, soutenir les parents, accompagner plus longtemps les jeunes adultes, et surtout restaurer des espaces oĂč il soit possible de douter, de ralentir, de parler et dâĂȘtre entendu.
Le message central est essentiel : la souffrance des jeunes nâest pas une faiblesse de caractĂšre. Elle est souvent une rĂ©ponse humaine Ă des environnements devenus Ă©prouvants.
Ăcouter les jeunes, ce nâest pas seulement les aider individuellement. Câest aussi accepter de regarder ce que leurs difficultĂ©s disent de notre sociĂ©tĂ©.
Vous pouvez retrouver lâintĂ©gralitĂ© de cet Ă©change ici :
https://youtu.be/ZegWXueg__w