05/09/2026
UNE JOURNĂE POUR SE RAPPELER QUE LâON NE MAĂTRISE PAS LE CHEMIN
Hier, jâavais des rendez-vous.
Une journĂ©e de travail prĂ©vue, comme beaucoup dâautres. Et pourtant, depuis quelque temps, je sentais que quelque chose tirait un peu trop sur la corde. Des rendez-vous plus complexes, des accompagnements qui demandent beaucoup de prĂ©sence, dâĂ©coute, dâĂ©nergie. Rien dâinsurmontable. Simplement cette sensation intĂ©rieure que, cette fois, jâavais peut-ĂȘtre besoin de mâĂ©couter moi aussi.
Et puis une surprise est arrivée : une proposition de randonnée, une journée dehors, dans les Pyrénées, avec une amie qui compte énormément pour moi.
Jâai dĂ©cidĂ© de reporter mes rendez-vous.
Dit comme cela, cela paraĂźt anodin.
Pourtant, pour beaucoup dâentre nous, ça ne lâest pas du tout.
SâAUTORISER Ă RĂPONDRE Ă SON PROPRE BESOIN
Nous savons souvent trĂšs bien identifier les besoins des autres.
Nous savons ĂȘtre prĂ©sents, disponibles, responsables. Nous savons honorer nos engagements, tenir nos journĂ©es, nous adapter lorsque quelquâun a besoin de nous.
Mais savons-nous reconnaĂźtre avec autant de sĂ©rieux le moment oĂč câest nous qui avons besoin de quelque chose ?
Il mâaurait Ă©tĂ© trĂšs facile de me dire : « Tu travailleras, la randonnĂ©e sera pour une autre fois. »
AprĂšs tout, rien ne mâempĂȘchait physiquement de travailler.
Mais prendre soin de soi ne commence pas forcĂ©ment lorsque lâon nâen peut plus.
Câest peut-ĂȘtre mĂȘme tout lâinverse.
Câest apprendre Ă entendre les petits signaux avant quâils aient besoin de devenir de grands signaux.
Ce jour-lĂ , mon besoin Ă©tait simple : sortir de mon quotidien. Respirer. Marcher. Ătre dehors. Partager du temps avec quelquâun que jâaime profondĂ©ment. Ne pas ĂȘtre celle qui Ă©coute, analyse, accompagne ou cherche des solutions.
Juste ĂȘtre lĂ .
Et jâai choisi de considĂ©rer ce besoin comme suffisamment important.
Pas plus important que tout le reste.
Mais pas moins important non plus.
TROUVER SON RYTHME PLUTĂT QUE SUIVRE CELUI DES AUTRES
La randonnée était magnifique.
Mais il faisait chaud. Et je dois bien reconnaĂźtre que ma condition physique nâĂ©tait pas tout Ă fait Ă la hauteur de mon enthousiasme !
Mentalement, aucun problĂšme. Jâavais envie dâavancer.
Physiquement, mon corps, lui, avait quelques remarques Ă faire sur le sujetđ€Ł.
Il a donc fallu trouver mon rythme.
Et cette petite expĂ©rience mâa fait sourire parce quâelle ressemblait finalement beaucoup Ă ce que nous faisons dans la vie.
Nous avons parfois une idée trÚs précise de la vitesse à laquelle nous devrions avancer.
Nous regardons ceux qui marchent devant nous. Nous voudrions avoir leur souffle, leur aisance, leur rythme. Alors nous accélérons pour suivre.
Et parfois nous nous Ă©puisons simplement parce que nous essayons de marcher au rythme de quelquâun dâautre.
Sâadapter, ce nâest pas renoncer Ă lâobjectif.
Câest parfois ralentir pour pouvoir continuer.
Faire une pause.
Boire.
Reprendre son souffle.
Accepter momentanĂ©ment dâĂȘtre celle qui traĂźne un peu derriĂšre sans transformer cela en jugement sur soi.
Mon corps avait ses limites ce jour-lĂ . Mais autour de lui, il y avait autre chose : la beautĂ© du paysage, la nature, la joie dâĂȘtre lĂ , les conversations, les rires, lâenvie dâarriver jusquâau bout.
Et peu Ă peu, jâai trouvĂ© des ressources.
Pas parce que mes limites avaient miraculeusement disparu.
Parce que quelque chose me portait suffisamment pour avancer avec elles.
CES RESSOURCES QUE NOUS NE TROUVONS PAS TOUJOURS SEULS
Nous parlons beaucoup de force mentale, de volonté, de capacité à dépasser les difficultés.
Mais nos ressources ne viennent pas uniquement de nous.
Parfois, câest un paysage.
Parfois, câest un projet.
Une personne.
Une conversation.
Un éclat de rire.
Une raison suffisamment forte pour faire encore quelques pas.
Nous avons tendance Ă imaginer la rĂ©silience comme une force exclusivement intĂ©rieure : « Je dois ĂȘtre capable, je dois tenir, je dois trouver en moi. »
Mais nous sommes aussi des ĂȘtres de lien.
Et certaines journĂ©es nous rappellent que lâenvironnement dans lequel nous Ă©voluons peut littĂ©ralement modifier notre perception de lâeffort.
Je crois que si jâavais marchĂ© seule sous cette chaleur, mon expĂ©rience aurait Ă©tĂ© trĂšs diffĂ©rente.
Ce jour-lĂ , jâĂ©tais fatiguĂ©e, mais jâĂ©tais heureuse.
Et le bonheur aussi donne de lâĂ©nergie.
LE CHEMIN NâEST JAMAIS PARFAITEMENT LISSE
Plus nous avancions, plus les métaphores venaient naturellement.
Un chemin escarpé.
Une montĂ©e que lâon regarde parfois en se demandant pourquoi on a eu cette merveilleuse idĂ©e.
Des passages faciles, dâautres qui demandent davantage dâattention.
Des moments oĂč lâon parle Ă©normĂ©ment et dâautres oĂč lâon marche simplement.
Et puis cette drĂŽle de chose : lorsque lâon regarde uniquement ses pieds et la difficultĂ© immĂ©diate, on oublie parfois complĂštement le paysage dans lequel on se trouve.
Dans la vie aussi, nous faisons cela.
Nous fixons tellement la pierre devant nous que nous ne voyons plus la montagne.
Nous sommes concentrĂ©s sur ce quâil reste Ă accomplir, sur ce qui nous coĂ»te, sur ce qui ne va pas assez vite, et nous oublions parfois de regarder tout ce qui existe dĂ©jĂ autour.
Ce chemin a aussi Ă©tĂ© lâoccasion de conversations profondes avec AngĂ©lique.
Ces conversations que la marche permet parfois mieux quâune table ou quâun canapĂ©.
Parce que lâon avance cĂŽte Ă cĂŽte.
Parce que les silences ne sont pas gĂȘnants.
Parce que le corps est occupé pendant que la parole se libÚre.
Nous avons parlĂ© de la vie, des chemins que lâon choisit, de ceux que lâon subit, de nos fonctionnements, de nos peurs, de ce qui nous construit.
Et pendant que nous parlions du chemin de nos vies, nous Ă©tions littĂ©ralement en train dâen parcourir un.
ET PUIS, LE LAC
Nous sommes arrivées.
Ce moment oĂč lâeffort change soudainement de signification parce que lâobjectif est devant soi.
Le lac.
Le paysage.
Et cette satisfaction toute simple : « Jây suis arrivĂ©e. »
Jâai mis les pieds dans lâeau.
Un geste presque insignifiant et pourtant délicieux aprÚs la chaleur et la marche.
Il y a des objectifs dans la vie qui ressemblent Ă cela.
On imagine que leur valeur réside dans le fait de les atteindre.
Mais lorsque lâon arrive enfin, on comprend parfois que ce qui nous a transformĂ©s sâest passĂ© avant.
Dans la montée.
Dans les hésitations.
Dans les pauses.
Dans les moments oĂč lâon aurait pu renoncer.
LâarrivĂ©e est belle.
Mais câest le chemin qui nous a demandĂ© de devenir capable dây arriver.
REDESCENDRE : UNE AUTRE FORME DE COURAGE
Pour la descente, nous avons choisi le télésiÚge.
Je nâĂ©tais pas spĂ©cialement Ă©quipĂ©e pour redescendre confortablement Ă pied et, aprĂšs la randonnĂ©e et la chaleur, lâoption semblait plutĂŽt sĂ©duisante.
Sur le papier.
Parce quâune fois installĂ©es lĂ -haut, la notion de « sĂ©curitĂ© » nous a paru soudainement assez⊠minimaliste.
Et lorsquâon a le vertige, le paysage prend une toute autre dimension.
Angélique avait peur.
Et pourtant, je lâai regardĂ©e rĂ©guler cette peur de façon remarquable.
La peur nâavait pas disparu.
Câest important.
Faire preuve de courage ne signifie pas forcément ne plus avoir peur.
Câest rĂ©ussir Ă rester lĂ malgrĂ© elle.
Respirer.
Ramener son attention.
Ăviter de nourrir mentalement le scĂ©nario catastrophe.
Accepter dâĂȘtre accompagnĂ©e.
Je lâai accompagnĂ©e comme jâai pu. Et nous sommes descendues ensemble.
LĂ encore, cette image mâest restĂ©e.
Il y a des moments oĂč nous pouvons marcher seuls.
Et dâautres oĂč nous avons simplement besoin que quelquâun reste assis Ă cĂŽtĂ© de nous pendant que nous traversons ce qui nous fait peur.
Il ne fera pas disparaĂźtre le vide.
Mais sa présence peut nous aider à ne pas regarder uniquement le vide.
ET LORSQUE NOUS PENSIONS QUE LA JOURNĂE ĂTAIT TERMINĂEâŠ
Nous avons repris la route.
Fatiguées, heureuses, remplies de cette journée.
Et arrivées à Cauterets : embouteillage.
Un vrai.
La route Ă©tait bloquĂ©e plusieurs kilomĂštres plus bas. Accident, un camion en feu. Un incendie sâĂ©tait dĂ©clarĂ© et la vĂ©gĂ©tation avait Ă©galement pris feu.
Rapidement, lâinformation a circulĂ© : il fallait compter au minimum trois heures avant de pouvoir passer.
Il était environ 17 heures. Il faisait chaud. Nous étions tous coincés sur cette route avec nos fatigues, nos impératifs, nos inquiétudes et nos envies de rentrer.
Et câest probablement lĂ que cette journĂ©e mâa offert sa derniĂšre rĂ©flexion.
Parce que nous Ă©tions nombreux Ă vivre exactement le mĂȘme Ă©vĂ©nement.
Mais nous ne vivions pas tous la mĂȘme expĂ©rience.
NOUS NE CHOISISSONS PAS TOUJOURS CE QUI ARRIVE. MAIS IL NOUS RESTE PARFOIS UNE MARGE DE MANĆUVRE.
Personne nâavait choisi cet accident.
Personne nâavait choisi dâĂȘtre bloquĂ©.
Et il ne sâagit surtout pas de prĂ©tendre que lâon pourrait tout transformer en quelque chose de positif par la seule force de la pensĂ©e.
Certaines situations sont graves. Certaines personnes Ă©taient inquiĂštes, notamment parce que la vision dâun incendie rĂ©veillait des souvenirs et des peurs bien rĂ©elles.
Et derriĂšre cet embouteillage se trouvait avant tout un accident.
Mais une fois la situation lĂ , une question subsistait :
« Quâallions-nous faire de ces trois heures que nous ne pouvions plus contrĂŽler ? »
Nous aurions pu rester dans la voiture.
Avoir chaud.
Regarder lâheure toutes les cinq minutes.
Nous agacer.
RĂ©pĂ©ter que ce nâĂ©tait vraiment pas de chance.
Et nous aurions eu parfaitement le droit de le faire.
Mais cela nâaurait pas rouvert la route une minute plus tĂŽt.
Alors nous avons fait demi-tour.
Nous sommes remontées vers Cauterets.
Et sur notre chemin, nous avons prĂ©venu les personnes qui attendaient dans leurs voitures que la route risquait dâĂȘtre bloquĂ©e pendant plusieurs heures.
Et quelque chose dâassez Ă©tonnant sâest produit.
LâIMPRĂVU A CRĂĂ DU LIEN
Nous avons commencé à parler.
Avec des inconnus.
Une plaisanterie par-ci, une information par-lĂ .
Certains Ă©taient inquiets. Dâautres fatalistes. Certains cherchaient une solution. Dâautres avaient simplement envie de discuter.
Nous sommes retournées dans le village.
Nous avons trouvĂ© un endroit oĂč nous poser.
Nous avons mangé.
Nous avons rencontrĂ© des gens que nous nâaurions probablement jamais croisĂ©s autrement.
Et pendant quelques heures, des inconnus se sont retrouvĂ©s reliĂ©s par une situation quâaucun dâentre eux nâavait choisie.
Il sâest créé une sorte de petite communautĂ© Ă©phĂ©mĂšre.
Nous étions « ceux qui étaient bloqués ».
Et lĂ oĂč il aurait pu nây avoir quâagacement et frustration, il y a aussi eu de lâhumour, des Ă©changes, de lâentraide, des conversations et des rencontres.
Lâobstacle nâavait pas disparu.
Mais notre maniĂšre de lâhabiter avait changĂ©.
Et cela change énormément de choses.
ET PARFOIS, IL FAUT ENCORE SâADAPTERâŠ
Lorsque la route a enfin été rouverte, nous avons repris la voiture avec cette sensation : « Cette fois, ça y est, on rentre ! »
Eh bien⊠pas tout à fait.
Quelques kilomĂštres plus loin, Ă proximitĂ© de lâaccident, la circulation Ă©tait toujours alternĂ©e. Et nous nous sommes retrouvĂ©es Ă nouveau immobilisĂ©es, pendant plus dâune demi-heure, cette fois dans les lacets de la montagne.
Je dois reconnaĂźtre que lĂ , nous avons eu un petit coup au moral.
La journĂ©e commençait Ă ĂȘtre longue. Il faisait nuit, nous ne pouvions plus sortir de la voiture, la connexion ne passait pratiquement plus et, aprĂšs avoir cru que lâobstacle Ă©tait derriĂšre nous, il fallait encore attendre.
Et câest peut-ĂȘtre aussi cela, la rĂ©alitĂ© de notre capacitĂ© dâadaptation : elle nâest pas infinie, linĂ©aire ou parfaite. Nous pouvons trĂšs bien avoir merveilleusement rebondi une premiĂšre fois⊠et trouver la contrariĂ©tĂ© suivante beaucoup plus difficile.
Heureusement, le hasard avait bien fait les choses : nous avions de la musique téléchargée sur nos téléphones.
Alors nous avons mis la musique.
Et nous avons dansé dans la voiture.
Dans le noir, coincées au milieu des lacets, avec les phares des voitures devant et derriÚre nous, nous nous sommes imaginé une sorte de drÎle de « disco » improvisée au milieu de la montagne.
La route nâavançait toujours pas plus vite.
Nous étions toujours fatiguées.
Nous avions toujours envie de rentrer.
Mais pendant quelques chansons, nous avons changĂ© lâambiance dâun moment que nous ne pouvions pas changer.
Et finalement, peut-ĂȘtre que savoir sâadapter ressemble aussi parfois Ă quelque chose dâaussi simple que cela : quand on ne peut pas changer la situation, essayer de trouver ce qui peut rendre sa traversĂ©e un peu plus douce.
LA CAPACITĂ DâADAPTATION NâEST PAS TOUT ACCEPTER
On confond parfois adaptation et résignation.
Sâadapter ne signifie pas dire que tout va bien.
Ce nâest pas nier la fatigue, la peur, lâagacement ou la difficultĂ©.
Ce nâest pas davantage devoir ĂȘtre positif en permanence.
Câest regarder la rĂ©alitĂ© telle quâelle est et se demander :
« Dans cette rĂ©alitĂ© que je ne peux pas changer tout de suite, quâest-ce qui dĂ©pend encore de moi ? »
Pendant la randonnĂ©e, je ne pouvais pas faire disparaĂźtre la chaleur ni acquĂ©rir soudainement une condition physique dâathlĂšte.
Je pouvais trouver mon rythme.
Dans le télésiÚge, Angélique ne pouvait pas supprimer le vide sous ses pieds.
Elle pouvait réguler sa peur et accepter mon soutien.
Dans lâembouteillage, nous ne pouvions pas dĂ©gager la route.
Nous pouvions choisir ce que nous allions faire de cette attente.
Câest peut-ĂȘtre cela, finalement, lâadaptation.
Ne pas gaspiller toute son Ă©nergie Ă lutter contre ce qui, Ă cet instant prĂ©cis, ne peut pas ĂȘtre changĂ©, pour la remettre dans ce sur quoi nous avons encore une possibilitĂ© dâaction.
SE CHOISIR, SâADAPTER⊠ET RESTER OUVERT Ă CE QUI ARRIVE
En repensant Ă cette journĂ©e, je me dis quâelle avait commencĂ© par une dĂ©cision toute simple : mâaccorder le droit de ne pas travailler.
Si jâavais ignorĂ© mon besoin, rien de tout cela nâaurait existĂ©.
Pas cette randonnée.
Pas ces conversations.
Pas ce lac.
Pas cette peur traversée ensemble.
Pas cet embouteillage improbable.
Pas ces rencontres.
Pas ces rires avec des inconnus.
Et certainement pas toutes les réflexions que cette journée a fait naßtre.
Cela ne signifie Ă©videmment pas quâil faut abandonner ses responsabilitĂ©s chaque fois que lâenvie dâaller marcher nous traverse.
Mais peut-ĂȘtre simplement arrĂȘter de croire que prendre soin de soi ne devient lĂ©gitime que lorsque lâon nâen peut plus.
Nous sommes nombreux Ă attendre dâĂȘtre Ă©puisĂ©s pour nous autoriser Ă nous reposer.
Ă attendre dâĂȘtre malheureux pour changer quelque chose.
Ă attendre que le corps crie pour Ă©couter ce quâil murmurait depuis longtemps.
à attendre « le bon moment » pour faire ce qui nous ferait du bien.
Hier, jâai simplement saisi une journĂ©e.
Elle a été plus fatigante, plus chaude et beaucoup plus longue que prévu.
Et pourtant, lorsque jây repense aujourdâhui, ce nâest pas la fatigue que je retiens.
Je retiens le chemin.
Le lac.
Les pieds dans lâeau.
Les conversations.
Une amie qui traverse son vertige.
Des inconnus qui se parlent.
Des rires lĂ oĂč nous aurions pu simplement rĂąler.
De la musique dans une voiture immobilisée au milieu de la montagne.
Et cette sensation trĂšs simple dâavoir Ă©tĂ© pleinement vivante pendant quelques heures.
Peut-ĂȘtre que la vie ressemble finalement beaucoup Ă une randonnĂ©e.
Nous choisissons une destination. Nous pensons savoir Ă peu prĂšs oĂč nous allons et combien de temps cela prendra.
Puis le chemin monte.
Notre corps nous oblige Ă ralentir.
Quelquâun marche Ă cĂŽtĂ© de nous.
Un paysage nous redonne de lâĂ©lan.
Une peur apparaĂźt.
Une route se ferme.
Et le programme change.
Nous pouvons alors passer notre temps à regretter que le chemin ne ressemble pas à celui que nous avions imaginé.
Ou regarder ce qui existe aussi sur ce nouveau chemin.
Parce que certains des plus beaux moments de nos vies ne sont peut-ĂȘtre pas ceux que nous avions parfaitement organisĂ©s.
Ils sont parfois cachĂ©s dans un dĂ©tour, un contretemps, une rencontre, une conversation que nous nâaurions jamais eueâŠ
Alors peut-ĂȘtre que la question nâest pas toujours :
« Pourquoi cela mâarrive-t-il ? »
Mais parfois simplement :
« Maintenant que câest lĂ , quâest-ce que je peux en faire ? »
Et vous ?
Quand la vie ne suit pas exactement le chemin que vous aviez imaginé, comment réagissez-vous ?
Savez-vous ralentir lorsque votre corps ou votre esprit vous le demande ?
Savez-vous accueillir un changement de programme sans forcément le vivre comme quelque chose qui vient gùcher ce qui était prévu ?
Et surtoutâŠ
Quand avez-vous, pour la derniĂšre fois, choisi de vous Ă©couter avant dây ĂȘtre obligĂ© ?
Peut-ĂȘtre que prendre soin de soi commence aussi lĂ .
Non pas en maĂźtrisant parfaitement le chemin.
Mais en apprenant Ă marcher avec ce quâil nous offre, ce quâil nous impose, ceux quâil met Ă nos cĂŽtĂ©sâŠ
et en nâoubliant pas, de temps en temps, de lever les yeux pour regarder le paysage.
Sandrine Gourdy