17/05/2026
Je lis de plus en plus de publications expliquant que l’IA pourrait aider les sophrologues à générer des protocoles.
Et cela me questionne profondément.
La sophrologie ne repose pas sur une production permanente de protocoles à créer avant chaque séance. Elle repose sur une pratique intégrée, une posture professionnelle, un entraînement régulier et une capacité d’adaptation à la personne accompagnée, dans la réalité de l’instant.
Un protocole sophrologique n’est pas un simple texte à rédiger. Il porte une intentionnalité. Il s’inscrit dans une progression, dans une écoute, dans une compréhension de la personne et dans le respect des principes fondamentaux de la sophrologie.
Le sophrologue s’appuie sur le principe d’action positive, le principe du schéma corporel comme réalité vécue, le principe de réalité objective et le principe d’adaptabilité. Ces principes ne se génèrent pas automatiquement. Ils se comprennent, se vivent, s’intègrent et se mettent en œuvre dans l’accompagnement.
Il en va de même pour les lois de la vivance et de la répétition vivantielle. La pratique ne se limite pas à “savoir quoi proposer”. Elle demande d’avoir vécu, répété, intégré, affiné. C’est cette intégration qui permet au sophrologue d’accompagner sans lire un texte, sans dépendre d’un outil extérieur, et sans chercher à fabriquer artificiellement un protocole nouveau avant chaque consultation.
En séance, le sophrologue écoute d’abord la personne accompagnée : son vécu, ses mots, son état du moment, ce qui se manifeste dans l’échange. À partir de cette écoute, il propose un protocole adapté à l’instant T, qu’il vit avec la personne, en ajustant son terpnos logos, son rythme, sa posture et sa manière d’accompagner.
Puis vient le temps de la phénodescription, durant lequel la personne est invitée à décrire simplement ce qu’elle a vécu, ressenti ou perçu pendant la pratique. Ce temps est essentiel, car il soutient la prise de conscience sans interprétation imposée.
Si un sophrologue doit préparer quelque chose en amont, ce n’est pas la création automatisée d’un protocole. C’est d’abord sa connaissance de la problématique rencontrée par la personne accompagnée : comprendre le contexte, enrichir sa réflexion professionnelle, continuer à se former, rester dans une posture juste et responsable.
J’avoue donc être interpellée lorsque je lis que certains sophrologues passent plus d’une heure à “préparer des protocoles” pour leurs consultations, ou qu’ils pourraient déléguer cette préparation à une IA.
Cela questionne la manière dont la pratique a été intégrée durant la formation, mais aussi la place réelle de l’entraînement quotidien dans l’exercice professionnel.
L’IA peut avoir sa place pour certaines tâches administratives, organisationnelles, pédagogiques ou de communication.
Mais elle ne devrait pas entrer dans le cœur même de l’accompagnement sophrologique.
La personne accompagnée n’a pas besoin d’un protocole généré automatiquement. Elle a besoin d’un sophrologue présent, entraîné, responsable, capable d’écouter, d’adapter et d’accompagner avec justesse.