11/10/2019
Mercredi, je faisais la rencontre de Sandrine. Après avoir longuement échangé ensemble sur son histoire, elle m’a poussé et encouragé à parler de son parcours qui ressemble à celui de tant d’autres femmes.
A 35 ans, on lui diagnostique un cancer du sein après avoir senti d’elle même, une grosseur anormale lorsqu’elle se gratte une simple piqûre de moustique sur le sein droit.
« Le diagnostic m’a été annoncé comme si j’avais attrapé un simple rhume. Mes jambes se sont coupées. Comme si je prenais un train de pleine face. Plus un bruit, plus une image. Le mot « cancer » avait déjà pris tout ce que j’avais en moi à cet instant. J’étais bloquée. »
S’en suivent de longues années de traitements. Sandrine refuse la mastectomie (ablation) avant la chimiothérapie. Elle veut garder son sein. Son dossier ira jusqu’en commission tant elle n’accepte pas qu’on puisse lui retirer ce qui caractérise au mieux sa féminité.
Elle doit quand même finir par l’accepter, la mastectomie est inévitable. A une seule condition, qu’elle se réveille avec son nouveau sein. Elle ne voudra jamais se connaître sans cet atout féminin auquel elle tient tant, la perte de ses cheveux étant déjà trop douloureuse, cette accumulation n’était clairement pas supportable. On lui sectionnera le muscle du grand dorsal afin de le ramener à l’avant et de recréer une masse. En complément elle bénéficiera d’une prothèse afin d’harmoniser la forme. On lui reconstruit une aréole, mais quelques jours après l’intervention, elle est victime d’une infection puis d’une septicémie. Elle rentre de nouveau en urgence au bloc, on lui retire l’aréole.
8 ans s’écoulent. 8 ans qu’elle espère chaque matin en se regardant dans le miroir, remarquer avec de plus en plus de légèreté, ce qu’on a pu prendre d’elle. Le regard de la foule attiré par sa petite déformation thoracique lorsqu’elle ose s’assumer en chemisier.
8 ans qu’elle se reconstruit en connaissant aujourd’hui la lourdeur des traitements. Aussi la stigmatisation des amis et proches qui pensent que l’on s’habitue aux chimio, aux hôpitaux, au cancer. A ces personnes qui ne les voient que comme des cancers, d’ailleurs, comme elle le dit si bien. A ses jeunes enfants qui se sont occupés de leur maman lorsqu’elle était au lit à bout de force. Son mari dont elle est f***e d’amour, qui lui a prouvé dans ces douloureux moments qu’il était son meilleur remède.
Pour toutes ces raisons qui grouillent et vivent en elles, l’association des Volcaniques d’Auvergne se composant de 6 tatoueuses et d’une équipe médicale (chirurgien, dermatologue, radiologue...) s’est bénévolement et largement mobilisée pour aider ces femmes à clore toutes ces étapes fragilisantes. A symboliser de la manière qui leurs ressemblent, artistiquement, un réel point final à ces longs chapitres de vie.
Sandrine m’a donné son entière confiance, en me spécifiant vouloir cacher la cicatrice de son port-a-cath, son léger enfoncement thoracique et la cicatrice de l’areole. Nous avons choisi ensemble le tournesol, Symbole d’admiration et de respect, tout ce qu’on peut lui témoigner après son combat à la vie. Cette fleur toujours tournée vers le soleil représente sensiblement l’état d’esprit de Sandrine aujourd’hui.
Je suis fière et honorée de servir et côtoyer ces guides, ces grandes âmes, qui célèbrent chaque jour la vie avec bienveillance et simplicité.
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