Sexologie Magazine

Sexologie Magazine La sexualité sous tous ses aspects, une meilleure compréhension, ses troubles et leurs solutions expliqués Sexothérapeute et Hypnothérapeute: RV sur Doctolib

19/06/2026

SPERMAXXING: QUAND LES BROS CROIENT AVOIR DÉCOUVERT LA BIOLOGIE

Donc, récapitulons. De jeunes hommes, convaincus que leur masculinité se mesure en millions de spermatozoïdes par millilitre, mangent de l'ail cru au petit-déjeuner, appliquent de la glace sur les parties les plus sensibles de leur anatomie, et suivent des « courses de spermatozoïdes » en direct sur internet comme d'autres regardent le Tour de France.
C'est le spermaxxing. Et c'est réel.

L'idée de départ n'est pas idiote. Enfin, presque.
Il existe effectivement des données scientifiques montrant une baisse de la qualité spermatique ces dernières décennies. La fertilité masculine est un sujet sérieux, trop longtemps négligé. Jusque-là, on suit.
Là où ça déraille, c'est quand cette préoccupation légitime se transforme en compétition virile. Parce que derrière le spermaxxing, il y a une idéologie bien rodée : le masculinisme. Ses adeptes sont convaincus que les hommes sont les grandes victimes de la société moderne, que leur virilité est attaquée de toutes parts, et qu'il faut l'optimiser comme on optimise un moteur de voiture.
Résultat : la fertilité n'est plus une question de santé. C'est un sport de combat.

Les conseils : du scientifiquement douteux au franchement absurde
Les influenceurs du spermaxxing ont lu des études. Enfin, les titres. Parfois les résumés (c'est moins sûr).
L'ail, par exemple : oui, il a des propriétés antioxydantes potentiellement bénéfiques. Mais à haute dose, il pourrait aussi réduire la spermatogenèse. On appelle ça un détail.
La glace sur les testicules : certes, ces organes fonctionnent mieux à 2-4 degrés en dessous de la température corporelle — c'est d'ailleurs pour ça qu'ils se trouvent à l'extérieur du corps, la nature ayant pensé à tout, bien avant les influenceurs TikTok. Mais appliquer directement de la glace sur la peau n'a, selon le Dr Antoine Faix, urologue-andrologue, « aucun sens ». Traduction médicale polie : c'est inutile et potentiellement douloureux.
La viande rouge et les œufs : l'alimentation idéale pour les spermatozoïdes, selon la science, c'est le régime méditerranéen. Légumes, poissons, huile d'olive. Pas vraiment le menu d'un carnivore alpha. Dommage.

Le grand angle mort : ce qu'ils consomment vraiment
Et c'est là que l'ironie devient franchement savoureuse.
Pendant que ces messieurs optimisent scrupuleusement leur zinc et leur Q10, ils omettent curieusement d'évoquer certaines substances pourtant très présentes dans leurs milieux.
Le cannabis, d'abord. Le THC agit comme un perturbateur endocrinien à effet œstrogénique — oui, vous avez bien lu, œstrogénique. Il perturbe l'axe hormonal, fait baisser la testostérone, dégrade la mobilité des spermatozoïdes et abîme leur ADN. Chez certains consommateurs chroniques, on observe même une gynécomastie, c'est-à-dire un développement du tissu mammaire. Ce n'est pas une légende féministe : c'est de la biologie.
Les stéroïdes anabolisants, ensuite. Ces produits, très populaires dans les milieux de la musculation — les mêmes qui alimentent le spermaxxing — sont une bombe à ret**dement pour la fertilité. Le corps détecte l'afflux de testostérone artificielle et coupe tout simplement sa propre production. La spermatogenèse s'effondre. Dans les cas sévères : zéro spermatozoïde. Zéro. La récupération après arrêt peut prendre deux ans, quand elle a lieu.
L'homme aux biceps parfaits qui filme ses spermatozoïdes sous microscope prend peut-être les produits qui les détruisent. Voilà une publicité que S***m Racing ne fera probablement pas.
L'alcool, enfin, abîme le foie qui ne métabolise plus correctement les œstrogènes — lesquels s'accumulent alors dans l'organisme. Effet œstrogénique, là encore. Et le tabac détruit directement les cellules qui nourrissent les spermatozoïdes.

Le vrai conseil, il tient en trois lignes
Arrêter de fumer. Réduire l'alcool. Manger équilibré, bouger, dormir. Consulter un médecin si on a des antécédents.
Pas très glamour. Pas de microscope, pas de prize money à 100 000 dollars, pas de vidéo qui buzzera sur TikTok.
Mais contrairement à la glace sur les testicules, ça marche.

Le vrai problème du spermaxxing n'est pas qu'il s'intéresse à la fertilité masculine — c'est une cause légitime. C'est qu'il préfère la mise en scène de la virilité à la réalité de la santé. Et qu'il choisit soigneusement les dangers qu'il dénonce, en ignorant ceux qu'il s'inflige lui-même
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Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier sexologue, hypnothérapeute, Paris

L'ORGASME ULTIME OU "PETITE MORT"— QUAND LE PLAISIR EFFACE LE MOIEt que deux corps n'en font plus qu'unSexologie & neuro...
15/06/2026

L'ORGASME ULTIME OU "PETITE MORT"— QUAND LE PLAISIR EFFACE LE MOI
Et que deux corps n'en font plus qu'un

Sexologie & neurosciences : Un autre EMC.

Il existe une expérience que la langue française a eu l'audace de nommer "la petite mort". Pas la mort bien sûr — mais quelque chose qui lui ressemble de loin : une dissolution, un effacement momentané de soi, un vertige où l'on ne sait plus très bien où l'on commence et où l'autre finit. C'est ce que les sexologues appellent l'extase orgasmique — et elle n'a pas grand-chose à voir avec l'orgasme ordinaire, même intense.

L'orgasme et l'extase : deux pays différents
L'orgasme classique, nous le connaissons tous. C'est un événement physiologique reproductible, localisé, bref — une décharge neuromusculaire orchestrée par les régions les plus anciennes du cerveau. Efficace, parfois magnifique, mais en quelque sorte mécanique dans sa nature. On peut l'obtenir seul. Le corps sait très bien faire.
L'extase orgasmique est d'une autre nature. Elle ne se déclenche pas — elle advient. Et seulement dans certaines conditions très particulières que ni la volonté ni la technique ne peuvent forcer.

Néanmoins il est possible d’en favoriser la survenue.

La première différence fondamentale : elle semble exclusive à la relation sexuelle avec l'autre, avec pénétration. La ma********on, même prolongée, même intense, n'y conduit pas. Pourquoi ? Parce que la petite mort est, par essence, un phénomène à deux corps. On ne peut pas se dissoudre dans soi-même. On ne peut se perdre que dans ce qui nous dépasse.

Le silence du néocortex
Notre cerveau est un contrôleur permanent. Le néocortex — cette couche la plus récente, la plus humaine — observe, analyse, juge, protège. Il est le siège du moi conscient, de l'image que nous avons de nous-mêmes, de cette petite voix intérieure qui commente tout, même l'intime.
Pour que l'extase advienne, il faut que cette instance se taise. Pas qu'elle soit vaincue — mais qu'elle consente à disparaître provisoirement. C'est un abandon, non une capitulation.
Et c'est précisément là que l'histoire devient fascinante — car ce silence n'est pas également accessible à l'homme et à la femme.

Une asymétrie inscrite dans la préhistoire
Chez l'homme, pendant l'acte sexuel, le cerveau archaïque est en quelque sorte aligné avec la situation. Il est actif, orienté, tendu vers un but — dans le prolongement de son rôle évolutif. Le néocortex peut s'effacer plus naturellement parce que rien dans la situation ne signale de danger. Son extase, quand elle survient, ressemble davantage à une intensification qu'à une dissolution — une arrivée, un aboutissement. Il reste, même dans l'abandon, dans l'action, dans le corps qui agit.

Chez la femme, la situation est radicalement différente. Pendant l'acte sexuel, elle se trouve en position de vulnérabilité maximale : corps ouvert et exposé, mobilité réduite, conscience potentiellement altérée. Pendant des centaines de millénaires, dans des abris sans portes ni verrous, cette vulnérabilité était réelle et mortelle. Un prédateur, un rival, un danger pouvait surgir à tout moment.
Le cerveau archaïque féminin a donc gravé dans ses circuits une vigilance de survie permanente — active même pendant l'acte sexuel, plutôt surtout pendant l'acte sexuel. Cette mémoire évolutive n'a pas disparu. Elle veille toujours, quelque part sous le désir.
C'est pourquoi la femme a besoin de conditions de sécurité infiniment plus profondes pour que le gardien intérieur consente enfin à poser les armes. Mais quand ces conditions sont réunies — quand la confiance est absolue, quand le désir est fusionnel, quand le sentiment amoureux crée un espace véritablement protégé — le lâcher prise devient sans fond.
Plus rien ne retient. Ni rôle, ni corps localisé, ni frontière du moi. Là où l'homme vit une extase focalisée, la femme peut accéder à une dissolution complète — ce que les mystiques ont toujours appelé expérience d'union totale, et que Freud, moins poétiquement, nommait "oceanic feeling".
La difficulté même de cet abandon devient paradoxalement la condition de sa profondeur.

L'androgyne retrouvé
Pour atteindre ce niveau, une autre condition s'impose — et elle n'est ni technique ni anatomique. Elle est de l'ordre du désir fusionnel : cette nostalgie profonde, décrite par Platon dans Le Banquet, de l'androgyne originel — l'être primordial coupé en deux, condamné à chercher sa moitié perdue.
Ce n'est pas qu'une belle métaphore. C'est une réalité neurobiologique. Pour que deux corps entrent en résonance suffisamment profonde, il faut qu'ils cherchent réellement à ne plus faire qu'un — respiration accordée, mouvement ressenti ensemble, regard qui ne fuit pas, peaux qui écoutent.
Ce ne sont pas des détails romantiques. Ce sont les conditions de la synchronisation — ce moment où deux systèmes nerveux cessent de fonctionner en parallèle et commencent à vibrer ensemble, créant entre eux un espace qui n'appartient ni à l'un ni à l'autre.
Quand cette résonance atteint son point d'intensité maximale, quelque chose cède — non pas se brise, mais s'ouvre. Et la petite mort peut enfin advenir.

Pourquoi si rare ?
Parce qu'elle exige simultanément :
• Un abandon psychique que notre époque de performance et de contrôle rend difficile
• Une sécurité affective suffisamment profonde pour oser ne plus exister quelques instants
• Une érotisation patiente du corps, construite dans la durée et la confiance
• Un désir fusionnel — pas seulement l'envie de l'autre, mais la nostalgie de l'androgyne
• Et pour la femme, le dépassement d'une vigilance millénaire inscrite au plus profond du système nerveux.

C'est beaucoup demander. Et pourtant, ceux et celles qui l'ont vécu, ne serait-ce qu'une fois comprennent pourquoi les poètes, les mystiques et les amants fous ont toujours cherché des mots pour en parler — et n'en ont jamais tout à fait trouvé.

La petite mort n'est pas une métaphore. C'est peut-être l'expérience la plus profondément humaine qui soit — celle où l'on découvre, l'espace d'un instant, que le moi n'était pas une forteresse mais une frontière provisoire, un accès à autre chose…
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Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier sexologue, hypnothérapeute, Paris

L'ORGASME: UN LUXE DE LA NATURE OU SON INVENTION LA PLUS SUBTILE? On pourrait croire que la nature, cette grande pragmat...
13/06/2026

L'ORGASME: UN LUXE DE LA NATURE OU SON INVENTION LA PLUS SUBTILE?

On pourrait croire que la nature, cette grande pragmatique, ne conserve que ce qui sert. Alors l'orgasme — cette tempête de quelques secondes qui ne produit rien de tangible — que fait-il encore là ? À quoi sert ce feu d'artifice neurologique que ni la survie de l'espèce ni la simple reproduction ne semblent réclamer absolument ?
La question mérite qu'on s'y att**de. Avec sérieux. Et peut-être un sourire.

Et chez les animaux ?
Commençons par une évidence qu'on préfère souvent ignorer : l'orgasme n'est pas une invention humaine.
Chez les mâles de nombreuses espèces, le réflexe éjaculatoire s'accompagne très probablement d'une forme de plaisir intense — les comportements observés le suggèrent fortement. Mais c'est du côté des femelles que les choses deviennent fascinantes. Les bonobos, ces cousins primates que la nature semble avoir dotés d'une philosophie de vie particulièrement enviable, présentent des comportements suggérant une réponse orgasmique. Les dauphins aussi. Les macaques femelles montrent après certains accouplements des réactions qui ressemblent étrangement à ce que nous connaissons.
La nature, donc, a inventé le plaisir bien avant nous. Ce n'est pas un accident. Ce n'est pas un bonus. C'est un outil.

La grande disparition : adieu le rut, bonjour le désir permanent
Chez la quasi-totalité des mammifères, la femelle n'est sexuellement réceptive que pendant une courte fenêtre — les chaleurs, le rut — étroitement liée à l'ovulation. Pas d'ovulation, pas d'intérêt. La nature fait simple.
L'être humain a cassé ce modèle. La femme humaine a perdu l'œstrus visible — cette période de disponibilité sexuelle signalée et limitée. Elle est, en théorie, disponible en permanence. Ce qui est une révolution biologique considérable.
Mais si le signal hormonal primitif disparaît, qu'est-ce qui motive le désir ?
C'est là qu'entre en scène l'orgasme. Il devient le nouveau moteur, la nouvelle boussole. Non plus l'instinct aveugle et cyclique, mais le plaisir comme invitation permanente. L'évolution a remplacé la contrainte hormonale par la récompense neurologique. Élégant, non ?

Le cerveau archaïque et ses peurs secrètes
Voici peut-être la piste la plus vertigineuse — et la moins souvent évoquée.
Notre cerveau est un édifice ancien. Sous les couches sophistiquées du cortex qui lit, réfléchit et écrit des articles, sommeille un cerveau primitif dont la mission unique et obsessionnelle est de protéger l'individu de toute agression extérieure.
Or, l'acte sexuel — vu de ce cerveau archaïque — est une agression potentielle. La pénétration est une intrusion. Et pour l'homme, quelque chose de plus obscur encore : une vulnérabilité, une exposition, une peur ancestrale que la psychanalyse a tenté de nommer sans jamais tout à fait l'épuiser.
Comment l'espèce a-t-elle résolu ce paradoxe ? En rendant le danger délicieux.
Chez l'homme, le plaisir intense de l'orgasme court-circuite les résistances primitives. Il transforme l'exposition en recherche, la vulnérabilité en désir.
Chez la femme, c'est plus subtil encore. L'orgasme — et notamment l'orgasme clitoridien, ce plaisir qui n'exige rien, qui précède et prépare — fonctionne comme un sésame neurologique. Il apprivoise le cerveau archaïque, lui apprend que la pénétration n'est pas une menace mais une promesse. Sans ce plaisir préalable, sans cette réassurance intime, le corps résiste. Avec lui, il s'ouvre.
Le cl****is, dans cette lecture, n'est pas un organe accessoire. C'est l'organe de la confiance.

Le lac et le col — une géographie du désir
On aurait tort d'exclure l'orgasme — ou plus largement l'excitation sexuelle — du jeu reproductif trop vite.
La nature, ici, a procédé avec une élégance discrète. Lors de l'excitation féminine, l'utérus s'élève, le fond du vagin se dilate, se creuse — comme un espace qui se prépare, qui s'ouvre à la possibilité. Puis, après l'éjaculation et le retrait, quelque chose de presque poétique se produit : un lac tiède se forme dans ce creux, une petite mer intérieure et secrète. Et le col de l'utérus, doucement, vient s'y pencher — comme une source qui s'incline vers l'eau pour boire.
Ce n'est pas mécanique. Ce n'est pas brutal. C'est une invitation anatomique, silencieuse et précise, que le désir féminin rend possible. Sans excitation, sans cette transformation du corps, le lac n'existe pas, le col reste indifférent.
Le plaisir de la femme n'est donc pas un luxe reproductif — il en est, littéralement, la condition géographique.

Le grand reset
Après l'orgasme, quelque chose de remarquable se produit dans le cerveau.
Une vague d'ocytocine — l'hormone de l'attachement — déferle. La prolactine s'installe, apaisante. Le cortex préfrontal, ce censeur permanent qui surveille, anticipe et s'inquiète, décroche. L'état qui suit ressemble à une méditation profonde, à un sommeil paradoxal éveillé. Un état de conscience modifié, bref mais réel.
Une remise à zéro neurologique. Un moment où le cerveau, saturé de signaux de récompense, lâche prise sur tout le reste.
Chez l'homme, la période réfractaire qui suit — cette pause imposée — pourrait être précisément ce reset obligatoire. Chez la femme, la capacité multi-orgasmique suggère que ce reset fonctionne différemment, de façon plus continue, moins binaire.
Et dans les deux cas, l'ocytocine libérée fait son travail silencieux : elle tisse du lien. Elle soude. Elle attache l'un à l'autre, bien au-delà du désir. Ce n'est pas un hasard si cette même hormone accompagne l'allaitement maternel — la nature recycle ses meilleurs outils.

Alors, à quoi sert vraiment l'orgasme ?
À tout cela à la fois, probablement.
Il remplace le rut disparu. Il désamorce les peurs primitives que l'acte sexuel éveille dans nos cerveaux archaïques. Il rend possible, par une géographie intime et subtile, la rencontre entre la vie qui cherche et la vie qui attend. Il réinitialise le système nerveux. Il construit et renforce le lien entre deux êtres.
La nature n'a pas créé l'orgasme par générosité ou par fantaisie. Elle l'a façonné, perfectionné, maintenu parce qu'il résout des problèmes complexes avec une efficacité remarquable — en les rendant désirables.
C'est peut-être cela, la définition du génie évolutif : transformer une nécessité en plaisir.


Et si vous cherchez un régime efficace, relisez notre précédent article.
Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier sexologue, hypnothérapeute Paris

ENTRE DEUX MONDES: Qu’est-ce qui se joue lorsque la conscience s’ouvre, se dissocie, se transforme ? À la croisée des ne...
10/06/2026

ENTRE DEUX MONDES:
Qu’est-ce qui se joue lorsque la conscience s’ouvre, se dissocie, se transforme ? À la croisée des neurosciences, de la clinique et du symbolisme, ce livre explore les états modifiés de conscience : transe, hypnose, extase, subspace comme autant de passages entre le corps et le sens, entre perception et représentation.
En revisitant les frontières du soin et d’expériences subjectives, l’auteur interroge les liens entre langage, mémoire émotionnelle et transformation intérieure.

L'AMOUR , LE MEILLEUR DES RÉGIMES?Ce que votre cerveau fait à votre tour de taille quand Cupidon passe par là Vous avez ...
09/06/2026

L'AMOUR , LE MEILLEUR DES RÉGIMES?

Ce que votre cerveau fait à votre tour de taille quand Cupidon passe par là

Vous avez rencontré quelqu'un. Quelqu'un qui fait que votre cœur s'emballe, que vous dormez mal et que vous regardez votre téléphone toutes les trois minutes. Vos amis vous trouvent distrait, vaguement bizarre, et bizarrement... plus mince. Coïncidence ? Absolument pas. Votre cerveau est en train de vous faire vivre, à votre insu, la cure minceur la plus ancienne du monde.

Bienvenue dans votre cerveau amoureux
Quand l'amour s'installe — ou plutôt quand il débarque sans prévenir comme un invité encombrant — votre cerveau se transforme en véritable laboratoire chimique. Trois molécules prennent alors le pouvoir, et elles n'ont franchement aucun intérêt pour votre prochain repas.

La première, c'est la dopamine. Cette petite substance adore la nouveauté, l'excitation, la récompense. En temps normal, elle vous pousse vers le frigo, le chocolat, la deuxième part de tarte. Mais quand vous êtes amoureux(se), elle a trouvé quelque chose de bien plus intéressant que votre cuisine. Elle vous propulse vers l'autre, en boucle, sans relâche. Résultat : la nourriture devient soudainement fade, accessoire, presque ennuyeuse. Pourquoi manger une madeleine quand on peut penser à lui ou à elle ?
La deuxième, c'est la noradrénaline. Elle, c'est la molécule de l'urgence, de l'éveil, du cœur qui bat trop vite. Elle prépare votre corps à l'action — à fuir un lion ou, dans votre cas, à envoyer un message parfait à 2h du matin. Dans cet état d'alerte douce et permanente, votre hypothalamus — le chef d'orchestre de la faim — reçoit un message très clair : ce n'est pas le moment de manger, il y a des choses bien plus importantes. Les anciennes pilules coupe-faim, d'ailleurs, imitaient grossièrement ce mécanisme. La nature, elle, fait ça gratuitement et avec bien plus d'élégance.
La troisième est moins connue, mais plus redoutable encore: la PEA, ou phényléthylamine. Difficile à prononcer, mais facile à ressentir. C'est la molécule du coup de foudre, celle qui donne cette impression d'euphorie légère, de légèreté, de marcher dix centimètres au-dessus du sol. Structurellement, elle ressemble aux amphétamines — ce qui explique pourquoi tomber amoureux ressemble parfois à une douce drogue. Et comme les amphétamines, elle coupe l'appétit avec une efficacité remarquable. On en trouve d'ailleurs en petites quantités dans le chocolat, ce qui explique peut-être pourquoi on en offre à ceux qu'on aime. Une façon chimique de leur dire tu me fais cet effet-là.

L'hypothalamus a d'autres priorités
Tout se joue en réalité dans une toute petite zone de votre cerveau : l'hypothalamus. C'est lui qui régule normalement la faim, la satiété, l'envie de grignoter devant une série. Mais l'hypothalamus est aussi très sensible à ces trois molécules amoureuses. Quand elles l'inondent toutes en même temps, il change tout simplement de programme. La faim passe en mode veille. L'énergie, elle, reste au maximum — voire augmente. Vous pouvez enchaîner les nuits courtes, les journées intenses, sans vraiment ressentir le besoin de faire le plein. Votre corps fonctionne à l'adrénaline sentimentale.
C'est pour ça que les amoureux transis ont souvent cet air à la fois épuisé et rayonnant, ce paradoxe visible sur leur visage : ils ne dorment pas, ils mangent peu, et pourtant ils semblent recharger une énergie mystérieuse à chaque message reçu.

Un régime avec une date de péremption
Soyons honnêtes : ce régime miracle a un défaut majeur. Il ne dure pas. La PEA s'essouffle au bout de quelques mois. La dopamine se stabilise. La noradrénaline se calme. L'hypothalamus reprend ses droits, et avec lui, l'appétit revient — parfois avec des intérêts. C'est le moment où l'on découvre avec plaisir les restaurants en amoureux, les brunchs du dimanche, les desserts partagés.
Et si la relation se termine mal ? La dopamine chute brutalement, laissant un manque réel, presque physique. Certains vont alors chercher une compensation du côté des récompenses faciles : le sucre, le gras, le canapé. Ce n'est pas une question de volonté — c'est de la chimie, tout simplement.

Le secret des couples qui restent minces : un peu de fantaisie
Il y a pourtant des couples qui semblent échapper à cette fatalité chimique. Qui, après des années ensemble, gardent cette légèreté — au sens propre comme au sens figuré. Quel est leur secret ? La réponse est moins mystérieuse qu'il n'y paraît : ils entretiennent le feu.
Car voici ce que la neurologie nous apprend de fascinant : la dopamine n'est pas seulement la molécule de ce qu'on possède, mais surtout de ce qu'on anticipe. Ce qui la fait exploser, ce n'est pas tant la satisfaction que le désir, l'attente, la surprise. En d'autres termes, c'est la nouveauté qui la nourrit. Et la nouveauté, dans un couple installé, ne tombe pas du ciel — elle se cultive.
C'est là qu'intervient la fantaisie. Un week-end improvisé, un jeu de séduction inattendu, un fantasme partagé à voix basse, une mise en scène légère qui transforme le quotidien en quelque chose de légèrement différent, de légèrement troublant. Le cerveau, lui, ne fait pas vraiment la différence entre le réel et l'imaginaire anticipé. Une scène fantasmée avec son propre partenaire peut suffire à relancer la machinerie chimique : la dopamine repart, la noradrénaline se réveille, et avec elles, cette légère tension dans le ventre qui ressemble étrangement... au début.
Ce n'est pas un hasard si les couples qui osent jouer, imaginer, se surprendre mutuellement rapportent non seulement une vie intime plus satisfaisante, mais aussi une énergie globale plus élevée. L'excitation sexuelle entretenue agit comme un régulateur général de la vitalité. On dort mieux, on bouge plus, on mange plus consciemment. Le corps reste en quelque sorte en alerte douce — cet état si caractéristique des débuts, où l'on est à la fois apaisé et vivant.
La fantaisie dans le couple, c'est en somme la façon la plus élégante de tromper son hypothalamus. De lui faire croire, encore et encore, que quelque chose d'excitant est sur le point d'arriver. Et souvent, c'est vrai.

Alors, l'amour fait-il maigrir ?
Oui, souvent, au début. Pas parce que vous faites attention à ce que vous mangez, ni parce que vous courez plus. Mais parce que votre cerveau, littéralement envahi par trois molécules euphorisantes, a temporairement reclassé la nourriture comme non-essentielle. Vous maigrissez par distraction, par euphorie, par excès de vie intérieure.
Et si vous souhaitez que cet effet dure ? N'investissez pas dans un abonnement à une salle de sport. Investissez dans votre imagination. Surprenez l'autre. Laissez-vous surprendre. Entretenez ce petit feu d'artifice intérieur qui fait que la dopamine préfère encore et toujours l'autre personne à la deuxième part de gâteau.
C'est probablement le seul régime au monde où personne ne se plaint des effets secondaires. Et le seul aussi qui s'améliore avec le temps — à condition d'y mettre un peu de fantaisie.

Alors la prochaine fois que quelqu'un vous dit qu'il a perdu trois kilos depuis qu'il est amoureux, ne l'enviez pas pour sa discipline. Remerciez plutôt la dopamine, la noradrénaline, et cette petite phényléthylamine dont personne ne retient jamais le nom — mais que tout le monde a ressentie au moins une fois. Et si ce quelqu'un est en couple depuis longtemps et reste mince... demandez-lui simplement, avec un sourire, ce qu'il fait de ses soirées.

Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier sexologue, hypnothérapeute, Paris

A PROPOS DE LA DÉLINQUANCE SEXUELLENOUS NE NAISSONS PAS VIOLENTS NOUS LE DEVENONS, FAUTE D’AVOIR APPRIS À LE PAS L’ÊTRE ...
08/06/2026

A PROPOS DE LA DÉLINQUANCE SEXUELLE
NOUS NE NAISSONS PAS VIOLENTS NOUS LE DEVENONS, FAUTE D’AVOIR APPRIS À LE PAS L’ÊTRE
(Je vous livre un article que j'ai réalisé et qui me semble important et à partager)
Violences, délinquance et prévention : ce que la science nous enseigne vraiment
Un article pour le grand public, fondé sur les neurosciences et l'expérience clinique
Introduction
Les faits divers relatant des violences sexuelles, des agressions, des comportements délinquants semblent se multiplier. La réponse sociale dominante reste la sanction pénale. Pourtant, un clinicien ayant reçu en consultation des auteurs de violences sexuelles ne peut que constater une évidence : punir ne suffit pas, et souvent ne change rien. Les traitements médicaux eux-mêmes, y compris les traitements hormonaux destinés à réduire les pulsions sexuelles, n'ont qu'une efficacité modérée et partielle.
Faut-il se résigner ? Non. Mais il faut avoir le courage de poser la bonne question : comment ces individus en sont-ils arrivés là ? Et surtout : aurait-on pu l'éviter ?
I. Notre cerveau : un héritage évolutif à double tranchant
Le cerveau archaïque : la survie avant tout
Notre cerveau est le résultat de millions d'années d'évolution. Sa partie la plus ancienne — le système limbique — est programmée pour la survie immédiate. Elle gère les pulsions fondamentales : la faim, la peur, l'agression, le désir sexuel. Elle réagit vite, sans réfléchir, sans tenir compte des conséquences sociales. Son message est simple : "Je veux, je prends, je fuis, j'attaque."
Ce cerveau archaïque est indispensable — il nous a permis de survivre en tant qu'espèce. Mais livré à lui-même dans un contexte social, il est potentiellement dangereux.
Le néocortex : le régulateur indispensable
La partie la plus récente de notre cerveau — le néocortex, et plus particulièrement le cortex préfrontal — joue un rôle radicalement différent. C'est lui qui permet de :
• Différer une réaction impulsive
• Anticiper les conséquences d'un acte
• Reconnaître l'autre comme un être qui ressent
• Nommer et réguler ses propres émotions
La question centrale devient donc : qu'est-ce qui permet au néocortex de jouer correctement son rôle de régulateur ?
La réponse des neurosciences contemporaines est claire : l'éducation, au sens le plus large du terme.
II. Le langage : bien plus qu'un outil de communication
Nommer pour ne pas agir
Une découverte neuroscientifique majeure et pourtant peu connue du grand public mérite d'être soulignée. En 2007, le chercheur Matthew Lieberman et son équipe ont montré, grâce à l'IRM fonctionnelle, que le simple fait de mettre des mots sur une émotion réduit mesurably l'activation de l'amygdale — cette structure limbique au cœur des réactions de peur et d'agression.
Dit autrement : parler de ce que l'on ressent calme neurologiquement le cerveau archaïque.
L'inverse est tout aussi vrai : un individu qui ne dispose pas du vocabulaire pour exprimer sa frustration, sa colère, son désir, sa douleur, sera davantage exposé au passage à l'acte — non par malveillance nécessairement, mais par défaut d'outillage symbolique.
L'expérience clinique auprès de délinquants sexuels confirme fréquemment ce tableau : une pauvreté frappante du langage émotionnel, une incapacité à verbaliser les états internes, une pensée opératoire centrée sur l'acte immédiat.
Un enfant qui apprend à dire "je suis en colère" a moins besoin de frapper. Un adolescent qui peut dire "je désire" a moins besoin de prendre.
Vygotski avait raison
Le psychologue Lev Vygotski l'avait théorisé dès 1934 : la pensée se construit par le langage. Ce n'est pas une métaphore — c'est un fait neurobiologique confirmé depuis. La richesse du vocabulaire, la maîtrise de la syntaxe, la capacité à construire un récit cohérent sur soi-même sont des outils de régulation cérébrale autant que des outils de communication.
La boutade clinique qui veut que "les premières règles que doit apprendre un enfant sont les règles de grammaire" contient une vérité neurobiologique sérieuse.
III. L'éducation comme construction neurologique
La famille : premier architecte du cerveau social
Le cerveau d'un enfant n'est pas un organe figé à la naissance. Il se construit, se câble, se structure en interaction avec son environnement. Les travaux du psychiatre Daniel Siegel sur le développement du cerveau social montrent que la qualité des relations précoces — la sécurité affective, la cohérence des réponses parentales, la mise en mots des émotions — façonne littéralement l'architecture neuronale.
John Bowlby, fondateur de la théorie de l'attachement, avait posé les bases biologiques de ce processus : un enfant sécurisé affectivement développe une meilleure capacité à réguler ses émotions, à faire confiance, à reconnaître l'autre.
Ce que la famille transmet — ou ne transmet pas — ce sont donc des infrastructures neurobiologiques, pas seulement des valeurs abstraites.
Les règles : pas une contrainte, une structure
Les règles familiales ne sont pas des contraintes arbitraires. Elles sont les premiers organisateurs cognitifs de l'enfant. Elles lui apprennent que :
• Ses désirs ne sont pas des droits absolus
• L'autre existe et a des limites à respecter
• La frustration est supportable et n'entraîne pas la fin du monde
• Il existe un écart entre l'impulsion et l'acte — et cet écart s'appelle la liberté
Une génération élevée sans règles claires et cohérentes n'est pas une génération plus libre. C'est une génération dont le cortex préfrontal a été privé de son matériau de construction.
La dérive de l'enfant-roi
À partir des années 1970, sous l'influence de théories psychologiques popularisées — souvent mal interprétées et décontextualisées — s'est répandue l'idée que toute contrainte imposée à l'enfant serait traumatisante, que l'autorité parentale serait une forme de violence symbolique.
Le résultat a été une déstructuration progressive du cadre éducatif dans de nombreuses familles. Non par malveillance des parents — souvent eux-mêmes perdus — mais par absence de transmission d'un modèle cohérent.
Les théories psychanalytiques qui ont inspiré ces dérives, si elles avaient leur légitimité dans un contexte clinique spécialisé, étaient inadaptées à une diffusion grand public et manquaient d'ancrage neurobiologique. L'enfant a besoin d'être entendu et encadré. Ces deux réalités ne s'excluent pas — elles se complètent.
IV. Les réseaux sociaux : révélateurs neurologiques collectifs
Un miroir, pas une cause
Il serait tentant de faire d'internet et des réseaux sociaux le bouc émissaire principal de la montée des comportements violents ou irrationnels. Ce serait une erreur d'analyse.
Les réseaux sociaux ne créent pas les cerveaux mal régulés — ils les révèlent et les amplifient. Leur architecture est précisément conçue pour court-circuiter le néocortex : récompense immédiate, émotion avant réflexion, indignation virale, pensée binaire.
Un individu dont le cortex préfrontal a été correctement développé dispose des outils pour :
• Différer son jugement avant de partager une information
• Résister à la récompense dopaminergique du like
• Reconnaître une manipulation émotionnelle
• Maintenir une pensée nuancée face à des contenus clivants
Un individu dont la construction symbolique est lacunaire sera au contraire capturé par ces mécanismes — exactement comme la neurobiologie du cerveau archaïque le prédit.
Ce que nous voyons sur les réseaux sociaux est le reflet assez fidèle de l'état de construction néocorticale d'une population.
Supprimer internet est ni possible ni souhaitable. La réponse est ailleurs : construire des cerveaux capables de s'en servir sans en être l'esclave.
V. Pourquoi la prise en charge curative ne suffit pas
L'honnêteté du bilan clinique
La méta-analyse de Lösel et Schmucker (2005) sur l'efficacité des traitements des délinquants sexuels confirme ce que l'expérience clinique enseigne : les résultats sont modestes, les rechutes fréquentes, et les traitements anti-androgéniques — s'ils réduisent partiellement la pulsion — ne traitent pas les déficits cognitifs, empathiques et symboliques sous-jacents.
Cela ne signifie pas qu'il faut abandonner la prise en charge des auteurs de violences. Elle reste nécessaire, et les travaux de William Marshall sur les déficits d'empathie et d'attachement chez les agresseurs sexuels ouvrent des pistes thérapeutiques réelles.
Mais elle arrive trop t**d, sur un cerveau dont les structures de régulation ont été insuffisamment développées pendant les années critiques. C'est réparer une maison dont les fondations sont fissurées, plutôt que de bien construire dès le départ.
VI. La prévention : une logique imparable
Le pragmatisme préventif
La position qui se dégage de cette analyse est simple, robuste et difficilement contestable :
On ne supprimera pas internet. On ne modifiera pas la génétique — dont le rôle dans la grande majorité des comportements violents reste marginal. On ne peut pas traiter efficacement des millions d'individus dont la construction a été lacunaire.
Donc agissons sur ce qui est à la fois modifiable, précoce, et économiquement rationnel.
Une économie évidente
Approche curative Approche préventive
Coût : Élevé et permanente Modéré et dégressif
Efficacité: Limitée et documentée Différée mais structurelle
Reproductibilité: Recommence à chaque génération S'auto- entretient par transmission
Éthique: Traite victimes et agresseurs Évite les victimes
Ce dernier point est éthiquement décisif. La vraie mesure du succès d'une politique préventive, ce sont les victimes qui n'existeront pas.
Le délai de vingt ans est souvent utilisé comme argument contre l'investissement préventif. C'est un raisonnement de cycle électoral, pas un raisonnement de santé publique.
VII. Ce qui peut être fait concrètement
Le rôle des parents
Il ne s'agit pas de culpabiliser les parents, souvent eux-mêmes victimes d'une transmission lacunaire. Il s'agit de leur donner des outils :
• Poser des règles claires, cohérentes et expliquées — l'enfant doit comprendre le sens de la limite, pas seulement la subir
• Mettre des mots sur les émotions — "tu es en colère", "tu es déçu", "tu as peur" : nommer l'état interne de l'enfant lui apprend progressivement à le faire lui-même
• Être présent de manière cohérente — la sécurité affective n'est pas une question de richesse matérielle mais de prévisibilité relationnelle
• Modéliser la régulation émotionnelle — un parent qui dit "je suis en colère mais je ne vais pas crier" enseigne plus qu'un long discours
Le rôle de l'école
L'école n'est pas seulement un lieu de transmission de savoirs. Elle est un espace de construction du vivre-ensemble et, neurologiquement, un prolongement du travail de développement préfrontal.
Concrètement :
• Intégrer explicitement les compétences psychosociales dans les programmes — l'OMS en a défini un cadre dès 1993, encore largement sous-exploité en France
• Former les enseignants à la régulation émotionnelle et à la pédagogie du langage affectif
• Valoriser l'expression orale, le débat, la nuance — contre la pensée binaire que les réseaux sociaux alimentent
• Reconnaître et nommer les émotions comme un apprentissage scolaire légitime, au même titre que la lecture
Les priorités systémiques
• Revaloriser les professionnels de la petite enfance — les années 0-6 sont neurologiquement les plus déterminantes
• Développer des programmes de soutien à la parentalité sans stigmatisation — non pas "vous êtes de mauvais parents" mais "voici des outils concrets"
• Évaluer les politiques éducatives avec des métriques à long terme — sortir de la logique des résultats immédiats
• Investir maintenant pour des résultats dans vingt ans — ce qui suppose une volonté politique que seule une pression citoyenne et professionnelle peut générer
Conclusion
Les violences — sexuelles, physiques, ou autres formes de délinquance — ne surgissent pas du néant. Elles sont dans la très grande majorité des cas le symptôme prévisible d'un déficit de construction : un cerveau archaïque non régulé, un langage émotionnel pauvre, des règles familiales absentes ou incohérentes, une culture qui a progressivement cessé de transmettre ses outils symboliques.
La réponse pénale est nécessaire. Elle n'est pas suffisante. Les réseaux sociaux amplifient le problème sans en être la cause. Les traitements curatifs arrivent trop t**d sur des fondations trop fragiles.
La vraie réponse est en amont. Elle est dans chaque famille qui pose des règles claires et bienveillantes. Dans chaque parent qui prend le temps de nommer ce que son enfant ressent. Dans chaque enseignant qui comprend que son rôle dépasse la transmission de savoirs. Dans chaque société qui choisit d'investir dans la petite enfance plutôt que dans la construction de nouvelles prisons.
Cette réponse prendra vingt ans à produire ses effets. C'est précisément pourquoi il faut commencer aujourd'hui.
Apprendre à un enfant à nommer ses émotions, à respecter des règles, à reconnaître l'autre comme un être qui ressent : c'est l'acte préventif le plus puissant qui soit. Il est à la portée de chacun. Et il ne coûte rien.
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Dr Patrice Cudicio, Mme Jasmine Saunier sexologue, hypnothérapeute, Paris
Bibliographie sélective
Neurosciences et développement cérébral
• Damasio, A. — L'Erreur de Descartes, Odile Jacob, 1994
• Siegel, D.J. — The Developing Mind, Guilford Press, 1999
• LeDoux, J. — The Emotional Brain, Simon & Schuster, 1996
• Perry, B.D. — travaux sur les traumatismes précoces et le développement cérébral, ChildTrauma Academy
• MacLean, P. — théorie du cerveau triunique (heuristiquement utile, partiellement révisée depuis)
Langage et régulation émotionnelle
• Lieberman, M.D. et al. — "Putting feelings into words", Psychological Science, 2007
• Vygotski, L. — Pensée et Langage, 1934 (trad. française, La Dispute, 1997)
Attachement et développement
• Bowlby, J. — Attachement et perte, PUF, 1978
• Cyrulnik, B. — Un merveilleux malheur, Odile Jacob, 1999
Délinquance sexuelle
• Lösel, F. & Schmucker, M. — "The effectiveness of treatment for sexual offenders", Aggression and Violent Behavior, 2005
• Marshall, W.L. — Sexual Offender Treatment, Wiley, 2006
• Hanson, R.K. et al. — travaux sur la récidive et les facteurs de risque (Public Safety Canada)
Compétences psychosociales
• Organisation Mondiale de la Santé — Life Skills Education in Schools, 1993
• Goleman, D. — Emotional Intelligence, Bantam Books, 1995 Voir moins

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