08/06/2026
"Bisous à Jean-Michel " 😘❤️🔥
Non, les femmes n’ont pas à se mettre de pression pour stimuler une libido en berne, observe Maïa Mazaurette, chroniqueuse pour La Matinale du « Monde », qui invite les hommes comme les femmes à repenser la question du désir féminin sur un plan sociétal.
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LE SEXE SELON MAÏA
MAÏA MAZAURETTE
Camarades, je sais que les temps sont durs, mais il me faut annoncer la couleur : j’ai des nouvelles pas terribles, gorgées de sang et de larmes.
Si vous lisez cette chronique, à tout le moins, vous allez vous chamailler avec votre partenaire.
Au pire, vous allez divorcer.
Par ailleurs, le poulet rôti sera trop cuit, et le lave-vaisselle tombera en panne.
Votre seule chance de survie consistera à me lire jusqu’au bout. OK ?
Laissez-moi vous présenter la mèche du bâton de dynamite : une étude publiée en janvier sur le site de la revue Nature, menée sur un considérable échantillon de 67 000 personnes vivant en Estonie.
Les résultats sont sans appel : même si le désir décroît avec l’âge, les hommes rapportent plus de désir se**el que les femmes, tout au long de leur vie.
Pic de libido : autour de 40 ans pour les hommes, de 20 ans pour les femmes – n’oubliez pas votre parachute au moment de la ménopause, parce que ça dégringole sévère.
Alors, bien sûr, l’étude rappelle l’importance des variations individuelles. Certaines femmes rapportent un désir stratosphérique, certains hommes passent leur tour et préfèrent le jardinage.
Du côté de la moyenne statistique, l’écart prend des proportions alarmantes : au maximum de son désir, une femme de 20 ans atteint les scores d’un homme de 75 ans. C’est douloureux à lire, pas vrai ?
En France, d’autres chiffres confirment ce décrochage.
En trente-six ans, la part des jeunes femmes (18-24 ans) qui donnent beaucoup d’importance à la sexualité a chuté de 62 % à 38 %, selon une enquête IFOP pour espaceplaisir réalisée en mai.
Quelque 56 % pourraient vivre en couple sans relations se****les. Elles n’étaient que 42 % en 2000.
Point de vue phallocentré
Bon.
Une fois qu’on a posé le constat, il faut l’interpréter.
Ce qu’on lit le plus souvent, c’est que les femmes « manquent » de désir.
Alors je suis désolée, mais ce « manque » n’existe que d’un point de vue phallocentré.
En 2026, l’idée que la norme soit masculine et que les femmes constituent une déviation, ça ne peut plus tenir.
Les femmes étant en supériorité numérique, il serait même pertinent de renverser le discours, et d’affirmer que les hommes ont trop de désir.
Sauf que… vous trouverez des milliers d’articles dans les magazines féminins pour « booster sa libido », tandis qu’à ma connaissance, aucun magazine masculin n’a jamais proposé ses « 10 conseils pour calmer sa libido ».
Cette dissymétrie devrait d’autant plus nous alarmer que les conséquences sont incomparables.
La frustration est une gêne dont on peut se débarrasser par la ma********on.
Les rapports se***ls forcés ou consentis du bout des lèvres, c’est une invasion de son corps.
Mais bien sûr, ce n’est pas mon appel à « déphallocentrer » le discours qui va résoudre notre affaire.
Car la question est la suivante : comment limiter les frictions générées par cette incompatibilité (relative) des désirs – sans générer encore plus de pression ?
Commençons par lire les chiffres autrement : cette étude décrit la situation à un moment t. Nous ne disposons d’aucune certitude concernant le caractère définitif de l’asymétrie du désir.
On peut par exemple remarquer qu’au début d’une passion amoureuse, les femmes ont tendance à être se****lement très en demande.
On sait également qu’afin d’assurer sa reproduction, notre espèce a intérêt à ce que les femelles humaines ressentent du désir – et à quoi serviraient donc le cl****is, dévolu uniquement au plaisir, et l’orgasme si nous n’étions pas « faites » pour les galipettes, y compris après la ménopause ?
Peut-être que les femmes ont un désir équivalent à celui des hommes, mais que les conditions de ce désir ne sont pas rassemblées.
Poussons le bouchon un cran plus loin : peut-être que les hommes n’ont pas tant de désir que ça, mais que des conditions hyperfavorables sont constamment rassemblées (grâce à une culture où le corps des femmes serait érotisé, où il suffirait d’appuyer sur un bouton pour faire apparaître des starlettes en sous-vêtements, où les musées seraient remplis de nus féminins… vous voyez où je veux en venir).
Alors là, je sais bien que Jean-Michel Darwin va me dire : hey, hey, mais la testostérone !
Et Jean-Michel Michelet va ajouter : hey, hey, mais on a des siècles de documents attestant que, de tout temps, les hommes ont pesté contre le manque de désir des femmes !
A quoi je répondrai : certes, mais peut-être bien que la testostérone ne fait pas tout, comme le prouve l’exemple de la passion amoureuse, et peut-être bien que, dans le passé, les conditions du désir féminin étaient encore moins rassemblées que maintenant (entre le sexisme, les mariages arrangés et la ribambelle des grossesses, ça ne devrait pas être la fête tous les jours).
Pure et limpide logique
L’étude publiée dans Nature mentionne d’ailleurs à la fois le rôle de la testostérone…
et celui des habitudes culturelles qui répriment le désir féminin tout en favorisant le désir masculin.
Je ne vous ferai pas l’affront de vous rappeler qu’en 2026, un homme en demande est un don Juan, alors qu’une femme en demande est (insérez ici votre nom d’oiseau préféré).
Personnellement, je pense que la question des conditions du désir féminin est sociétale. Dans un monde idéal, les candidats à la présidentielle s’en empareraient.
La libido a besoin de place, et d’une forme de rêverie : comment caler ces moments-là dans une double ou triple journée de travail, saturée de charge mentale et de to-do lists, avec le smartphone qui phagocyte les quelques minutes restantes ?
On ne peut raisonnablement pas demander aux femmes de rajouter encore des éléments dans leur planning.
On peut encore moins leur demander de faire preuve de « spontanéité ».
Ce qu’on peut faire, en revanche, c’est les décharger de l’accumulation de tâches à accomplir.
Par ailleurs, le désir se greffe sur des personnes, des contextes, des narratifs.
Le corps du partenaire est-il désirable ? La chambre est-elle désirable ? Le processus de séduction est-il désirable ?
Je constate un léger progrès dans l’érotisation des corps masculins, mais nous sommes encore loin du compte.
Il faut aussi (et là, ça se corse) poser la question du plaisir. Les femmes sont des êtres de pure et limpide logique : si elles refusent les rapports se***ls, c’est qu’elles n’y trouvent pas leur compte. Je vous laisse avec cette information, avec votre chamaillerie, votre possible divorce, le poulet brûlé, et le lave-vaisselle en panne.
Asymétrie du désir
Enfin, nous devons d’urgence cesser de considérer que les femmes sont le problème, et qu’en leur collant la pression, le décrochage va miraculeusement se résorber.
J’ai mentionné Darwin tout à l’heure : il se trouve que la magie de l’évolution nous a donné, en tant qu’espèce, la possibilité de nous soulager de manière autonome, ou avec des partenaires de même sexe, ou même dans notre sommeil. Considérer le rapport hétérose**el comme la seule option, c’est tout simplement de la mauvaise foi.
Là encore, nous avons un problème de culture : l’homophobie dans notre pays est loin d’être résiduelle.
Quant au mot même de « br****ur », il est connoté négativement – privant les hommes d’une possible émancipation ér****ue.
Si vos ma********ons sont insuffisantes, c’est peut-être que vous ne les investissez pas émotionnellement… ou que vous vous y prenez de manière trop mécanique.
Je rappelle aussi que la monogamie n’est pas obligatoire, et que si votre + 1 n’a pas envie de rapports se***ls, ça peut se gérer avec quelqu’un d’autre.
Alors oui, je sais, je suis dure avec vous.
Mais après vingt-cinq ans à faire ce métier, je n’en peux plus d’entendre que les femmes devraient rallumer leur libido en berne, alors qu’objectivement, les conditions ne le permettent pas – et que, si ça se trouve, leur biologie ne le permet pas (bisou à Jean-Michel Darwin).
Vous savez quoi ?
Les femmes ont tout essayé. Vraiment.
Avec de la bonne volonté. Et ça ne marche pas.
Le jour où notre société voudra sérieusement résoudre l’asymétrie du désir, ce sont les hommes qui devront se remettre en question.
Maïa Mazaurette.
CHRONIQUE. Non, les femmes n’ont pas à se mettre de pression pour stimuler une libido en berne, observe Maïa Mazaurette, chroniqueuse pour La Matinale du « Monde », qui invite les hommes comme les femmes à repenser la question du désir féminin sur un plan sociétal.