19/10/2024
CHRONIQUES DU MÉPRIS ORDINAIRE- ACTE 56 - LA S*X TAPE ET LA HAINE
Quels mots choisir ? D’ou partir ? Avec quel son peut t’on décrire l’effondrement ? Qui a le droit de retenir mes mots ? De retenir mes mains ? Mais surtout comment ? Comment a t’on pu rendre cela possible ?
J’ai 60 ans. Pendant près de 30 années d’exercices, j’ai respecté les règles, les institutions, les titres, les gens, puis ce contentieux est venu à moi. Au fils, au mari aussi, au papa, au grand père, à cet enfant que je fut, à l’homme que la vie à tanné. Mon regard à changé. Ma nature profonde était déjà nostalgique, les enfants de vieux sont éclaboussés d’enfance, la souffrance est une amie. Ils ont appris tôt à danser, dans cette partie que l’on perd tous à la fin. Les p’tits bureaux et les madames Michu ont emporté ce rien de poussière d’étoile, qui permetait de voler. Ne reste que le souffre et le sang. Celui qui monte à la gorge, à la lecture d’un rapport, au sortir des audiences. Cette impression de rouage éternel et sans vie qui happe, broie, malaxe et vide. Le sourire de ces gens me rappelle, celui des sorcières sombres de mes jeux de rôle. Mais je ne suis pas Elric, je ne sais briser les sorts. Quoiqu’on en pense, la magie n’existe pas.
Diane est alcoolique. Elle est une épave certains jours. Les autres elles se lève et s’accroche, comme un enfant à une bouée en plein océan. Ces deux filles sont si logiquement placée. Elle vit à Bézier, ces parents en région Parisienne. Ils l’aiment et sont comme deux âmes folles au balcon de l’agonie. Pas de père présent. Si ce n’est pour assener les coups qui tachent l’enfance et la féminité.
Les vacances se sera chez les grand parents. Toutes. Le reste du temps ce sera la famille d’acceuil. Qui, je dois le dire, est merveilleuse. Deux paires de bras qui enlacent. Deux coeurs qui réparent. Une bulle d’oxygène dans un espace vide.
Après tant de travail ensemble. Des dizaines d’heures de thérapie, des debrieffs permanent, je lui ai rendu les deux petites, un matin frais de mai.
Je me souviens des pains au chocolats ensemble, des rires. Je me souviens de baisés. Des « je t’aime aussi, toi ». De cette sempiternelle photo que nous prenons, dans les couloirs sombres de ces demi étage réservés à notre matière. Je me souviens de vous madame. Lorsque vous m’avez pris dans vos bras, des larmes que nous avons partagées, de cette invitation à Paris, à laquelle je n’ai pu me rendre. Je me souviens de vous. Je me souviens de tout.
Je me souviens de ce matin ou trois mois plus t**d, ce sont les filles qui ont appelé les pompiers, pensant que Diane avait fini son chemin dans l’alcool, allongée dans la salle de bain.
Je me souviens de chaque instant que je mène depuis deux ans pour que les enfants soient placés chez les grands-parents à Paris. Je me souviens des services, qui ont menti en proposant à Diane d’aller vivre dans une autre région, qu’on lui enverrai les enfants. Je me souviens de son départ, puis de ces mois d’attente et de ces filles qui ne sont jamais venues, dans la région près de la ou elle vit pour travailler le lien.
Je me souviens de ce combat, que je mène depuis deux ans pour que les enfants soient placés chez les Grand Parents, chez lesquels pourtant, elles passent toutes leurs vacances, depuis qu’elles sont nées . Des certificats d’inscription scolaire, de l’acte de propriété que j’envoie tous les deux mois, des courriers sans nombre qui restent sans réponse.
Il y a quelques jours madame Michu, vomissait sur les grands parents. Trop loin, trop aimant, trop impliqués. Que savent t’il de la vie avec un alcoolique ? Les filles sont heureuses en famille d’acceuil, il ne faut rien changer. Même si il y a eu un incident, tout va bien. Ne changeons rien. Il ne faut surtout rien changer. Et puis les filles disent qu’elles veulent vivre avec leur grands parents, mais parfois changent d’avis. Ne changeons rien.
L’incident. Comment appelle t’on une vidéo ou une jeune fille prend le s*xe d’un garçon dans la bouche ? Quel est le mot, quand un garçon se filme pénétrant le cuisse d’une enfant de 13 ans ?
Le mot est le même sous tous les cieux ; une s*x tape. Une vidéo envoyée à tous, à chacun, à leur entre gens de gamins. Une tache qui jamais ne s’effacera. Un herpès sur le visage qui ressortira à la moindre fièvre. Une enfant amoureuse trahie, humiliée et jetée au loups. Un incident.
L’incident que l’on présente à la cour d’appel de Montpellier, comme une facture du Mc Do que l’on aurait pas réglée, comme un lit que l’on aurait pas fait, un truc entre banalité et inévitable. Un rien.
Un rien qui détruit ceux qui l’apprennent à la barre, alors que leur petite fille n’a que 13 ans.
Ce fait pourtant, aurait conduit à coup sur les parents devant un Tribunal Correctionnel s’il s’était produit chez eux. Mais la rien. Un silence assourdissant. Le Vide.
Michu fulmine de m’entendre, souffle comme un Narval avide d’oxygène, dans ce qui reste de l’océan Artique. Elle tente de m’interrompre, mais disparait, se rétracte comme un vers de terre, face au rugissement de la colère.
Assis sur les marches infinies de ce vieux Palais, la nausée emporte, l’homme, le mari, le papa, l’enfant que j’ai été.
En lançant l’alerte je viole tellement le serment que j’ai prêté de délicatesse. Mais, peut t’on rester délicat ? Qui suis-je moi, si je ne raconte pas ce que j’ai vu ? Si mon âme de chrétien reste insensible ? Si je n’ai qu’à offrir un sourire entendu, à quoi je sert ?
On me fait reproche de salir ma robe en lançant l’alerte. À ceux là, à tous ceux là, je dis … viens. Viens, la ou je vis et retiens tes mots, tes cris, ton envie irrépressible de cogner. Garde ta dignité, fait ce pourquoi tu as été formé et bats toi. Et si il n’y a pas de règles, lances l’alerte devant les Tribunaux. Debout. En robe. Et en Français.
Michel AMAS