30/07/2026
PYROMANES : QUE SE PASSE-T-IL DANS LEUR ESPRIT ?
À chaque incendie volontaire, une question revient : pourquoi une personne décide-t-elle de mettre le feu, parfois au risque de détruire des hectares, des maisons, des animaux ou même des vies humaines ?
La réponse est complexe, car tous les auteurs d’incendies ne sont pas réellement pyromanes. Derrière un même geste peuvent se cacher des motivations psychologiques très différentes.
UN INCENDIAIRE N’EST PAS FORCÉMENT UN PYROMANE
Dans le langage courant, on appelle souvent « pyromane » toute personne qui provoque volontairement un incendie. Pourtant, en psychologie et en psychiatrie, la pyromanie correspond à un trouble bien particulier.
Le véritable pyromane ne met généralement pas le feu pour gagner de l’argent, se venger, cacher un crime ou défendre une idéologie. Il ressent plutôt une attirance intense pour le feu, accompagnée d’une tension intérieure qui augmente avant le passage à l’acte.
Lorsque l’incendie démarre, cette tension peut laisser place à une sensation de soulagement, d’excitation ou de plaisir. Le feu devient alors une manière de décharger une émotion difficile à contenir autrement.
LE FEU COMME MOYEN DE REPRENDRE LE CONTRÔLE
Certaines personnes vivent avec un profond sentiment d’impuissance. Elles peuvent se sentir invisibles, humiliées, rejetées ou incapables d’agir sur leur propre existence.
Allumer un incendie leur donne alors, pendant quelques instants, l’impression de reprendre le pouvoir. Une simple flamme peut provoquer l’arrivée des pompiers, des policiers, des journalistes et mobiliser toute une population.
La personne, qui se sentait jusque-là insignifiante, devient secrètement à l’origine d’un événement considérable. Elle peut éprouver une sensation de puissance en observant les conséquences de son geste.
Ce pouvoir reste pourtant destructeur et illusoire. Il ne répare pas le mal-être initial : il le déplace sur les autres.
UNE RECHERCHE D’EXCITATION
Chez certains auteurs, le feu procure une stimulation intense. Les flammes, le danger, les sirènes, les interventions des secours et l’agitation qui suit l’incendie peuvent créer une véritable montée d’adrénaline.
Certaines personnes reviennent d’ailleurs sur les lieux, observent les pompiers ou cherchent à suivre l’évolution du sinistre. Il arrive même que l’auteur donne l’alerte ou propose son aide, afin de rester au plus près de l’événement qu’il a lui-même déclenché.
Le quotidien peut lui sembler vide, monotone ou émotionnellement plat. L’incendie devient alors une façon extrême de ressentir quelque chose.
UNE MANIÈRE D’EXPRIMER UNE COLÈRE IMPOSSIBLE À DIRE
Le feu peut également devenir un langage.
Lorsqu’une personne ne sait pas exprimer sa colère, sa frustration, sa jalousie ou son sentiment d’injustice, elle peut passer par un acte destructeur. L’incendie représente alors symboliquement ce qu’elle ressent intérieurement : une rage qui brûle, envahit et détruit tout.
Dans ce cas, le geste peut viser un lieu précis : une entreprise, une habitation, un véhicule, une forêt ou un endroit associé à une personne ou à une institution.
Il ne s’agit plus forcément de pyromanie au sens clinique, mais d’un incendie volontaire motivé par la vengeance, le ressentiment ou le désir de nuire.
LE BESOIN D’ÊTRE RECONNU
Certains incendiaires souffrent d’un profond manque de reconnaissance. Ils peuvent avoir l’impression que personne ne les écoute, ne les remarque ou ne mesure leur souffrance.
Le sinistre leur permet alors d’exister dans le regard des autres, même sans être identifiés. Ils savent qu’un événement qu’ils ont provoqué occupe les conversations, inquiète la population et mobilise des moyens importants.
Chez certaines personnalités fragiles, ce besoin d’attention peut aller jusqu’à rechercher ensuite le rôle du sauveur. La personne déclenche le feu, puis alerte les secours ou participe à l’évacuation afin d’être valorisée.
Elle crée elle-même le danger qui lui permettra ensuite d’être remarquée.
DES TRAUMATISMES ET DES FRAGILITÉS PSYCHOLOGIQUES
Certains auteurs d’incendies ont connu des parcours marqués par la violence, la négligence, les humiliations, l’isolement ou des traumatismes précoces.
Cela ne signifie évidemment pas que les personnes traumatisées deviennent pyromanes. La très grande majorité ne commettra jamais d’incendie. Mais chez certains individus particulièrement vulnérables, l’accumulation de blessures psychologiques peut favoriser des comportements impulsifs ou destructeurs.
Des difficultés à gérer les émotions, une faible estime de soi, une impulsivité importante ou certains troubles de la personnalité peuvent également être présents.
L’alcool et les drogues peuvent aggraver le risque de passage à l’acte en diminuant le contrôle des impulsions et la perception des conséquences.
UNE FASCINATION QUI PEUT COMMENCER TRÈS JEUNE
La curiosité des enfants pour le feu est fréquente et ne signifie pas qu’ils deviendront pyromanes. Cependant, lorsque les mises à feu sont répétées, préparées, cachées et associées à une fascination persistante, elles doivent être prises au sérieux.
Chez un enfant ou un adolescent, provoquer un feu peut traduire une détresse, une colère familiale, un besoin d’attention, une recherche de limites ou une difficulté à exprimer ce qu’il ressent.
Punir sans chercher à comprendre le sens du comportement risque de ne pas suffire. Une évaluation psychologique peut permettre d’identifier ce qui se cache derrière le geste et d’éviter une escalade.
CERTAINS INCENDIES RÉPONDENT À DES INTÉRÊTS TRÈS CONCRETS
Tous les incendies volontaires ne sont pas liés à un trouble psychologique. Certains sont provoqués pour toucher une assurance, effacer des preuves, se venger, intimider quelqu’un, créer un avantage matériel ou répondre à une motivation idéologique.
D’autres peuvent être commis par imprudence, puis volontairement dissimulés.
Il est donc essentiel de ne pas poser trop rapidement une étiquette psychiatrique sur chaque auteur d’incendie. Un acte destructeur peut être prémédité, intéressé et parfaitement conscient, sans relever de la pyromanie.
COMPRENDRE NE SIGNIFIE PAS EXCUSER
Étudier les mécanismes psychologiques d’un incendiaire ne revient jamais à minimiser les conséquences de son acte.
Un feu volontaire peut tuer, blesser, traumatiser des familles, détruire des habitations et anéantir des écosystèmes entiers. Les victimes peuvent conserver pendant des années un sentiment d’insécurité, de colère et d’injustice.
Mais comprendre les motivations permet de mieux prévenir la récidive. Une prise en charge adaptée peut travailler sur la gestion des émotions, l’impulsivité, les traumatismes, les addictions, le rapport au pouvoir et les pensées qui précèdent le passage à l’acte.
DERRIÈRE LES FLAMMES, UN FONCTIONNEMENT PSYCHOLOGIQUE COMPLEXE
Le feu peut représenter la puissance, la destruction, la purification, la colère ou la renaissance. Chez l’incendiaire, il peut devenir un moyen d’exprimer ce qui ne parvient pas à être formulé autrement.
Certains cherchent le contrôle. D’autres veulent se venger, attirer l’attention, ressentir de l’excitation ou soulager une tension intérieure devenue insupportable.
Il n’existe donc pas un profil unique du pyromane.
Derrière chaque incendie volontaire, il faut distinguer le trouble psychiatrique, la souffrance psychologique, l’impulsivité et la volonté consciente de nuire. Comprendre cette différence est indispensable, aussi bien pour la justice que pour la prévention et la protection de la population.
J’ai fait le choix d’une image générée par IA plutôt que d’une photo existante, par respect pour les victimes d’incendie et afin de ne pas exposer de scènes réelles.
Tout mon soutien aux victimes, à leurs proches, aux intervenants ainsi qu’à toutes les personnes touchées par ces incendies.
Natacha Guiraud
Psychanalyste, Hypnothérapeute, Sexologue
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📍Saint-Ciers-d’Abzac