19/06/2026
Nos vies sensorielles volées par la tech:
Kyle Chayka, chroniqueur au New Yorker, y voit le signe d'un manque. Il recense un livre d'Ian Bogost, professeur à l'université et columnist à The Atlantic, intitulé The Small Stuff — les petites choses. La thèse est simple : les écrans nous ont volé quelque chose que nous ne savons même plus nommer. Le bruit d'un pinceau sur un mur qu'on repeint soi-même. L'épaisseur d'un ticket de match entre les doigts. La résistance d'un levier de vitesse mécanique. Toutes ces sensations que l'automatisation, les applications, les interfaces tactiles ont effacées sans qu'on les remarque vraiment.
Ce que Bogost appelle la "dématérialisation" — cette tendance à faire glisser nos vies entières sur la surface lisse d'un rectangle de verre — n'est pas un progrès neutre. C'est une perte de texture, de friction, de présence au monde physique.
L'idée n'est pas neuve, note Chayka. En 1933, l'écrivain japonais Tanizaki écrivait déjà sa mélancolie de l'ombre et de la lumière des bougies, chassées par l'électricité venue d'Occident. Chaque époque a ses regrets sensoriels. La nôtre a TikTok pour les filmer — et un écran pour les regarder.
Kyle Chayka, "Has Tech Robbed Us of Our Sensory Lives?", The New Yorker