01/07/2026
𝗘𝘁 𝘀𝗶 𝗹’𝗜𝗻𝗾𝘂𝗶𝘀𝗶𝘁𝗶𝗼𝗻 𝘀𝗲 𝗿𝗲𝗷𝗼𝘂𝗮𝗶𝘁 𝗲𝗻𝗰𝗼𝗿𝗲 𝗱𝗮𝗻𝘀 𝗻𝗼𝘀 𝗽𝗲𝘂𝗿𝘀 𝗲𝘁 𝗻𝗼𝘀 𝗷𝘂𝗴𝗲𝗺𝗲𝗻𝘁𝘀 ?
Il y a quelque chose qui m’interroge depuis un moment.
Je vois passer, dans mon fil d’actualité, des personnes qui ont été dans les soins, l’énergétique, les cartes, le magnétisme, les approches holistiques, les pratiques intuitives… puis qui, parfois très rapidement, rejettent tout ce monde-là avec une forme de condamnation.
Changer de chemin, je le respecte profondément.
Trouver une foi, une voie, un cadre, une pratique, une vérité intérieure qui apaise, c’est propre à chacun. Et personne n’a à rester dans un univers qui ne lui correspond plus.
Ce qui m’interroge, ce n’est pas le changement.
C’est quand le changement devient accusation.
Quand il ne suffit plus de dire :
“Moi, je ne me reconnais plus dans ces pratiques.”
Mais qu’il faut ajouter :
“Ceux qui les pratiquent sont dans l’erreur, dans le sombre, dans le danger.”
Et là, forcément, avec mon regard sur les mémoires collectives, familiales et transgénérationnelles, je ne peux pas m’empêcher de me poser une question.
Est-ce qu’une mémoire d’Inquisition se rejoue encore aujourd’hui sous une autre forme ?
Plus sous la forme du bûcher, bien sûr.
Plus forcément dans les faits historiques tels qu’on les connaît.
Mais sous la forme de la dénonciation.
Du jugement public.
De la peur de l’autre.
Du besoin de sauver.
Du besoin de convertir.
Du besoin de montrer du doigt celui ou celle qui ne suit pas la même voie.
Parce que dans l’histoire, il y a eu des femmes, des hommes, des guérisseuses, des personnes du vivant, des personnes qui connaissaient les plantes, les soins, le corps, les cycles, les signes, l’invisible… qui ont été désignés comme dangereux.
On a eu peur d’eux.
On les a accusés.
On les a dénoncés.
On les a sortis du groupe.
On a projeté sur eux le mal, le sombre, la menace.
Et ce qui me frappe aujourd’hui, c’est que certains mécanismes reviennent avec d’autres mots, d’autres cadres, d’autres justifications.
Bien sûr, ce n’est pas la même époque.
Bien sûr, ce n’est pas le même contexte.
Mais l’inconscient collectif, lui, ne fonctionne pas toujours avec les dates.
Il fonctionne avec les empreintes.
Les peurs.
Les scènes non résolues.
Les charges émotionnelles.
Les mémoires qui n’ont pas trouvé de paix.
Dans la lecture transgénérationnelle, on observe qu’un drame vécu dans une génération peut laisser des traces dans les générations suivantes. La première génération vit le choc. La suivante en porte parfois des symptômes plus discrets. Puis la charge peut s’amplifier, se déplacer, se transformer, jusqu’à ce qu’une génération tente inconsciemment d’éviter que le drame ne se rejoue.
Et si ce qui n’est pas reconnu continue malgré tout à circuler, le drame peut revenir plus t**d, parfois de manière réelle, parfois symbolique, parfois psychique, parfois sociale.
C’est cette grille de lecture qui m’a permis de regarder autrement ce que je ressentais.
Parce que je ne parle pas ici d’un concept abstrait posé sur l’histoire.
Je parle d’une dynamique enseignée, observée, documentée dans le travail transgénérationnel : ce qui n’a pas été nommé continue à chercher une résolution. Ce qui a été tu revient sous une autre forme. Ce qui a été vécu dans la peur peut se réactiver dans des situations qui ressemblent, même symboliquement, à la scène d’origine.
Et en me plaçant dans cette lecture, je me suis posé une autre question.
Si je ressens cela aussi fortement, qu’est-ce que ça vient réveiller chez moi ?
Parce que je ne peux pas regarder cette mémoire uniquement de l’extérieur.
Quand j’ai vu certains discours, j’ai senti une peur monter.
Pas juste une contrariété.
Pas juste un désaccord.
Une vraie peur.
Comme si une part de moi se sentait à nouveau désignée.
À nouveau jugée.
À nouveau en danger parce qu’elle travaille avec l’invisible, les ressentis, les mémoires, les symboles, les soins, les messages, ce qui ne se voit pas toujours mais qui se ressent profondément.
Et là, j’ai compris que je n’étais pas seulement en train d’observer une mémoire collective.
J’étais aussi touchée par elle.
C’est là que mon propre travail d’analyse a commencé.
Parce que ce travail, ce n’est pas une curiosité de surface pour moi.
C’est mon métier, mais avant d’être mon métier, c’est une passion, une recherche de fond, un chemin que j’explore depuis des années.
À force d’observer, de relier, de décoder, j’ai vu ce que cette situation réveillait dans mon propre système.
Une mémoire de femme persécutée.
Une mémoire de femme jugée.
Une mémoire de femme accusée, montrée du doigt pour ce qu’elle percevait, savait, ressentait ou pratiquait.
Et dans ma propre lignée, cette lecture a pris sens.
Des femmes qui ont dû se taire.
Des femmes qui ont dû cacher.
Des femmes qui ont eu peur d’être vues.
Des femmes qui ont appris que se montrer pouvait être dangereux.
Des femmes jugées par la religion, par la morale, par le village, par la famille, par le regard des autres.
En me plaçant dans cette lecture des générations, j’ai pu faire un lien temporel.
Si je suis la quatrième génération, celle qui cherche inconsciemment à éviter que le drame se reproduise, alors le choc initial se situe du côté de mon arrière-grand-mère.
Une femme née autour de la fin des années 1800 ou du début des années 1900.
Et son drame, lui, se serait joué dans sa vie de jeune femme ou de femme adulte, quelque part entre 1910 et 1945 environ.
Une période où le poids religieux, la morale sociale, le contrôle du corps des femmes, la peur de la honte, les secrets de famille, les grossesses cachées, les dénonciations, les enfermements, les jugements publics et les condamnations morales pouvaient marquer une vie entière.
Donc non, pour moi ce n’est pas juste “l’Inquisition” comme événement historique lointain.
C’est la structure symbolique de l’Inquisition.
La peur de celle qui sait.
La peur de celle qui soigne.
La peur de celle qui ressent.
La peur de celle qui ne rentre pas dans le cadre.
La peur de celle qu’on ne comprend pas.
La peur de celle qu’on accuse parce qu’elle dérange.
Et aujourd’hui, cette mémoire peut se rejouer des deux côtés.
Du côté de celui ou celle qui dénonce, qui croit protéger, qui croit sauver, qui croit avoir trouvé la seule vérité et qui désigne les autres comme dangereux.
Et du côté de celui ou celle qui se sent soudainement visée, menacée, jugée, comme si quelque chose de très ancien se réveillait dans son corps.
C’est là que ça devient intéressant.
Parce qu’une mémoire ne se rejoue pas toujours dans les faits.
Parfois, elle se rejoue dans les réactions.
Dans les peurs.
Dans les mots employés.
Dans les accusations.
Dans les postures.
Dans ce que le corps ressent avant même que la tête comprenne.
Moi, au départ, ça m’a fait peur.
Et c’est justement cette peur qui m’a montré qu’il y avait une mémoire à l’œuvre.
J’ai donc travaillé cette mémoire.
Je l’ai regardée.
Je l’ai reliée.
Je l’ai libérée.
Et aujourd’hui, je peux regarder cette situation avec beaucoup plus de recul, plus de paix, plus de discernement.
Je ne suis plus obligée de me défendre comme si j’étais en danger réel.
Je peux observer.
Je peux me demander :
qu’est-ce qui se rejoue là ?
Qu’est-ce que ça vient toucher ?
À qui appartient cette peur ?
Est-ce mon présent, ou est-ce une mémoire qui s’active ?
Et c’est pour ça que je trouve cette réflexion importante.
Parce que nous sommes une génération qui voit remonter certaines mémoires collectives non résolues.
Pas pour recommencer le drame.
Mais pour le reconnaître autrement.
Pas pour entrer à nouveau dans le combat.
Mais pour comprendre ce qui cherche encore une issue.
On peut changer de voie sans condamner celle des autres.
On peut témoigner de sa foi, de son chemin, de sa vérité, sans désigner quelqu’un comme dangereux.
On peut dire :
“Ce n’est plus juste pour moi.”
Sans dire :
“Donc ce que tu fais est mauvais.”
Et de l’autre côté, on peut aussi reconnaître ce que cela réveille en nous, sans se laisser avaler par la mémoire de persécution.
Parce que si chacun reste coincé dans son rôle ancien, celui qui accuse d’un côté, celle qui se sent persécutée de l’autre, alors la mémoire continue de tourner.
Elle change de décor.
Elle change de langage.
Mais elle reste active.
Pour moi, le vrai discernement commence là.
Quand ma vérité n’a pas besoin d’écraser celle de l’autre pour exister.
Et quand ma peur peut devenir une porte de compréhension, plutôt qu’une nouvelle guerre.
Ce n’est pas toi le problème.
C’est ce que tu portes.
Et parfois, ce que nous portons dépasse largement notre histoire personnelle.
Et toi, qu’as-tu ressenti en lisant ce texte ?
Souvent, le corps parle avant la tête.
Est-ce que quelque chose s’est serré ?
Est-ce que tu t’es sentie jugée, visée, persécutée, incomprise ?
Ou au contraire, est-ce qu’une colère est montée face à ceux qui ne pensent pas, ne croient pas ou ne pratiquent pas comme toi ?
Une mémoire peut se rejouer dans les deux sens :
dans la peur d’être accusée…
ou dans le besoin d’accuser.
Si ton corps a réagi, pose-toi un instant.
Écoute ce qu’il cherche à te dire.
Ce n’est pas toi le problème. C’est ce que tu portes.
Avec Douceur,
Sandrine Marie
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