30/08/2026
Le corps n'oublie rien : ce que Bessel van der Kolk nous apprend sur le trauma
Nous sommes notre corps.
J'écoutais récemment un podcast de Fabrice Vidal, dans lequel il recevait Bessel van der Kolk : psychiatre néerlandais et auteur du livre culte *Le Corps n'oublie rien*, référence mondiale sur le trauma !
Ce qu'il y raconte résonne profondément avec ce que j'observe chaque jour dans mon accompagnement : le trauma ne vit pas seulement dans nos pensées, il habite notre corps.🧘♀️
Deux traumatismes, deux réalités différentes
Selon lui, il existe deux types principaux de traumatismes.
1. Le traumatisme simple (ou événement unique)
Il résulte d'un événement unique, soudain et subit, qui dépasse les capacités d'adaptation d'une personne : un accident de la route, une agression isolée, une catastrophe naturelle, un attentat. Il conduit souvent à un trouble de stress post-traumatique (TSPT) classique, où le cerveau a du mal à intégrer un événement précis et violent qui s'est produit à un moment donné.
2. Le traumatisme développemental (ou traumatisme complexe)
Il découle d'une exposition prolongée, répétée et chronique à la peur, à la terreur ou à la négligence : en particulier durant l'enfance, de la part des parents ou des figures d'attachement.
Abus physiques ou se***ls répétés, violence conjugale observée, négligence affective, ou le fait de grandir avec un parent alcoolique et imprévisible en sont des exemples.
Ce trauma perturbe profondément le développement du cerveau, la régulation des émotions et la construction de l'identité, menant souvent à des difficultés relationnelles durables à l'âge adulte.
Un trou dans le ventre, des jambes coupées :
Ce qui frappe le plus dans les mots de van der Kolk, c'est la manière dont il décrit le trauma comme une expérience corporelle avant tout. Les personnes qui l'ont vécu parlent souvent d'une perte de joie et de plaisir dans la vie et de sensations très concrètes : comme si leurs jambes avaient été coupées, ou comme s'il y avait un trou dans leur ventre.
🗣Le corps garde la trace là où les mots ne suffisent pas toujours à la dire.
Coupée de son corps, ou submergée par lui
Cette empreinte corporelle du trauma peut prendre deux formes, parfois chez la même personne à des moments différents : soit une forme d'anesthésie, une coupure du corps où l'on ne ressent plus grand-chose ; soit à l'inverse des vagues de submersion, où l'émotion déborde sans prévenir.
🧠Quand le cerveau s'organise autour du trauma
Un point particulièrement éclairant : van der Kolk explique que le cerveau des personnes traumatisées : il prend l'exemple des vétérans de guerre, s'est littéralement adapté à ce qu'elles ont vécu.
Le trauma devient un terrain neurologique familier. Résultat : quand une occasion de joie se présente, la musique, la danse.. elle peut provoquer un malaise plutôt qu'un plaisir, simplement parce que ce n'est pas l'état que le système nerveux reconnaît comme sûr.
C'est aussi ce qui explique, selon lui, pourquoi certaines personnes reviennent sans cesse au récit de ce qu'elles ont vécu : ce n'est pas un choix, c'est le chemin que leur cerveau connaît.
Il va plus loin encore : quand on a vécu dans la violence, on peut finir par s'y sentir vivante, pas parce qu'on l'aime, mais parce que le corps la reconnaît comme un état familier. Van der Kolk donne un exemple frappant :
une personne peut être avec un partenaire violent, sans aimer cette violence, puis rencontrer quelqu'un de très doux, et s'ennuyer avec lui. Non pas par manque d'amour, mais parce que son cerveau, modifié par ce qu'elle a vécu, ne reconnaît plus le calme comme un lieu sûr ou stimulant. Pour certaines personnes, c'est la seule façon de se sentir en vie.
⛓️💥Le lien avec les addictions
Van der Kolk établit aussi un lien entre trauma et addiction, dans ce sens précis : le trauma comme cause, l'addiction (notamment à l'alcool ou aux drogues) comme tentative, souvent inconsciente, d'apaiser ou d'anesthésier ce que le corps porte.
🗨Pourquoi la parole seule ne suffit pas toujours
C'est peut-être le point le plus important, et celui qui rejoint le plus profondément ma pratique : pour van der Kolk, la psychologie et la parole peuvent aider, faire du bien mais elles ne suffisent pas toujours à faire sortir un trauma logé dans le corps. Ce qui s'avère réellement efficace, ce sont de nouvelles habitudes, de nouvelles expériences, et le lien avec les autres.👥️
Autrement dit : comprendre son trauma avec la tête ne suffit pas toujours à le libérer du corps. 🩷 Il faut aussi de nouveaux mouvements, de nouvelles sensations, de nouvelles connexions vécues, pas seulement pensées. C'est par le corps qu'on peut à nouveau ressentir des choses subtiles, et c'est par lui qu'on revient pleinement à la vie.🦋
🌀Le mouvement en particulier joue un rôle essentiel dans cette reconnexion. Van der Kolk donne un exemple marquant : une jeune mère ayant vécu des traumatismes peut se retrouver désynchronisée de son enfant — son corps, occupé à gérer sa propre survie, peine à s'accorder aux signaux et aux rythmes du bébé. Retrouver le mouvement, la présence corporelle, c'est aussi retrouver la capacité à se synchroniser avec les autres.
⛓️💥Les techniques pour se libérer des traumas
Parmi les approches qui permettent réellement au corps de se libérer, on retrouve notamment l'EMDR, l'hypnose, les massages, et plus largement toute thérapie psycho-corporelle, c'est-à-dire toute approche qui passe par le corps autant que par la parole.🥰
Ce que ça vient confirmer, pour moi🙏
Je ne suis pas surprise que ces mots résonnent autant avec ce que je vis dans mon accompagnement. C'est exactement ce qui m'a menée vers l'embodiment, vers le travail par le souffle, le mouvement, le toucher : le corps sait des choses que la tête seule ne peut pas atteindre. Et c'est souvent en lui redonnant de nouvelles expériences — sécurisantes, incarnées, vécues en présence d'un autre qu'un vrai chemin de libération commence.🌅
Avec douceur
Emmanuelle 🪽