23/04/2026
Il y en a encore plusieurs chez moi parce que le respect de la vie c'est beaucoup plus important que ce que les autres pensent de toi.
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Il y a trente ans, chaque jardin rural avait un tas de bois dans un coin — pas rangé dans un abri fermé, pas empilé sur une palette surélevée, un vrai tas en vrac posé à même le sol contre un mur ou sous un arbre, avec des branches de différents diamètres qui s'entrecroisaient en laissant des dizaines de cavités, de fissures et de recoins sombres entre les bûches. Ce tas de bois était un immeuble. Le hérisson s'y installait en novembre pour cinq mois d'hibernation dans l'espace entre deux bûches au sol, enfoui sous les feuilles mortes qui s'accumulaient naturellement à la base. L'orvet fragile digérait ses limaces dans les interstices tièdes du côté sud. Le crapaud commun s'y glissait le matin après sa patrouille nocturne dans le potager. Les larves de lucane cerf-volant — le plus grand coléoptère de France, protégé — se développaient pendant trois à cinq ans dans les bûches en contact avec le sol humide, digérant le bois mort en humus. La musaraigne couronnée chassait les cloportes et les araignées entre les couches de bois.
Ce tas de bois a été rangé. Ou brûlé. Ou remplacé par une livraison de granulés en silo.
En trente ans, le tas de bois en vrac a disparu de la majorité des jardins français. Le chauffage au bois recule devant les granulés, les pompes à chaleur et le gaz. Le bois restant est stocké dans des abris fermés, surélevé sur des palettes pour éviter l'humidité et rangé en piles serrées sans le moindre interstice — exactement les conditions qui suppriment tout habitat. Le jardinier qui range son bois « proprement » dans un abri ventilé a construit un entrepôt — pas un refuge. Le jardinier qui brûle ses branches taillées dans un feu de jardin en novembre carbonise les hérissons qui s'étaient déjà installés à l'intérieur.
Le hérisson a payé le premier. Son site d'hibernation préféré est un amas de matériaux divers au sol — bois, feuilles, branchages — dans un coin abrité du vent et de la pluie. Un jardin sans tas de bois en vrac au sol dans un rayon de 100 mètres est un jardin où le hérisson ne peut pas hiverner. Il cherche un autre site, traverse une route et meurt. Les centres de soins pour la faune sauvage enregistrent chaque automne des hérissons errants qui ne trouvent plus de lieu d'hibernation dans les quartiers résidentiels trop rangés.
Le lucane cerf-volant a suivi. Ses larves ne se développent que dans le bois mort en contact avec le sol humide — pas dans le bois sec surélevé, pas dans les copeaux de BRF, pas dans le compost. Une bûche de chêne ou de hêtre de 30 cm de diamètre posée directement sur la terre offre trois à cinq ans de développement larvaire. Supprimer toutes les bûches au sol et nettoyer chaque branche morte revient à supprimer la maternité du plus grand coléoptère d'Europe — une espèce protégée par l'Annexe II de la directive Habitats.
Le geste qui répare : laisser un tas de bois en vrac d'au moins un mètre cube dans un coin du jardin — branches de différents diamètres, bûches au sol en contact avec la terre, branchages fins par-dessus, feuilles mortes poussées à la base. Ne jamais brûler ce tas sans le retourner à la fourche d'abord entre octobre et mars — un hérisson endormi est invisible et silencieux sous les bûches. Ne jamais tout ranger sur une palette — laisser au moins trois ou quatre bûches au sol en contact direct avec la terre humide pour les larves de lucane.
Le jardin qui a perdu son tas de bois a perdu son hôtel — le seul hébergement gratuit du quartier qui acceptait le hérisson, l'orvet, le crapaud, le lucane et la musaraigne sans réservation et sans conditions.