08/03/2026
Encore beaucoup de chemin à faire !
La vraie réalité est aussi la!!!!!🙏
8 mars 2026 : la France tue ses femmes et regarde ailleurs
Ce matin, pendant que vous lisiez votre journal, pendant que vos enfants prenaient leur petit-déjeuner, pendant que la vie continuait comme si de rien n'était, quelque part en France, une femme avait peur.
Pas une femme abstraite. Une femme réelle. Avec un prénom. Une adresse. Des enfants peut-être. Une femme qui connaît par coeur le bruit des pas dans l'escalier. Qui sait distinguer les pas calmes des pas dangereux. Qui a appris à dormir à moitié, l'oreille tendue, le corps noué. Une femme qui s'est peut-être déjà levée un matin en se disant que c'était le jour où elle allait partir. Et qui n'est peut-être pas partie. Parce qu'il n'y avait nulle part où aller.
Cette femme existe. Elle est des dizaines de milliers.
Et certaines d'entre elles ne sont plus là pour lire ces lignes.
Miora avait 46 ans. Elle aimait chanter, jouer du piano, partager la musique. Poignardée à Bois-Colombes par son mari, dans la cuisine de leur appartement. C'est leur fils de 13 ans qui, en rentrant du collège, a trouvé sa mère gisant dans une mare de sang. Leur fille de 9 ans, blessée au poignet, s'était réfugiée chez des voisins, en état de panique.
Lizabete avait 23 ans. Abattue dans sa voiture à Nice, à une intersection, en début de soirée. Un homme à scooter a tiré à une dizaine de reprises à travers la vitre. Sa petite fille Ayla, 7 mois, était sanglée sur le siège passager dans son siège bébé. Elle n'a pas été touchée. Lizabete, elle, n'a pas survécu.
Judith avait 33 ans. Torturée. Mutilée. Les pompiers l'ont trouvée dans les flammes de son appartement à Esbly. Elle laisse deux enfants qui ne comprendront jamais vraiment ce qui s'est passé.
Christelle avait 42 ans. Poignardée et battue à mort aux Lilas par son conjoint, un dimanche de février. Elle laisse quatre enfants.
Anaïs avait 32 ans. Retrouvée à La Réunion, attachée à une chaise. Son compagnon était pendu à la fenêtre, relié à elle par une corde. Même mort, il la tenait encore.
Alexia avait 25 ans. Abattue dans la Somme chez les parents de celui qui l'a tuée. Elle avait toute la vie devant elle.
Ce ne sont pas des statistiques. Ce sont des femmes. Ce sont des vies entières réduites à quelques lignes de faits divers que l'on zappe entre deux publicités. Des visages qu'on n'a jamais vus, des rires qu'on n'entendra jamais, des enfants qui grandissent maintenant avec un vide impossible à combler.
Depuis le 1er janvier 2026, au moins vingt femmes ont été tuées en France parce qu'elles étaient des femmes. Vingt en soixante-sept jours. Une tous les trois jours et demi. Et en 2025, elles étaient 164. Cent soixante-quatre fois où quelqu'un a choisi de tuer. Cent soixante-quatre fois où le système a failli. Cent soixante-quatre fois où des enfants sont devenus orphelins d'une façon que rien, jamais, ne pourra réparer.
Ces chiffres augmentent. Chaque année. Chaque année.
Alors arrêtons le mensonge confortable qui consiste à dire que nous faisons ce que nous pouvons. Nous ne faisons pas ce que nous pouvons. Nous faisons bien moins que ce que nous devrions. Et des femmes en meurent.
La preuve est brutale et sans appel. Les associations qui accueillent les femmes en danger, celles qui tiennent les permanences à trois heures du matin, celles qui écoutent sans juger, celles qui accompagnent jusqu'aux tribunaux : elles ont vu leurs subventions baisser de 18 % en 2025. Trente pour cent ont fermé des permanences. Principalement en zones rurales. Là où la moitié des féminicides ont lieu. Et les demandes d'hébergement d'urgence non pourvues ont bondi de 76 % en trois ans. Des femmes ont frappé à des portes qui n'ont pas pu s'ouvrir. Certaines sont retournées chez leur bourreau. Parce qu'elles n'avaient pas le choix.
On a coupé les vivres à celles qui sauvent des vies. On appelle ça des arbitrages budgétaires. Moi j'appelle ça une décision politique. Et les décisions politiques ont des conséquences. Des conséquences qui ont un prénom.
Parce que ces femmes avaient alerté. 81 % des victimes de féminicides en 2025 qui avaient signalé des violences avaient déposé plainte. Certaines plusieurs fois. Inès Mecellem avait 25 ans. Cinq plaintes déposées. Un téléphone grave danger attribué par la justice. Deux jours avant sa mort, elle l'avait déclenché, traquée dans les rues par son ex-compagnon. Il avait été interpellé. Puis relâché. Elle a été tuée le lendemain. L'Inspection générale de la justice a conclu à une accumulation de défaillances. Une accumulation. Pas un accident. Un système qui dysfonctionne chroniquement et qui tue par négligence organisée.
Et le mot féminicide n'existe toujours pas dans le code pénal français.
Alors aujourd'hui, le 8 mars 2026, je ne veux pas écrire un article propre et bien construit qui permettrait à ceux qui nous gouvernent de se dire qu'ils ont lu, qu'ils ont été touchés, et de passer à autre chose. Je veux que ça reste. Je veux que ça brûle un peu.
J'ai une pensée immense, aujourd'hui et chaque jour, pour toutes les femmes qui subissent ces violences. Et je veux parler de trois d'entre elles en particulier. Trois femmes que je connais. Trois femmes auxquelles je pense tous les jours, pas seulement le 8 mars.
Je pense à cette femme qui a subi un viol. Elle a trouvé en elle une force que la plupart d'entre nous n'imaginent même pas. Elle est allée porter plainte. Elle a marché jusqu'à un commissariat, elle a poussé la porte, elle s'est assise en face d'un policier en uniforme, représentant de la République française, et elle a raconté l'indicible. Elle a tout dit. Et ce policier, ce fonctionnaire payé pour la protéger, lui a regardé droit dans les yeux et lui a dit : "Arrêtez de mentir."
Arrêtez de mentir.
Je voudrais que chaque élu de ce pays entende ces trois mots. Je voudrais qu'ils comprennent ce qu'ils signifient vraiment. Ce n'est pas un dérapage isolé d'un agent mal formé. C'est le reflet d'une culture profondément enracinée dans une partie de nos institutions, une culture qui doute des femmes par défaut, qui les soupçonne par réflexe, qui les humilie au moment précis où elles ont besoin d'être crues et protégées. Cette femme a survécu au viol. Elle a dû survivre aussi à l'institution censée la défendre. Ce double crime est insupportable. Et je ne l'oublierai jamais.
Je pense à deux autres femmes qui ont subi des violences conjugales et des viols conjugaux. Parce que oui, le viol conjugal existe. Il est réel. Il se produit dans des milliers de foyers français. Dans des lits que la société appelle conjugaux et dans lesquels certaines femmes n'ont plus le droit de dire non. Ces deux femmes ont vécu l'enfer entre leurs propres murs, dans les bras de celui qui aurait dû être leur refuge. Elles se battent encore aujourd'hui. Avec des cicatrices que personne ne voit. Avec une dignité qui force le respect et l'admiration. Je pense à elles. Vraiment. Profondément. Tous les jours.
Et je pense tout particulièrement à cette femme pour qui j'ai fait appel à votre générosité, pour la cagnotte qu'elle avait lancée afin de financer sa défense et celle de sa fille. Pensez-y une seconde. Une femme qui a tout subi. Qui a tout enduré. Et qui se retrouve à devoir rassembler de l'argent pour se payer un avocat. Pour avoir accès à une justice censée être la même pour toutes et tous. Pour protéger son enfant. C'est le visage réel de ce que traversent des milliers de femmes dans ce pays. La violence d'abord. L'isolement ensuite. Et enfin l'impuissance économique face à un système judiciaire qui coûte cher. Je remercie du fond du coeur chaque personne qui a répondu présente. Chaque euro versé était un acte de solidarité concrète. Un acte de résistance. Un acte d'humanité, au sens le plus fort du terme.
Et oui. Je suis un homme.
Je le dis sans chercher de mérite. Je le dis parce que c'est précisément pour ça que j'ai une responsabilité. Le patriarcat n'est pas tombé du ciel. Il a été construit, entretenu, transmis par des hommes. Par nos silences complices quand un ami fait une blague sexiste. Par notre confort à ne pas vouloir compliquer les situations. Par notre tendance à minimiser, à relativiser, à dire que ça se passait entre eux, que ce n'est pas nos affaires. Si. C'est nos affaires. Ça concerne tout le monde. Et moi, je continuerai ce combat contre les violences faites aux femmes, tous les jours, pas seulement aujourd'hui. Parce que ma liberté n'est pas pleine tant que des femmes ne sont pas libres.
Ce 8 mars 2026, des milliers de personnes sont dans les rues partout en France. À Paris, Lyon, Marseille, Bordeaux, Lille et dans des centaines de villes. À une semaine des élections municipales. Parce que la politique locale, c'est là où tout se joue concrètement. Les refuges. Les permanences. Les budgets des associations. La formation des policiers. L'éducation à l'égalité dans les écoles. Ce sont les maires qui décident. Alors posez la question à vos candidats. Exigez des réponses précises. Pas des valeurs. Des lignes budgétaires.
Une civilisation se mesure à la façon dont elle protège les plus vulnérables.
La France a du chemin à faire.
Et nous ne la laisserons pas se rendormir.
Pour Miora. Pour Lizabete et sa petite Ayla. Pour Judith. Pour Christelle. Pour Anaïs. Pour Alexia. Pour Inès. Pour les 164 de 2025. Pour les trois femmes auxquelles je pense chaque jour. Pour toutes les autres.
Arnaud
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