10/08/2026
**Herbe grillée par la canicule, ce que nous dit la science **.
“piège biochimique pour les chevaux”
Imaginez la scène en plein mois d'août, alors que depuis plusieurs semaines, une canicule implacable s'est abattue sur la région, poussant le thermomètre à afficher quotidiennement 37 à 38°C, avec des pointes dépassant les 40°C à l'ombre, si bien que dans les prés, il ne reste plus qu'un tapis végétal ras, complètement jaune, sec et craquant sous le pied.
À l'œil nu, cette herbe ressemble à de la paille morte, ce qui pourrait logiquement laisser penser qu'elle a perdu toute sa valeur nutritionnelle pour n'être plus qu'une fibre inerte, vide d'énergie et de nutriments, mais pourtant, la science agronomique et la biologie végétale nous révèlent une réalité totalement contre-intuitive, car pour le métabolisme d'un cheval, cette herbe rase et grillée n'est pas un aliment pauvre, s'avérant au contraire être un concentré biochimique explosif, une véritable bombe de sucres cachés.
Cet article décrypte la biologie de cette survie végétale extrême et révèle les véritables valeurs nutritionnelles, notamment les UFC, MADC, GNS et fructanes, de ce que l'on appelle à tort de l'herbe morte.
** La réaction de survie
Pour comprendre le paradoxe de l'herbe grillée, il faut d'abord plonger à l'intérieur de la plante, car les graminées qui composent nos prairies, comme le ray-grass, la fétuque ou le dactyle, sont des plantes dites en C3, qui sont programmées par l'évolution pour prospérer sous des climats tempérés avec une température idéale de croissance située entre 15 et 25°C, ce qui fait qu'au-delà de 30°C, elles souffrent, et à 40°C, c'est l'état d'urgence absolu.
En biologie végétale, la vie d'une herbe est régie par un équilibre entre ce qu'on appelle la source et le puits, la source étant les feuilles vertes qui, grâce à la lumière du soleil, font de la photosynthèse et fabriquent des sucres pour l'énergie, tandis que le puits représente la croissance, phase durant laquelle la plante utilise ces sucres pour fabriquer de nouvelles feuilles, s'allonger et grandir.
Lors d'une sécheresse sévère, la terre s'assèche complètement et, pour éviter de perdre toute son eau par évaporation, la plante ferme les petits pores de ses feuilles, appelés les stomates, de sorte que sans eau, la pression interne des cellules chute, ce qui l'empêche physiquement de s'allonger et arrête net sa croissance, donc le puits.
Cependant, la photosynthèse, bien qu'au ralenti, continue de fonctionner un peu plus longtemps que la croissance, ce qui conduit la plante à continuer de fabriquer des sucres grâce au soleil estival écrasant sans pouvoir les utiliser pour grandir, l'obligeant ainsi à stocker tout ce sucre excédentaire.
** Le premier centimètre “le coffre-fort”
Puisque la plante ne grandit plus, elle rapatrie massivement ses sucres vers son organe de stockage principal qui, chez les graminées de nos régions, ne se trouve pas dans de grosses racines, mais dans la base même de la tige, dans ce qu'on appelle le plateau de tallage ou la couronne, et c'est ici que la hauteur prend toute son importance, car à cette hauteur, la partie consommée n'est plus la feuille large et nutritive du printemps, mais exclusivement la base de la plante, c'est-à-dire l'endroit précis où tous les sucres de survie ont été entassés et concentrés.
** L'effondrement des protéines (MADC)
Dans le système d'alimentation français, la valeur en protéines d'un fourrage pour le cheval est mesurée en matières azotées digestibles cheval (MADC), une valeur qui tourne autour de 70 à 110 g/kg de matière sèche pour une herbe de printemps, mais qui s'effondre dramatiquement sous plusieurs semaines de canicule, car d'une part, l'absence d'eau dans le sol empêche les racines d'absorber l'azote de la terre, qui est l'ingrédient de base des protéines, et d'autre part, face à la chaleur mortelle qui détruit ses cellules aériennes, la plante sacrifie ses feuilles en démontant ses propres protéines par un processus appelé protéolyse, envoyant ainsi l'azote vers ses racines profondes pour tenter de le sauver en vue des pluies d'automne, si bien que le peu d'azote qui reste dans le chaume sec est souvent emprisonné dans des parois devenues dures comme du bois, le rendant totalement inaccessible à la digestion du cheval.
- Bilan protéique :
La valeur en MADC tombe dans une fourchette extrêmement basse de 15 à 30 g de MADC par kilo de matière sèche, ce qui signifie qu'à ce stade, l'herbe est chimiquement carencée en protéines, affichant une valeur souvent inférieure à celle d'une simple paille de blé.
** L'illusion de la fibre et l'énergie (UFC)
L'énergie apportée au cheval est mesurée en unité fourragère cheval (UFC) et, face au manque d'eau, la plante accélère son vieillissement pour survivre en durcissant ses parois cellulaires par la production massive de lignine, qui est la molécule composant le bois, un processus qui verrouille complètement les fibres de la plante pour les rendre indigestibles, ce qui devrait logiquement ramener l'énergie de cette herbe à une valeur proche de zéro, mais paradoxalement, la valeur énergétique se maintient autour de 0,40 à 0,50 UFC par kilo de matière sèche, car le manque absolu de fibres digestibles est artificiellement compensé par le volume massif de glucides emprisonnés à l'intérieur des cellules mortes.
** Le paradoxe de l'aridité “explosion des GNS et des fructanes”
Nous arrivons ainsi au cœur du problème, puisque les sucres stockés par les graminées ne sont pas de l'amidon, mais des polymères complexes appelés fructanes, qui font partie des glucides non structuraux (GNS), et qui jouent un rôle de bouclier lors de la canicule en agissant comme un stabilisateur thermique estival à l'instar de leur rôle d'antigel hivernal, car en remplissant ses cellules de fructanes, la plante tente d'empêcher son eau résiduelle de s'évaporer tout en protégeant ses membranes cellulaires de la destruction par la chaleur, un phénomène connu sous le nom d'immunité sucrée.
C'est d'ailleurs à ce stade que l'absence totale de pluie pendant plusieurs semaines verrouille le piège, car si l'herbe était morte à cause du gel hivernal, les pluies consécutives viendraient lessiver les sucres solubles de la plante morte, alors que sous une canicule absolue, il n'y a pas d'eau pour rincer la plante, ce qui fait que les cellules végétales meurent, se dessèchent et laissent l'eau s'évaporer, abandonnant derrière elle des sucres littéralement lyophilisés sur place, transformant la base de l'herbe en une capsule de sucre concentré.
- Bilan glucidique :
Les taux explosent pour atteindre des sommets physiologiques, puisque les glucides non structuraux totaux atteignent 250 à 350 g/kg de matière sèche, ce qui représente 25 à 35 % du poids de la plante, et que les fructanes, à eux seuls, représentent 150 à 250 g/kg de matière sèche, soit 15 à 25 % du total.
** Le voyage explosif dans le ventre du cheval
Concrètement, lorsqu'un cheval consomme cette biomasse, alors que son système digestif est initialement conçu pour digérer lentement des fibres complexes dans son gros intestin et sécréter des enzymes dans son intestin grêle pour traiter les sucres simples et l'amidon, il se heurte à une réalité métabolique délicate, étant donné que les mammifères, dont le cheval, ne possèdent aucune enzyme capable de digérer les fructanes.
Ainsi, cette masse colossale de fructanes, pouvant représenter jusqu'à 25 % de l'ingestion, traverse l'estomac et l'intestin grêle de façon totalement fantôme et sans être digérée pour atterrir d'un seul coup dans le compartiment arrière du cheval, composé du caecum et du gros intestin, qui agit comme une immense cuve à fermentation remplie de bactéries où l'arrivée soudaine de cette avalanche de glucides purs, très faciles à fermenter, provoque un choc microbien poussant les bactéries avides de sucre à se multiplier de façon exponentielle en sécrétant de l'acide lactique lors de la dévoration de ces fructanes.
Cette accumulation d'acide lactique fait chuter le pH du gros intestin pour le rendre très acide, ce qui détruit les bonnes bactéries responsables de la digestion des fibres et irrite la paroi intestinale, prouvant que bien que l'herbe semble visuellement inoffensive et pauvre, son impact fermentaire dans l'intestin du cheval s'apparente finalement à celui d'une ration excessive de céréales très riches.
** Le double effet collatéral “choc insulinique et toxicité fongique”
Au-delà du piège des fructanes, l'herbe caniculaire dissimule deux autres menaces majeures souvent ignorées, d'une part le stress hydrique ne concentre pas seulement les fructanes, mais également des sucres simples (glucose, fructose, saccharose) qui, absorbés rapidement dans l'intestin grêle, provoquent un pic d'insuline redoutable, cette hyperinsulinémie peut déclencher à elle seule une fourbure endocrinienne chez les chevaux prédisposés (atteints du syndrome métabolique équin ou de la maladie de Cushing).
D'autre part, pour survivre à la sécheresse extrême, des graminées comme la fétuque et le ray-grass s'appuient sur des champignons symbiotiques invisibles (les endophytes) qui se mettent alors à sécréter massivement des toxines appelées alcaloïdes (notamment l'ergovaline), l'ingestion de ces toxines par le cheval provoque une violente vasoconstriction périphérique entravant la circulation sanguine, ce qui aggrave l'hypoxie dans le pied et potentialise considérablement le déclenchement de la fourbure, tout en exposant l'animal à des troubles neurologiques ou d'hyperthermie.
Ceci est fourni à titre d'information uniquement. Pour un avis médical ou un diagnostic, consultez un professionnel.
** Conclusion
En apparence, le pâturage d'août, après plusieurs semaines de canicule, ressemble à un désert stérile où les tiges résiduelles de 1 à 2 centimètres sont jaunes, dures et semblent mortes, mais l'analyse biochimique révèle une tout autre histoire, car même si les protéines ont effectivement disparu pour laisser une valeur en MADC effondrée entre 15 et 30 g/kg de matière sèche et que la fibre est devenue du bois indigestible maintenant de justesse l'UFC entre 0,40 et 0,50, c'est finalement la fraction glucidique qui définit ce fourrage.
En effet, piégés par l'arrêt de la croissance et conservés par l'absence de pluie, les glucides hydrosolubles transforment cette base de tige en une capsule hyper-concentrée affichant 250 à 350 g/kg de glucides non structuraux, dont 150 à 250 g/kg de fructanes purs, prouvant que cette herbe rase n'est pas une simple paille, mais s'avère être, au niveau microscopique, un substrat extrêmement réactif et potentiellement déstabilisant pour l'écosystème digestif de l'équidé, rappelant ainsi par la science que l'apparence visuelle d'un végétal dans la nature est souvent le masque d'une réalité métabolique beaucoup plus complexe.
Sources des citations
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*Spring grass: separating the facts from the fear - Equus Care Nutrition, https://equuscarenutrition.com.au/blogs/copper-zinc-and-white-line-disease/spring-grass-separating-the-facts-from-the-fear
*Seasonal Trends in Nonstructural Carbohydrates in Cool- and Warm-season Grasses,https://hexahedron-pear-xlt9.squarespace.com/s/NSC-seasonal-trends.pdf
*Does Short Grass Increase Laminitis Risk in Horses? – Ask A Vet, https://askavet.com/blogs/news/carbohydrate-concentrations-affected-by-grass-height-for-grazing-horses-vet-advice
(*PDF) Understanding Sugar and Nonstructural Carbohydrates in Equine Pasture and Hay, https://www.researchgate.net/publication/379047587_Understanding_Sugar_and_Nonstructural_Carbohydrates_in_Equine_Pasture_and_Hay
*Forages and grazing in horse nutrition - Brill,https://brill.com/downloadpdf/edcollbook/title/68889.pdf
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*Carbohydrate and amino acid composition in phloem sap of Lolium perenne L. before and after defoliation | Request PDF - ResearchGate, https://www.researchgate.net/publication/237155008_Carbohydrate_and_amino_acid_composition_in_phloem_sap_of_Lolium_perenne_L_before_and_after_defoliation
*Métabolisme des fructanes au cours du développement et après récolte chez la fléole des prés (Phlemum pratense L.) - Depositum (UQAT),https://depositum.uqat.ca/id/eprint/505/1/maroufouldahmed.pdf
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*(PDF) The impact of drought stress on the yields and food value of selected forage grasses, https://www.researchgate.net/publication/304663996_The_impact_of_drought_stress_on_the_yields_and_food_value_of_selected_forage_grasses
*Comment réussir la récolte de foin ? - équipédia - IFCE, https://equipedia.ifce.fr/elevage-et-entretien/alimentation/fourrage/comment-reussir-la-recolte-de-foin
*(PDF) A review of unlikely sources of excess carbohydrate in equine diets - ResearchGate, https://www.researchgate.net/publication/237387660_A_review_of_unlikely_sources_of_excess_carbohydrate_in_equine_diets
*Fructan Metabolism in Grasses and Cereals - ResearchGate, https://www.researchgate.net/publication/234836984_Fructan_Metabolism_in_Grasses_and_Cereals
*Plant fructans in stress environments: Emerging concepts and future prospects, https://www.researchgate.net/publication/5248774_Plant_fructans_in_stress_environments_Emerging_concepts_and_future_prospects
*Fructans in pasture grasses - PC-Horse, https://pchorse.se/index.php/de/articles/topic-of-the-month/topics-topics/5094-june2018-de
*What is the Real Nutrient Content of Grass for Horses? | Equine Science Matters - Feedmark, https://www.feedmark.com/fuel-or-filler-what-is-the-real-nutrient-content-of-grass-for-horses