21/05/2026
15 ans d’analyse des breath tests : pourquoi je refuse la dérive du “tout SIBO positif”
Interprétation des tests respiratoires au méthane (IMO) : une réflexion personnelle et clinique sur les limites des critères actuels.
Depuis le consensus nord-américain de 2020 sur les breath tests, l’IMO (Intestinal Methanogen Overgrowth) est défini par un méthane (CH4) ≥ 10 ppm à n’importe quel moment du test, y compris à jeun. Cette définition a permis d’harmoniser les pratiques et d’améliorer la sensibilité diagnostique.
Cependant, après l’analyse de plusieurs milliers de tests respiratoires, je pense qu’il est important de discuter certaines limites physiopathologiques de cette définition lorsqu’elle est appliquée en pratique clinique quotidienne
Le problème du seuil unique à 10 ppm
Dans les consensus actuels, un patient est considéré positif dès lors que le méthane atteint 10 ppm, peu importe le moment du test.
Or, dans la réalité physiologique digestive, cette approche soulève plusieurs questions.
Le côlon est naturellement un site majeur de fermentation bactérienne et de production de méthane. Il est donc fréquent d’observer :
des augmentations tardives du CH4
avec des valeurs modérées autour de 10–12 ppm.
À mon sens, considérer systématiquement ces profils comme pathologiques risque d’augmenter considérablement les faux positifs.
Sinon, une grande proportion des tests deviendraient « positifs IMO », alors qu’il pourrait simplement s’agir d’une fermentation colique physiologique normale.
Le principal problème du critère « ≥10 ppm à n’importe quel moment » est qu’il ne tient pas compte :
du timing,
de la dynamique de la courbe,
du transit oro-cæcal,
ni de la distinction entre production grêlique et colique.
Pourtant, ces éléments sont essentiels en physiologie digestive.
Dans mon expérience, plusieurs profils semblent très différents sur le plan clinique :
Profils plus évocateurs d’un véritable IMO
méthane ≥10 ppm dès le basal,
élévation précoce,
méthane persistant sur toute la courbe.
Plutôt que de petites élévations isolées à 10–11 ppm.
Autrement dit, le risque est d’inclure des patients dont le profil respiratoire correspond davantage à une fermentation colique normale qu’à une véritable prolifération méthanogène pathologique.
Les seuils sont utiles pour standardiser la recherche, mais la pratique clinique nécessite souvent une lecture plus nuancée.
Conclusion
Le consensus nord-américain a eu le mérite de clarifier les critères diagnostiques de l’IMO. Néanmoins, l’expérience clinique montre probablement que tous les profils à CH4 ≥10 ppm ne se valent pas sur le plan physiopathologique.
Un méthane modérément élevé uniquement en phase tardive du test pourrait, dans de nombreux cas, refléter une fermentation colique normale plutôt qu’un véritable IMO.
Marie laure Nageleisen