12/06/2024
Une Fable satirique et humoristique qui vous déridera :
De la royale plume dans le gueux postérieur
Fable de Marie Thérèse Mathieu
En des temps reculés, - ô lecteur, sois tranquille,
L’histoire ici contée est loin de notre ville,
Et toute ressemblance est imagination ! -
Le sire Roitelet promulgua une loi
Obligeant ses sujets à prêter leurs croupions
Au port de belle plume, avec ostentation.
« Dès ce jour, il convient, ô gens de ma nation,
D’installer une plume dans votre postérieur,
Que vous devrez porter céans, et tous en chœur,
Pour circuler en ville et vaquer aux labeurs.
Pour les petites gens, la plume d’un moineau,
D’une bergeronnette, ou pinson, étourneau,
Et pour la bourgeoisie la plume d’un… pigeon.
Pour les gens de l’église, la plume d’un faucon
Les ministres et baillis plume d’ autruche auront,
Et à la cour enfin, les nobles postérieurs
Arboreront du paon panache de couleurs.
La plume vous défend des maux les plus terribles
Plume sera boussole, deviendra votre bible.
Aux premiers jours d’automne, indiquera le vent,
Servira de girouette, et prévoira le temps !
Elle possède vertu contre le mauvais sort,
Prévient les maladies, protège votre corps.
Plus grande elle sera, plus vous aurez hommages,
Et de votre statut, sera votre apanage !
On vit dès le jour même tous sujets se jeter
Sur les pauvres oiseaux afin de les plumer !
Les gueux n’étaient pas gens à s’en laisser conter,
Et pour les grands plumages, ils avaient tous opté.
Le noble et le manant paradaient du croupion
Et portaient fièrement plumes avec dévotion !
Plus la plume était grande et balançait au vent,
Plus on était ravi, plus on était content.
Les tailleurs durent vite réviser leurs leçons
Revisiter les chausses, et trouer caleçons,
Afin de rendre aisée la sainte introduction
Du panache emplumé, signe de soumission
A si vénéré prince conduisant leur nation.
Le commerce de plumes alla en grandissant,
L’élevage des paons devint si florissant,
- Car leur cote suivait l’orgueil assourdissant, -
Que chacun de plumage fit grande collection.
La surenchère advint, si bien qu’en peu de temps,
On vit bouquet de plumes orner les fondements !
En effet tout quidam, ravi, au fil des jours,
Se fit toute une gloire d’arborer ces atours,
Et tous étaient si fiers de leur altier croupion
Qui prenait désormais toute leur attention,
Que le Roi et ses gens purent tranquillement
Détourner du pays les trésors et l’argent.
Ils vidèrent les coffres et s’enfuirent au loin,
Laissant gueux occupés à leurs postérieurs soins.
La mode enfin passa, plume au derrière cessa…
Mais le peuple, abruti par tant de caquetages,
Mit longtemps à saisir l’étendue des dégâts…
Ruiné et fort contrit… il ne s’en vanta pas,
Evita le sujet, comme s’il fût mirage…
Les royaumes voisins en firent leurs choux gras
Et de ce peuple idiot longtemps on se gaussa !
Rien n’indique, ô lecteur, que la chose contée
Ressemble aucunement aux temps que vous vivez !
Restez calme et serein, là où vous habitez
N’existe rien de tel ! Toutefois………….vérifiez…
Avant de vous asseoir,
En consultant miroir,
Que de votre séant rien n’altère la gloire !